Brexit: les types d’entreprises affectées

vendredi, 19.02.2016

Syz AM analyse les trois profils d’actions européennes qui pourraient être impactées par une sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne.

Sébastien Ruche

Alors que le premier ministre britannique David Cameron poursuit ses négociations avec l’Union européenne, les gérants actions cherchent à évaluer les conséquences d’un Brexit ou d’un statu quo sur leurs positions. A Londres, Syz Asset Management a identifié trois types de profils d’actions européennes pouvant être impactées. Les explications de Mike Clements, responsable des actions européennes, et de Gérard Guerdat, analyste de portefeuille.

Au plan macroéconomique, l’équipe de Syz AM a identifié deux risques principaux liés à une éventuelle sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne: ralentissement de la croissance, et affaiblissement de la livre (en raison de l’ampleur du déficit de la balance courante britannique, largement financé par des investissements directs étrangers).

Au niveau des sociétés - celui qui intéresse Mike Clements et Gérard Guerdat puisqu’ils sont des stock pickers -, trois profils se distinguent parmi les sociétés en portefeuille qui pourraient subir les conséquences d’un Brexit.    

Les sociétés britanniques dont les revenus proviennent majoritairement du Royaume-Uni.

Dans un scénario de sortie, la dégradation du climat de confiance se traduirait par une diminution de la croissance, un fléchissement du pouvoir d’achat et un durcissement des conditions de financement.

Déjà soumis à une guerre des prix, les acteurs de la distribution de produits alimentaires subiraient en outre les conséquences d’une inflation importée qui pèseraient sur leurs marges. L’immobilier serait impacté par la perte potentielle d’investisseurs étrangers.

Les sociétés britanniques dont les revenus proviennent majoritairement du reste du monde.    

Ce profil pourrait offrir des opportunités d’investissement, en cas de pénalisation générale des entreprises britanniques en bourse. Une fois convertis en livres, les revenus étrangers de ces sociétés seraient dopés et ces entreprises seraient moins exposées à un ralentissement de la croissance britannique. Le gros risque à la baisse serait provoqué par la négociation d’un nouvel accord commercial à des conditions défavorables pour le UK, ce qui pénaliserait la compétitivité des entreprises de ce groupe. Les acteurs de la finance constituent un cas particulier (lire ci-dessous).

Les sociétés basées en Europe mais tirant une partie importante de leurs revenus du Royaume-Uni.

Un Brexit les exposerait à une croissance plus faible, mais aussi à des coûts en recul si elles disposent aussi d’une présence sur sol britannique. Elles seraient aussi pénalisées au niveau de la conversion de leurs revenus en euros. 

L'analyse de Mike Clements et Gérard Guerdat (Syz AM)

Comment évaluez-vous l’impact d’un Brexit ou d’un statu quo sur les sociétés que vous avez en portefeuille?

Nous regardons les caractéristiques de chaque société, afin de savoir si nous devons effectuer une analyse individuelle plus profonde. Nous cherchons à estimer la probabilité qu’une société soit impactée. La situation étant encore confuse concernant le Brexit, il est trop tôt pour prendre d’autres mesures. Mais les rencontres de David Cameron avec les autorités européennes organisées en cette fin de semaine nous donneront de bonnes indications.

Pourquoi l’incertitude est-elle plus marquée pour les acteurs de la finance?

En cas de brexit, les autorités européennes risquent de vouloir envoyer un message aux autres membres qui envisageraient aussi de sortir. Par exemple en se montrant particulièrement dures dans les négociations avec Londres sur les services, qui constitue un secteur très important pour l’économie britannique. Mais les implications sont moins claires au niveau des actions individuelles. A titre d’exemple, les activités liées aux fonds luxembourgeois gérés depuis Londres ne seront probablement pas impactées. Tout dépendra en réalité de l’accord sur les services financiers qui sera conclu avec l’UE. Or ce point est certainement le plus difficile à évaluer pour le moment.

Est-ce que ces incertitudes sont déjà intégrées dans les valorisations?

Pour être honnête, nous ne savons pas. Nous abordons cette question sous deux angles: en évaluant l’impact économique et en tenant compte du risque de sentiment. On sait que le jour où les Britanniques voteront en faveur d’une sortie de l’Union européenne, le marché sera certainement baissier. C’est la réaction typique en cas d’incertitude exacerbée. Mais certaines entreprises seront sanctionnées en bourse, alors que leur activité réelle ne sera pas impactée, ou pourrait même bénéficier du Brexit. Elles offriront alors des opportunités d’investissement.

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AGEFI



 
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