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Rendez-vous référendaire à haut risque

mercredi, 06.04.2016

BREXIT. Quelques réflexions sur les conséquences possibles d’un départ du Royaume-Uni de l’Union européenne sur les marchés financiers

Christophe Bernard*

Christophe Bernard

Quelles seraient les conséquences d’un Brexit? Comme 45% des exportations britanniques sont destinées à l’Union européenne (UE), une incertitude réglementaire et juridique accrue aurait très certainement un impact défavorable sur la croissance économique et inciterait les entreprises à reporter leurs investissements. Parallèlement, la vulnérabilité créée par le vaste déficit de la balance courante britannique se traduirait vraisemblablement par une nouvelle dépréciation de la livre sterling et une accélération de l’inflation, posant un dilemme politique à la Banque d’Angleterre. Le rôle de Londres en tant que centre financier pourrait s’en trouver affaibli. Sur le plan politique, les Écossais préfèrent clairement rester dans l’Union et relanceraient la lutte pour l’indépendance. Une victoire des partisans du Brexit marquerait un profond revirement de la politique européenne poursuivie par le Royaume-Uni depuis son entrée dans l’UE en 1973.

À première vue, l’Union européenne pourrait supporter un Brexit étant donné que 14% seulement de ses exportations totales sont destinées au marché britannique [1]. Cependant, les conséquences d’un tel événement dépasseraient de loin les simples relations commerciales. Fondamentalement, le Royaume-Uni a toujours considéré l’UE comme un marché commun et une zone de libre-échange, un état de fait qui ne constitue pas toujours une priorité aux yeux des dirigeants politiques français et allemands. En effet, les grands pays de l’Union et Bruxelles travaillent à une intégration économique, monétaire et politique toujours plus étroite.

Les conséquences politiques d’une sortie du Royaume-Uni de l’UE pourraient être tout aussi considérables. Il s’agirait du premier départ d’un pays membre depuis la création de l’Union européenne en 1957, ce qui porterait un coup rude au projet européen. Si l’électorat britannique préfère l’incertitude d’un Brexit à une Union européenne qui lui semble mal fonctionner, d’autres pays pourraient suivre. Les nations eurosceptiques qui ont déjà manifesté leur mécontentement à l’égard de Bruxelles, telles que le Danemark, risquent d’exiger de nouvelles dérogations aux règles européennes communes. La crise des migrants qui frappe actuellement l’Union européenne ajoute une nouvelle dimension au problème. Elle montre que, face à une situation extrêmement critique, les pays en reviennent aux anciens réflexes nationalistes, ce qui ébranle le principe même de l’intégration politique. Un Brexit, et le débat qui s’ensuivrait sur les objectifs fondamentaux du projet européen, pourraient constituer un tournant dans l’histoire de l’UE, remettant en question son existence à un moment où les électeurs se montrent de plus en plus critiques à son égard. Quoi qu’il en soit, le référendum constituera un événement historique avec potentiellement de lourdes conséquences pour les marchés financiers.

Entre-temps, les marchés mondiaux des actions et du crédit, tout comme les matières premières, ont enregistré une reprise impressionnante à partir de leurs planchers de février, à mesure que les craintes des investisseurs se sont atténuées. Premièrement, les récentes statistiques économiques américaines, et notamment la stabilisation de l’activité manufacturière, indiquent que la peur d’une récession était injustifiée. Deuxièmement, le prix du pétrole n’a pas chuté à 20 dollars américains le baril – comme le prévoyaient certains analystes – n’entraînant pas de conséquences fâcheuses pour les exportateurs de matières premières. Bien au contraire, le cours du brut a rebondi, à l’instar des prix d’autres matières premières telles que le minerai de fer et le cuivre, ce qui a dopé les actifs des marchés émergents. Enfin, la Banque centrale européenne (BCE) a réussi à calmer les craintes d’un risque systémique en créant pour les banques un cadre de liquidité attrayant à long terme.

Jusqu’à récemment, nous avions conservé notre «surpondération» des actions et du crédit malgré les tensions accrues sur ces marchés, estimant que les investisseurs escomptaient un scénario trop pessimiste. Suite à la reprise vigoureuse, les investisseurs envisagent désormais un scénario plus équilibré, ce qui s’accompagne malheureusement aussi d’un potentiel haussier plus restreint à l’avenir. C’est pourquoi nous réduisons la part des actions de «surpondérée» à neutre. Par ailleurs, nous avons une nouvelle fois relevé notre exposition aux bons du Trésor américain indexés sur l’inflation (TIPS), car leur profil risque/rendement nous paraît intéressant.

La Réserve fédérale américaine semble minimiser le risque – non négligeable à nos yeux – d’une inflation supérieure aux attentes. Nous avons en outre pris des bénéfices sur les matières premières suite au fort redressement du prix du pétrole (près de 50% à partir de son plancher de janvier) et les avons réinvestis en obligations émergentes libellées en devises fortes. Enfin, nous avons profité de la faiblesse à court terme du dollar américain pour reconstituer nos positions dans cette devise, car nous estimons que la phase de consolidation d’un an devrait céder la place à une nouvelle période de vigueur du dollar. Dans l’ensemble, nous continuons de «surpondérer» les actifs à risque, quoique dans une moindre mesure qu’auparavant.

[1] Les exportations totales européennes excluent les exportations d’un pays européen vers un autre pays de l’UE, à l’exception des exportations européennes vers le Royaume-Uni.

* Stratège en chef de Vontobel






 

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