Impact des nouvelles normes sur les négociants en commodities

jeudi, 14.04.2016

CME. Limites de positions et peut-être un jour exigences en capital Le thème ait été repris au FT Commodities Summit.

Interview: Nicolette de Joncaire

Derek Sammann

Derek Sammann, responsable des produits sur matières premières, CME Group

Les législations européennes sur les dérivés se sont énormément étoffées et nous sommes loin d’en voir la fin. Les règles qui seront appliquées à partir de 2018 impliquent des limites de positions strictes pour les traders en matières premières. On parle aussi, à plus long terme, d’exigences en capital, miroirs de celles imposées aux banques. Pas de surprise donc que le thème ait fait l’objet d’un débat au FT Commodities Summit où intervenait Derek Sammann, responsable au niveau mondial des dérivés sur matières premières du CME Group. Accompagné de William Knottenbelt, Managing Director, directeur du CME Group à Londres, il répond à quelques questions.

Quel est l’effet des règlementations MiFID2 sur votre activité?

En ce qui nous concerne, l’effet est dans l’ensemble positif. Les changements règlementaires encouragent, de manière générale, le traitement des transactions par les chambres de compensation et, dans certains cas, accroissent l’usage des dérivés boursiers.  Il ne faut pas oublier que les bourses apportent déjà la transparence requise par le régulateur et que, de surcroit, elles réduisent le risque de crédit par le biais de la compensation. Nous constatons à l’heure actuelle une croissance significative des volumes traités sur nos plateformes en dehors des Etats-Unis. Au premier trimestre, les volumes en Europe ont augmenté de 28% et en Asie de 13%. Toujours pour l’Europe, mars 2016 affiche une hausse de 12% sur mars 2015. Ce qui est révélateur. Nous avons également noté un intérêt croissant de la participation chinoise aux marchés chinois, notamment dans le domaine de l’énergie.

Quel impact sur les négociants en matières premières?

Cela ne parait pas poser trop de problèmes aux maisons de grande taille mais, en fonction de la législation européenne, les acteurs de plus petite taille moyenne pourraient être affectés et amenés à s’adresser à des prestataires externes.

Qu’en est-il de la consolidation du secteur?

À la suite d’une certaine consolidation, nous avons observé une réduction du nombre d’entreprises de compensation au cours des cinq dernières années. La concentration est une tendance que nous suivons attentivement. Pour le moment, nous ne voyons aucun signal d’alarme, ni en termes de volumes, ni en termes de positions ouvertes. Les deux continuent de croître et nous avons établi de nouveaux records à travers de multiples classes d’actifs au premier trimestre 2016.

Dans un papier récent, SIX évoquait les difficultés qu’éprouvent les régulateurs à traiter les masses gigantesques de données générées par le reporting et à en tirer des résultats utilisables.

Se posent effectivement des problèmes de volumes et de qualité. Aux Etats-Unis, le Commodity Futures Trading Commission (CFTC) réclame des fonds supplémentaires pour traiter les données mais il faut rappeler que les bourses, en tant qu’organismes d’autoréglementation (Self Regulated Organisation ou SRO), sont habilitées à traiter ces données. Il faut néanmoins que les régulateurs restent raisonnables. Aux Etats-Unis, seuls 28 instruments sur matières premières sont règlementés alors que la Commission européenne parle d’en réguler des dizaines de milliers. Au niveau opérationnel, la tâche serait écrasante et nous essayons de conseiller les autorités européennes sur la base de l’expérience américaine.

L’industrie est-elle représentée auprès des régulateurs?

Aux Etats-Unis, le Commodity Market Council (CMC) réunit les voix des principales bourses et des membres de l’industrie. Ceci leur permet de s’exprimer d’une même voix et d’éviter que chaque entreprise défende ses propres intérêts indépendamment. A ma connaissance, il n’existe rien de semblable en Europe.

Où en est-on sur les limites de position européenne?

La mise en œuvre a été remise à 2018 et une grande incertitude plane sur les règles précises de leur application (instruments, pourcentages etc.)

Au-delà des limites de positions, il est question d’imposer des ratios de capital aux négociants en matières premières. Est-ce toujours d’actualité?

Des indications récentes nous laissent penser que l’étude et la mise en œuvre de ces ratios seront repoussées à 2020.  

Ne serait-il pas temps que les différentes juridictions harmonisent leurs règles?

Ce serait évidemment souhaitable mais nous en sommes encore loin. Progrès notable à signaler tout de même: le 10 février, le commissaire européen Jonathan Hill et le président de la CFTC, Timothy Massad, ont annoncé accepter une approche commune pour les exigences applicables aux contreparties centrales. La Commission européenne entend adopter rapidement une équivalence des exigences appliquées par la CFTC, qui permettra à l’AEMF de reconnaître les contreparties centrales américaines. Une fois reconnues, celles-ci pourront continuer à offrir leurs services dans l’Union européenne, tout en satisfaisant essentiellement aux exigences en vigueur dans leur propre pays. La réciproque sera également vraie.  C’est un pas en avant considérable sans lequel les transactions passées sur les bourses américaines auraient été considérées comme OTC en Europe et vice-versa. Une problématique qui affecte tout particulièrement les traders genevois.

Revenons au CME en Europe. Quels sont les nouveautés les plus marquantes?

Nos contrats sur le gaz remportent un vif succès, notamment ceux sur le TTF (plateforme d’échange du gaz des Pays-Bas) et, dans une moindre mesure, ceux sur le NBP (National Balancing Point) britannique. Nous cotons de nouveaux contrats sur le cacao et sur les émissions (similaires à ceux du Nymex) en Europe. Nous avons noté un fort intérêt pour nos contrats sur le charbon qui représentent une part de marché de 75%. Enfin, nos contrats sur le cuivre et sur l’aluminium remportent un beau succès. Les derniers chiffres marquent les net progrès d’une diversification hors des métaux précieux qui étaient notre cœur de métier jusqu’à présent.

Vous vous intéressez beaucoup à la Chine.

Le nombre de sociétés d’Etat chinoises qui peuvent aujourd’hui travailler à l’international a explosé. Elles sont aujourd’hui plus de 300 et cherchent à entrer sur les marchés de dérivés, principalement d’énergie. Nous mettons un programme éducatif à leur disposition pour accompagner leurs premiers pas sur les marchés internationaux.






 

AGEFI



 

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