Impact circonscrit de la hausse du baril de brut sur les marchés

lundi, 09.05.2016

La présence de valeurs du secteur peut expliquer en partie la différence entre l’espace anglo-saxon et l’Europe.

Christian Affolter

La fin de l’année 2015 s’est prolongée sur les marchés financiers jusqu’au 11 février. La corrélation entre l’évolution du cours du pétrole et celle des marchés actions a été particulièrement marquée pendant cette période (voir graphique). Nous sommes depuis lors entrés dans une période avec des comportements nettement plus divers entre les différents marchés. Si tant le S&P 500 que le FTSE 100 britannique se retrouvent juste légèrement en-dessous du niveau du début du mois de novembre (+0,33%, respectivement -2% cette année), les autres indices européens ont encore beaucoup de chemin à parcourir. Le lien fort avec le pétrole sur les marchés actions à travers les continents a été rompu depuis le mouvement de reprise confirmé de l’or noir.

Les marchés d’Europe continentale, pourtant porteurs de nombreux espoirs dans les prévisions pour cette année, affichent pour l’heure une performance 2016 toujours clairement négative, aux alentours de -10%. Le Stoxx Europe 50 des principales valeurs européennes se trouve à -10,8%. Les effets monétaires, soit la hausse de l’euro et du franc vis-à-vis du dollar US (-2,89% par rapport au franc) comme de la livre sterling (en raison du Brexit notamment, -5,17%), y jouent certainement un rôle. Ils peuvent notamment expliquer une partie de l’écart de performance par rapport aux marchés anglo-saxons.

Le comportement des devises pointe vers un autre problème, du moins dans la perception par les marchés. Même le dernier programme annoncé par le président de la BCE Mario Draghi n’a pas été considéré suffisamment ambitieux. Après une première réaction positive suite au 10 mars, le scepticisme a repris le dessus. La monnaie unique européenne est repartie à la hausse face au dollar US, à l’encontre de la logique du scénario de divergence de politiques monétaires, qui est de toute façon beaucoup moins d’actualité depuis le discours de Janet Yellen du 10 février. Les interrogations des investisseurs persistent sur la capacité de la BCE comme des politiciens européens de stimuler la croissance, ainsi que sur le(s) secteur(s) pouvant assumer un rôle de moteur.

Les effets positifs de la reprise de l’or noir ne vont guère au-delà des titres du secteur du pétrole/gaz et des minières, nettement plus présents du côté anglo-saxon (Glencore +60,75% en 2016) qu’européen. En Suisse, il a très probablement alimenté la hausse d’ABB et de SGS, qui affichent pour l’heure les meilleures performances 2016 du SMI, avec Actelion. Sur le marché élargi, Georg Fischer a retracé le mouvement de hausse (+19,14%), ainsi que Sulzer (+13,29%). Ces performances positives attestent de la présence du phénomène en Suisse sur des valeurs très exposées, qui se rangent par conséquent aussi parmi les mieux classées cette année. Elles se retrouvent au sein d’une grande variété sectorielle, emmenée par une valeur très spéculative (Schmolz + Bickenbach, +36%). Par ailleurs, le maintien de la présence de Transocean sur le marché suisse n’aurait pas été d’un grand soutien: son cours reflète au contraire le fait que le baril de brut est encore loin du seuil de rentabilité pour les forages en haute mer, malgré sa reprise (-18,66% en dollars US).

La différence de comportement des financières de part et d’autre de l’Atlantique reflète elle aussi la perception de l’exposition au secteur pétrolier. Les grandes banques américaines ont clairement marqué leur plancher le 11 février, Citigroup se retrouvant par exemple même en territoire positif sur cette année. Elles se comportent en fonction de leur présence perçue au sein du marché des emprunts spéculatifs, qui évolue lui-même toujours de manière fortement corrélée au prix du baril de brut. UBS et Credit Suisse ont certes eux aussi atteint leur valeur la plus faible le 11 février, mais depuis lors, leur mouvement de reprise a été nettement plus hésitant.

Les représentants du secteur de la santé comptent eux aussi parmi les éléments atténuant fortement l’effet de la reprise du pétrole, malgré des résultats et des perspectives positifs. Les groupes très présents sur le marché américain souffrent des craintes persistantes liés à la pression potentielle exercée sur les prix des médicaments aux Etats-Unis dès l’entrée en fonction du nouveau président. Quelle que soit son orientation politique, les excès semblant avoir créé un front uni. Avec les financières, Novartis et Roche se retrouvent en tout cas en queue de classement du marché suisse pour leur performance 2016, pesant lourdement sur le SMI.n






 

AGEFI



 

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