Sensibilité de l’euro au scénario Brexit

vendredi, 26.02.2016

Les craintes d’une détérioration des relations commerciales avec le Royaume-Uni pèsent sur la monnaie unique et provoquent une appréciation du franc.

Christian Affolter

Ce n’est pas que sous angle politique que le scénario d’une sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne doit intéresser la Suisse. Même si elle est actuellement souvent évoquée en tant qu’exemple pour la situation dans laquelle il pourrait se trouver s’il devait vraiment opter pour une sortie lors de la votation du 23 juin. Avec un bilan que la BBC a résumé mardi de la manière suivante: «survire en-dehors de l’UE est possible, mais cela ne sera certainement pas facile».

L’évolution sur le marché des changes cette semaine a surtout mis en évidence que ce scénario ne fait pas seulement chuter la livre sterling, qui se rapproche notamment de son plancher historique vis-à-vis du dollar US, et se trouve aussi à un niveau particulièrement bas face au franc. Il est également en grande partie responsable de la baisse récente de l’euro vis-à-vis des principales devises mondiales. La monnaie unique européenne confirme ainsi sa forte sensibilité aux incertitudes politiques, particulièrement bien mise en évidence lors de la crise de dette de la Grèce et des autres pays de l’Europe du Sud. C’est aussi ce qui l’empêche probablement d’aller plus loin dans le processus d’acquisition d’un statut de refuge au même titre que les destinations classiques des investisseurs à la recherche de sécurité. La stabilité politique fait notamment partie des éléments souvent évoqués en faveur du franc suisse. Et le Brexit la laisse apparaître à nouveau sous une lumière plus favorable à l’échelle internationale, après qu’une série d’initiatives (dont deux sont soumis au vote ce week-end) ait réussi à susciter de sérieux doutes à son sujet. Il paraît dès lors logique que des troubles d’ordre politique engendrent des mouvements de réallocation de l’euro vers notre monnaie. Même si, cette fois, la hausse relative du yen japonais face à l’euro est plus importante que celle du franc.

L’activité commerciale très forte entre le Royaume-Uni et l’Union européenne est bien entendu un autre élément pouvant expliquer la sensibilité de l’euro au scénario du Brexit. Les Etats-Unis représentent certes le premier partenaire commercial du Royaume-Uni, surtout au niveau des exportations. Mais leur poids reste modeste face aux chiffres de tous les pays membres de l’UE réunis. L’addition des numéro deux et trois sur cette liste, l’Allemagne et les Pays-Bas, aboutit déjà à un poids supérieur à celui des Etats-Unis. Du côté des importations, cette relation forte est encore plus manifeste: le Royaume-Uni affiche un surplus commercial avec toutes les régions et tous les pays. Sauf les membres de l’UE. Du point de vue de cette dernière également, un Brexit ferait naître un nouveau principal partenaire commercial à l’extérieur de l’Union. Mais au prix d’une diminution potentielle des volumes en raison des obstacles qu’une sortie va probablement engendrer, pesant ainsi sur l’euro. Celle-ci pourrait aussi coûter au Royaume-Uni sa place en tant que principal exportateur vers l’UE au profit des Etats-Unis.

Ces considérations ne touchent bien évidemment la Suisse et le franc suisse que de manière indirecte. Mais l’évolution des cours de change de cette semaine met en évidence que le Brexit rend au franc suisse une part de son indépendance, en particulier par rapport à l’euro. Il regagne en importance en tant que refuge. Pas forcément pour le bien de l’économie suisse, même si le Brexit risque de n’être qu’un avant-goût d’autres phénomènes pouvant occuper les pays de la zone euro, tout en concernant nettement moins la Suisse. Songeons notamment aux manières respectives d’organiser les systèmes de retraite et l’impact de l’évolution démographique sur l’endettement des pays. Ou encore au surplus de la balance commerciale qui, malgré la baisse des exportations, demeure plus solide en Suisse qu’au sein de la zone euro ou de l’UE.

Des conditions qui ne facilitent en revanche pas du tout la tâche des responsables de la BNS. De l’aveu même du président du directoire Thomas Jordan, il ne lui reste plus beaucoup de marge pour baisser des taux déjà dans le négatif. Pourtant, ce qui s’est passé cette semaine laisse apparaître le risque d’une nouvelle période d’appréciation du franc comme tout à fait réel, du moins sans aucune nouvelle intervention de la part de la banque centrale. Ce qui dépendra aussi de la volonté de Mario Draghi de la BCE de prendre de nouvelles mesures d’assouplissement. L’inflation de janvier moins élevée qu’estimée pourrait l’inciter à adopter une démarche plus agressive. Ce qui ajouterait à la pression sur le franc.n






 

AGEFI



 
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