Les ingrédients pour un Brexit réussi dépendent aussi de l’UE

jeudi, 14.04.2016

Open Europe. Le libre-échange mondial comme le système d’immigration et les libéralisations forment les axes principaux.

Pierre Bessard

Rodney Leach, président du think tank Open Europe.

Qu’est-ce qui serait nécessaire au succès de la Grande-Bretagne après un Brexit? Le programme publié hier par Open Europe, le think tank basé à Londres et à Bruxelles, se décline autour de trois axes: le libre-échange et l’ouverture à la concurrence à bas coût, le maintien d’un niveau élevé d’immigration (avec un mix d’aptitudes différent) et l’encouragement de déréglementations et de réformes là où la Grande-Bretagne accuse un retard par rapport à d’autres pays. Une telle approche serait susceptible de ne pas contenter tous les sympathisants d’une sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, et Open Europe ne prend pas parti pour l’une ou l’autre position. Il s’agit plutôt d’identifier les politiques que le pays devrait adopter pour compenser les coûts (estimés entre 0,5% et 1,5% du produit intérieur brut) et maximiser les avantages d’une sortie de l’UE.

Le premier pas consisterait bien sûr à conclure un accord de libre-échange avec l’Union européenne et de maintenir les autres accords dont la Grande-Bretagne bénéficie à travers l’UE. Cela ne serait pas une tâche facile et pourrait prendre des années, selon Open Europe. En elle-même, la sortie de l’union douanière et du «marché unique» aurait un léger impact négatif sur le long terme. Ce qui pourrait être compensé en étendant le réseau d’accords avec d’autres Etats. Le think tank constate que la Norvège (80%), l’Australie (77%) et le Canada (69%) bénéficient d’accords couvrant une proportion plus importante de leurs échanges que la Grande-Bretagne (63%). Et l’Australie et la Nouvelle-Zélande montrent qu’une approche diversifiée peut fonctionner. Avec des accords à conclure avec les Etats-Unis et la Chine, la Grande-Bretagne pourrait couvrir 81% de son commerce international. Néanmoins il faudrait compter avec des négociations entre quatre et dix ans selon la complexité.

Une série d’accords avec les économies asiatiques de la Chine, de l’Inde, du Japon et de l’Asean pourrait signifier un gain de croissance de 0,6% du produit intérieur brut. Une approche unilatérale d’ouverture aux échanges serait même plus prometteuse, avec un gain de 0,75% sur le long terme. Dans un premier temps, la focalisation sur les marchandises avec des pays comme la Chine, l’Inde et le Brésil pourrait accélérer le processus. Une proposition sujette à controverse porte sur la libéralisation de l’agriculture, qui se traduirait par des gains de 1,5 milliard de livres pour les contribuables et entre 400 millions et 1,4 milliard de livres pour les consommateurs; cela impliquerait d’admettre la faillite d’un certain nombre d’exploitations.

Open Europe estime qu’il est peu probable que l’immigration diminue sensiblement en cas de Brexit, que ce soit pour des raisons économiques ou démographiques. Cependant, hors des réglementations de l’UE sur la libre circulation, le pays pourrait mieux se focaliser sur l’immigration qualifiée, plus acceptable politiquement. Le think tank recommande à ce titre d’émuler le système à points en usage au Canada et en Australie, en favorisant les personnes au bénéfice d’une offre d’emploi. Il faudrait en même temps tenir compte des besoins de personnel peu qualifié, qui vont persister. Le traitement préférentiel des citoyens de l’UE demeure toutefois ouvert, dans la mesure où Bruxelles le conditionnera peut-être à un accord économique d’envergure. La Grande-Bretagne connait d’ailleurs, par rapport à sa population, une immigration actuellement moins forte que la Suisse, la Norvège, le Canada ou l’Australie, constate Open Europe.

C’est dans le domaine de la déréglementation que le potentiel est le plus important en cas de Brexit, mais il n’est peut-être pas aussi significatif qu’espéré. Open Europe estime les gains permanents de déréglementations acceptables politiquement à 0,7% du produit intérieur brut. Cela porterait sur le droit du travail, l’environnement et le changement climatique et les services financiers.

Un tel scénario exigerait néanmoins quelques choix difficiles, de l’avis du think tank. La Grande-Bretagne, malgré sa compétitivité relative, pourrait aussi libéraliser certains secteurs comme la formation, les infrastructures ou encore certains services. L’UE ne l’empêche pas de le faire aujourd’hui, mais en cas de Brexit, épuiser ce potentiel semblerait d’autant plus approprié. Même si les scénarios sont plus rapidement écrits que mis en œuvre, Open Europe note que la réalisation des gains possible d’un Brexit demanderait aussi une certaine flexibilité de l’UE.n





 

AGEFI



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