Michel Girardin sur le taux de change réel entre franc suisse et euro

09.02.2015: interview de Michel Girardin, Université de Genève, accordé à Nicolette de Joncaire (Agefi) pour Dukascopy TV


Le franc n'est pas plus surévalué qu'en septembre 2011

L'Agefi, 09.02.2015

Michel Girardin établit le taux de change réel entre franc et euro à 1,31. Sans changement depuis 2011.

La décision prise par la Banque Nationale Suisse (BNS) d'abandonner l'arrimage du franc à l'euro a levé de multiples questions. Le franc est-il surévalué par rapport à l'euro? L'est-il davantage qu'en 2011? Les réponses de Michel Girardin, professeur en macroéconomie à l'Université de Genève.

Quelle est la méthode qui permet d'évaluer indépendamment le taux de change entre deux devises?

La seule mesure de référence de la surévaluation ou de la sous-évaluation d'une devise par rapport à une autre devise est celle basée sur la parité de pouvoir d'achat (PPA). Cette méthode permet de mesurer la quantité de biens et services qu'une devise permet d’acheter dans chacune des zones que l’on compare car les taux de change évoluent de manière à permettre de compenser les écarts de prix et d'inflation. Pour les monnaies surévaluées, la pression se fait dans le sens d’une dépréciation et, pour les monnaies sous-évaluées, dans le sens d’une appréciation.

Comment évaluer alors le taux de change réel entre franc et euro?

En partant d'un point d'ancrage, disons le rapport entre franc  et euro en 2000, lors de la création de l'euro, et en faisant évoluer le taux de change en fonction des taux d'inflation dans chaque pays. Selon le point d'ancrage, on peut tracer une courbe permettant d'évaluer le taux de change réel à chaque point donné. Toutes ces courbes seront parallèles mais la valeur du taux de change réel dépend du point d'ancrage choisi. Si par exemple, on se base sur le taux CHF/EUR de 2000, soit 1,60 et une inflation moyenne de 11% en zone euro et de 1% en Suisse, on se retrouve dans une hypothèse forte et la courbe sera plus haute que si l'on part du taux de 1,45 de fin 2010.

Dans ces conditions, le point d'ancrage est critique. Comment le définir de manière correcte?

Mes travaux m'ont conduit à estimer le point d'ancrage correct par une méthode de régression sur toute la période en considération et à estimer le cours de départ qui n'est pas la valeur spot du taux de change à cette date.

Quelle est donc finalement le point d'ancrage que vous avez déterminé?

Dans ce cas particulier, il se situe effectivement aux environs de 1,60 en 2000. Ce qui place la valeur réelle du franc aujourd'hui à 1,31. Il s'agit bien évidemment d'une valeur théorique autour de laquelle le cours spot va fluctuer avec une ampleur variable.

La BNS a annoncé, lors de sa décision de janvier, que le franc n'était pas aussi surévalué par rapport à l'euro qu'en 2011 lorsqu'elle avait établi le plancher.

Ce ne sont pas les conclusions auxquelles je parviens comme le montre le graphique. La courbe entre les deux dates est plate. La surévaluation du franc par rapport à l'euro est restée constante pendant toute la période du plancher et le franc n'est pas moins surévalué aujourd'hui qu'il ne l'était en septembre 2011 car le différentiel d'inflation est resté le même. Une conclusion valable indifféremment  du point d'ancrage.

La BNS a aussi fait état d'un affaiblissement du franc en termes réels sur la période. Qu'en est-il?

L'affaiblissement du franc est du exclusivement à l'évolution ascendante du dollar et n'a rien à voir avec l'euro.

Il paraitrait que l'évaluation du franc communiqué par la BNS au Fonds Monétaire International l'année dernière se trouvait également aux alentours de 1,30

Je ne connais pas cette évaluation de la BNS mais, si c'est le cas, nos estimations convergent.

La levée du plancher ne favorisera donc pas les exportations

Certainement pas celles dont la destination est la zone euro. En notant toutefois que la Suisse n'exporte pas uniquement vers cette zone et que la part des exportations vers d'autres régions – la zone dollar par exemple – est croissante. Pour les secteurs ou entreprises dont les coûts sont essentiellement en francs suisses et les ventes en euro, la période sera difficile.

CV

Michel Girardin

Professeur en macroéconomie à l’Université de Genève, Michel Girardin a une expérience de plus de 25 ans comme chef-économiste et stratégiste dans le secteur bancaire suisse. Il est conseiller économique indépendant pour la société de Gestion de fortune GADD & Cie à Genève.

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Université de Genève

Créée en 1559 par Jean Calvin comme séminaire de théologie et école de droit, l'Université de Genève est la seconde de Suisse pour le nombre d'étudiants. En 2009, elle fêtait le 450e anniversaire de sa fondation.

 

 

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