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vendredi, 17.06.2016

Cyclope. Trentième édition d’un travail de fond unique sur le marché mondial des produits de base présenté hier à Genève par Philippe Chalmin.

Nicolette de Joncaire

Philippe Chalmin

Philippe Chalmin, créateur de Cyclope

Depuis 1987, le Professeur Philippe Chalmin publie annuellement le rapport Cyclope, un compte rendu détaillé des marchés mondiaux de matières premières qui permet, sur la distance, de comprendre l’histoire d’un cycle complet avec son ère de tension sur les prix et la longue dépression qui s’ensuit inévitablement. C’est aussi l’histoire d’acteurs aujourd’hui disparus ou presque (André, Phibro, Sucden, Berrisford) au profit de nouveaux venus (Noble, Olam, Glencore, Mercuria, Trafigura, Gunvor).  Comme toujours, l’ouvrage est impressionnant. Par sa longueur (pas loin de 800 pages), par le spectre couvert (plus de 70 produits) et par la densité des informations (prix, volumes, graphiques, histoire, contexte géopolitique et rôle des entreprises).

Ce que Philippe Chalmin tire de 30 ans d’expérience, c’est d’abord la confirmation que le cours des matières premières évolue sur des cycles longs marqués chacun par une période de tension sur les prix de 5 à 10 ans suivie d’une période étendue de dépression des cours. Pour preuve, les cours élevés des années 1948-53 de reconstruction post-guerre puis la longue descente jusqu’au choc pétrolier des années 1970 auquel succédait une autre période de baisse jusqu’en 2006 puis l’apparition d’un nouvel intervalle haussier causé par l’essor de la demande chinoise.  Nous sommes aujourd’hui dans la première phase d’un trend baissier. «La conjoncture actuelle ressemble à celle des débuts de Cyclope en 1986. Depuis 2014, nous assistons au contre-choc des formidables hausses de l’époque précédente» explique Philippe Chalmin. En toile de fond de ces cycles, une logique d’investissement intensif en période de prix élevé et un désinvestissement massif en période de prix bas menant invariablement à une pénurie et à une nouvelle envolée des cours lorsque la demande décolle car la mise en production est lente, surtout dans les secteurs de l’énergie et des métaux.  

Interrogé sur un rebond possible des prix lié à la croissance de l’économie indienne, Philippe Chalmin se montre prudent: «les cours sont plombés pour longtemps car il faut compter avec la résilience des producteurs à la baisse des prix».  Les stratégies de l’Arabie saoudite sur le pétrole, de l’Australie sur le minerai de fer ou de la Chine sur l’aluminium confirment ce point de vue. Il faudra attendre que le marché soit purgé des éléments les plus fragiles pour retrouver une offre déficitaire. La nouvelle flambée à mettre au compte d’une insuffisance des capacités productives et d’une étincelle de la demande devrait attendre la fin des années 2020.

Pour 2016, et malgré le léger rebond observé depuis janvier, les prévisions de Philippe Chalmin (établies en janvier) sont plutôt réservées. Les seules hausses sérieuses à attendre seraient sur le sucre, le riz, le cacao et le lithium. Sur le sucre, le déficit de production, lié au climat, pourrait atteindre de 7 à 10 millions de tonnes sur les récoltes 2015-16 et 2016-17. Demande et production de riz atteignent l’équilibre mais l’assèchement des stocks thaïs (accumulés jusqu’en 2014 lors du subventionnement gouvernemental), devrait relever les cours. A noter, le changement de règlementation sur le mais en Chine (abandon de la politique au soutien des stocks) devrait générer un effet similaire. La production de cacao continuera d’être déficitaire, comme elle l’est depuis des années. Quant au lithium, il doit son succès à la prise de conscience internationale du changement climatique et à l’avènement des véhicules électriques dont la batterie au lithium est un composant essentiel.

Sur le pétrole aussi le marché est structurellement excédentaire même s’il est possible de sous-évaluer la croissance de consommation liée à un faible prix. En dépit des ruptures de production au Nigéria, en Libye et au Canada (compensées par l’arrivée d’un surplus de pétrole iranien et irakien), Philippe Chalmin envisage un prix moyen de 40 dollars le baril sur l’année (la moyenne actuelle se situe autour de 38 dollars). Si les conditions géopolitiques restent normales, il anticipe un retour de l’excédent et un essoufflement des cours. Ce que note aussi le rapport Cyclope est l’importante corrélation entre le cours du dollar et celui du WTI. Ce n’est pas une nouveauté mais le graphique correspondant qui retrace la dite corrélation depuis 1998 mérite le détour.  

Cyclope 2016 présente une Petite géographie du négoce international: un jeu des «six» familles (les grains, les produits tropicaux, les métaux et l’énergie, les Asiatiques, les Sogo shosha japonaises et les financiers. On y retrouve les principales maisons de négoce dont beaucoup font partie du paysage suisse (et de nos colonnes).  Intéressant d’y noter que nombre d’entre elles n’existaient pas lors des premières éditions de l’ouvrage alors que les plus fameuses d’alors ont aujourd’hui disparu.n






 

AGEFI



 
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