Négoce du gaz en provenance de l’Est

mardi, 30.06.2015

MET. Le groupe est né en Hongrie et rayonne en Europe centrale et de l’est La holding est à Zoug où se fait aussi le trading du gaz et de l’électricité

Interview: Nicolette de Joncaire

Benjamin Lakatos (CEO de MET Holding)

Le groupe MET est né en Hongrie mais c’est à Zoug, sous le nom de MET Holding AG, qu’a été créée il y a  quatre ans la holding de la société spécialisée dans le négoce du gaz naturel. C’est aussi à partir de Zoug que MET effectue ses activités de négoce. Le choix de la Suisse comme base de travail est une décision dont se félicite le CEO du groupe, Benjamin Lakatos. Entretien.

Pouvez-vous nous résumer vos activités?

La part la plus importante de nos activités, soit environ 85%, est le négoce du gaz naturel dans les pays du centre et de l’est de l’Europe. Nous couvrons tous les hubs d’Europe continentale. Notre groupe est né il y a 8 ans en Hongrie comme grossiste en gaz naturel, au moment où le marché s’est assoupli et s’est affranchi du contrôle des majors et des sociétés  d’Etat. Auparavant, les producteurs de gaz avaient l’obligation d’assurer son transport ce qui concentrait le marché dans les mains de quelques acteurs capables d’assurer les investissements nécessaires. Avec la dérèglementation européenne, le ticket d’entrée est devenu beaucoup plus raisonnable, autorisant des acteurs indépendants à pénétrer le marché.  Ce tournant nous a offert l’opportunité de nous développer, non seulement en Hongrie mais également sur les marchés avoisinants et nous sommes dorénavant implantés en Croatie, en Hongrie, en Roumanie et en Slovaquie avec une holding en Suisse. C’est à partir de la Suisse que nous négocions le gaz et l’électricité. Londres est responsable du négoce du pétrole et du gaz de pétrole liquéfié (GPL).

Ce marché est-il toujours aussi aisé à pénétrer aujourd’hui?

Nous sommes à un second tournant. Le financement du négoce exige aujourd’hui des bases solides et, de nouveau, les acteurs doivent afficher une certaine taille pour opérer.

La présence de MOL Hungarian Oil and Gas à votre capital doit aider.

C’est le cas car MOL, 2e compagnie d’Europe centrale, détient 40% de notre capital. Bien qu’il ne soit ni un fournisseur ni un client préférentiel.

Quelles sont les volumes de gaz que vous traitez?

De l’ordre d’un milliard de mètres cubes pour les petits clients et trois milliards pour la distribution de gros.

Sur quels hubs gaziers êtes-vous particulièrement actifs?

Nous sommes enregistrés sur tous les hubs gaziers européens et faisons partie des trois à cinq acteurs principaux à Vienne et des quinze les plus actifs sur le TTF aux Pays-Bas. Nous détenons également des capacités de stockage dans six pays, et pas seulement en Europe de l’est. Le négoce exige essentiellement une logistique solide et une prise de risques efficace. Nous couvrons la totalité de nos positions et les fermons quotidiennement, même les plus exotiques. Pour ce faire, nous avons développé nos propres systèmes internes de gestion du risque.

Comment négociez-vous l’électricité?

MET est entré sur le marché de l’électricité il y a deux ans. Dans ce cas, notre approche est locale et nous nous concentrons sur l’Europe centrale et de l’est, en utilisant les équipes de ventes développées autour du gaz. En outre, nous avons repris à GDF la centrale électrique de Dunamenti à Százhalombatta en Hongrie, la plus grande unité au gaz naturel du pays, d’une capacité de 635 mégawatts.. Avec les dispositions qui sont, et seront, prises sur les émissions de CO2, ce type de centrale devrait avoir un bel avenir. En outre, nous avons signé en mars un partenariat avec Magyar Telekom, aujourd’hui filiale de Deutsche Telekom, pour la distribution de gaz naturel et d’électricité aux clients industriels en Hongrie. Avec l’intention jointe de développer une activité de même nature dans les  pays voisins.

Et le pétrole?

MET négocie le pétrole et le GPL à partir de Londres. Une décision motivée par une opportunité car nous avons récupéré des experts de premier niveau il y a un peu plus d’un an et demi.

Le découplage des prix du gaz et du pétrole progresse-t-il en Europe?

Tous les opérateurs européens se tournent aujourd’hui vers les prix définis par les hubs gaziers. Le prix du gaz repose de moins en moins sur les contrats à long terme entre fournisseurs et acheteurs évalués sur le prix du brut. Sur le marché global, la tendance n’est pas si nette.

Vous dites volontiers que vous établir en Suisse est l’une des meilleures décisions que vous ayez prises. Pourquoi?

Contrairement à ce que beaucoup imaginent, la fiscalité n’est pas la principale raison de l’attractivité de la Suisse. A Zoug, nous avons découvert un contexte qui comprend bien nos lignes d’activités, ce qui est très rare ailleurs. Les règles comptables sont adaptées et nous avons même identifié de nouvelles manières de procéder. La Suisse présente en outre des avantages significatifs en matière d’accès au financement car c’est le premier centre de trade finance  du monde. Enfin, nous sommes en mesure d’attirer des experts de haut niveau qui ne viendraient pas chez nous dans d’autres circonstances car la Suisse offre une vraie crédibilité dans notre domaine.

En matière de financement, vous avez récemment levé une ligne de crédit de taille.

Nous avons effectivement signé une ligne de crédit renouvelable de 400 millions d’euros en mars auprès d’un club de banques mené par ING.





 

AGEFI



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