OMC. Le directeur général de l’Organisation mondiale du commerce répond à chaque problématique aussi désespérante soit-elle avec un optimisme forcené" name="description"/>

L’hyperpositivisme de Roberto Azevêdo

vendredi, 29.07.2016

OMC. Le directeur général de l’Organisation mondiale du commerce répond à chaque problématique aussi désespérante soit-elle avec un optimisme forcené

Elsa Floret

Aussi désespérantes que soient les problématiques actuelles - les déclarations intempestives de Donald Trump de sortie de l’OMC, l’incertitude liée au Brexit, le différend entre la Chine et les Etats-Unis et la lenteur du cycle de Doha -, le directeur général de l’OMC apporte une solution positive. Challengé par la presse, lors de son dernier briefing du semestre avant la pause estivale, mercredi à Genève, Roberto Azevêdo répond sans vaciller. Nommé en septembre 2013 pour quatre ans, il briguera un second mandat. Soutenu par le gouvernement brésilien, il a déjà informé les Etats membres afin d’éviter rumeur, spéculation et incertitude. Le temps presse. Il avance.

Et pourtant la situation du commerce mondial pose problème. Roberto Azevêdo rappelle les causes du ralentissement et cible: la volatilité, la croissance molle et la faible expansion des échanges. Les cinq dernières années ont été les plus problématiques depuis les années 1980, selon le directeur général. Il met en garde contre le discours anti-commerce alimenté par les tensions géopolitiques pour insister sur le rôle essentiel que l’OMC doit alors jouer. Il en veut pour preuve les deux conférences ministérielles «couronnées de succès», qui ont relancé l’énergie et l’engagement des Etats membres dans les négociations. Les thèmes centraux du cycle de Doha sont toujours sur la table. Les discussions sur les services sont constructives. Un dialogue préliminaire a par ailleurs été lancé sur les subventions à la pêche, les petites et moyennes entreprises, le commerce électronique ou encore la facilitation des investissements.

Roberto Azevêdo communique avec enthousiasme sur l’intensité du travail de négociations tous azimuts à venir. Il valorise les multiples engagements des pays, les nombreuses et intenses discussions partagées lors de ses voyages dans les capitales du monde. Mais c’est surtout à Genève que l’OMC intensifie ses coopérations avec les organisations internationales comme la Cnuced, l’Ocde, l’Apec. Il affiche fièrement le rapprochement cohérent récemment initié par le secteur privé (voir L’Agefi du 6 juin 2016) où pour la première fois un discours formel s’instaure avec des entreprises à l’initiative de la CCI (Chambre de commerce internationale), «qui démontrent le plus grand intérêt pour ce que l’OMC fait».

Conscient des critiques qui ébranlent le multilatéralisme face à la montée des échanges bilatéraux, Roberto Azevêdo suggère que ces derniers se réalisent dans le cadre de l’OMC. Il encourage ainsi ses Etats membres à organiser des workshops, des séminaires pour encourager les échanges, à l’image de ce récent rapprochement avec la CCI. Après un premier semestre très productif, selon Roberto Azevêdo, il attend de ses Etats membres davantage de détails pour avancer sur des propositions concrètes d’ici fin 2016.

Suite à la déclaration du candidat républicain Donald Trump, au sujet d’une éventuelle sortie des Etats-Unis de l’OMC, Roberto Azevêdo coupe court à toute polémique. «Je n’ai pas l’intention d’amorcer une discussion à ce sujet, car je ne suis pas candidat à l’élection présidentielle américaine.

Tout le monde sait ce que je pense de l’OMC, son importance pour le commerce international et la création d’emplois», déclare-t-il tout en encourageant les parties prenantes à se mettre au travail pour booster le commerce mondial, loin de toute spéculation. Il rappelle le rôle de gouvernance universelle de l’OMC qui reçoit toujours de nouvelles demandes d’adhésion.

Sur le dossier sensible du différend et des tensions croissantes entre la Chine et les Etats-Unis, le directeur général de l’OMC dissipe à nouveau toute polémique et recentre le débat en rappelant que ces deux Etats membres sont de grands partenaires avec un volume de commerce important, qui créé «une hausse sans surprise des frictions». Il estime néanmoins qu’un dialogue constructif est toujours possible et invite surtout à «dépolitiser le débat». Le règlement des différends de l’OMC offrira, le cas échéant, une évaluation juridique et technique du dossier et évitera ainsi toute contamination avec d’autres parties des négociations. La plupart des plaintes auprès de l’organisation concernent justement des Etats membres voisins. Roberto Azevêdo souligne le fonctionnement efficient du rôle de plateforme joué par l’OMC en encourageant de telles consultations dans un contexte de confrontation.

Concernant le Brexit, Roberto Azevêdo informe avoir été approché par les Etats membres les plus inquiets. Ensemble, ils élaborent actuellement les différents scénarios possibles ainsi que les actions, qui en découleront. L’OMC aidera, soutiendra autant que possible et dans le meilleur esprit de collaboration. Il n’existe aucun précédent: la Grande-Bretagne deviendra le premier pays de l’OMC sans liste d’engagements. «Tous nos accords reposent sur des contrats. Or, cette liste - part essentielle du contrat - fera défaut. Le Royaume-Uni devra donc négocier avec chacun des membres. Ce processus peut être aussi simple et direct qu’il peut être complexe et alambiqué. Aujourd’hui personne ne le sait. Nous sommes exactement là où nous avions pensé que nous serions, avant le référendum. Dans un environnement dominé par l’incertitude», affirme Roberto Azevêdo.n





 

AGEFI



...