Christophe Salmon de Trafigura sur le financement du négoce

22 août 2013: interview de Christophe Salmon, Trafigura, accordé à Nicolette de Joncaire (Agefi) pour Dukascopy TV


Le financement des commodities

22.9.2013

Trafigura. Le financement du négoce des matières premières bénéficie de la faveur des banques mais aussi de celle des marchés de capitaux

Contrairement à ce que l'on craignait il y a deux ans, le négoce international, et plus particulièrement celui des flux de matières premières, est redevenu l'un des grands bénéficiaires du crédit bancaire. A cela, une explication simple: les banques doivent financer l'économie réelle tout en réduisant leur effet de levier et plus spécifiquement la transformation des durées. Le cycle court du financement des échanges de commodities se prête particulièrement bien à la stratégie des établissements financiers qui cherchent à associer financement à court terme et crédit à court terme. Surtout quand leurs clients offrent de solides bilans qui minimisent le risque de contrepartie. Toutefois, le secteur du négoce se tourne progressivement aussi vers les marchés de capitaux. Christophe Salmon, CFO EMEA chez Trafigura, nous expose l'évolution du financement des différents types d'activité de son groupe ainsi que le rôle qu'il joue dans le prépaiement des producteurs ou des distributeurs.

Quels sont vos besoins de financement?

Trafigura est toujours en pleine croissance. Nous avons besoin de financement supplémentaire pour notre fonds de roulement mais aussi pour nos projets à moyen terme et avons bénéficié d'une forte hausse du financement à court terme car les banques ont besoin de revenus et parce que le financement des échanges de commodities – 3 à 6 mois - se prête particulièrement bien à la stratégie des établissements financiers qui cherchent à associer financement et crédit à court terme. Le Trade Finance est le grand bénéficiaire de cette tendance pour les sociétés ayant  des bilans solides et à l'historique fiable ; dont nous sommes. La sélectivité est un des maitres mots des banques aujourd’hui.

Pouvez-vous quantifier cette croissance du financement bancaire à court terme?

Vingt nouvelles banques – dont beaucoup de banques régionales - se sont jointes à nos prêteurs et nos lignes de crédit bancaires pour le financement à court terme sont en hausse de 10% depuis le début de l'année.

Qu'en est-il du financement de vos projets à moyen et long terme?

Il faut d'abord savoir que la valeur de nos immobilisations a été multipliée par six au cours des cinq dernières années. Nous investissons toujours davantage dans les infrastructures complémentaires à notre activité de négoce et nos besoins en crédit à moyen et long terme augmentent proportionnellement. Ces financements viennent des banques mais, de manière croissante, des marchés de capitaux car ils impliquent des maturités que le marché bancaire peine à offrir aujourd'hui.  En avril, nous avons émis une obligation perpétuelle de 500 millions de dollars sur le marché de Singapour. En juin, nous avons financé le développement du terminal de Burnside aux Etats-Unis par une émission de 200 millions dont la durée totale est de 23 ans – même si la durée moyenne n'est que de 13 ans– et plus récemment, en juillet, une grande compagnie d'assurances européenne nous a proposé de financer une obligation de 200 millions d'euros à 7 ans.

Le marché des capitaux se réserve-t-il plutôt le financement des projets?

Pas nécessairement. La plupart des obligations – c'est le cas de la perpétuelle émise en avril – ont un objectif général, y compris celui de financer le fonds de roulement. Mais il est exact que la tendance américaine de financer des projets spécifiques se développe.

Les coupons sur vos obligations semblent assez élevés

Ils sont en ligne avec ceux de nos pairs et les conditions de marché. L'obligation émise en avril porte effectivement un coupon de 7,625% mais il ne faut pas oublier qu'il s'agit d'une obligation perpétuelle subordonnée c'est-à-dire d'un titre qui n'a pas de date de maturité équivalent à du quasi-capital. La rémunération est donc fonction de la nature du papier. A 5,50%, le coupon du titre que nous avons émis en juillet est sensiblement plus faible.

L’une des tranches de vos facilités de crédit renouvelable est en renminbi. Pourquoi?

Il s'agit bien sur de renminbi offshore. Cette portion correspond à la demande des banques qui ont des liquidités limitées en dollars, ce qui est le cas de certains établissements à Taiwan ou à Hong Kong, et permet de placer les excédents de renminbi qui cherchent à s'investir dans notre secteur. Ce n'est pas la première fois que nous empruntons en devises asiatiques. Nous l'avons fait en yen en 2011.

Certains de vos titres sont notés par les agences, d'autres non. Comment cela fonctionne-t-il?

Nous avons un programme de titrisation pour l'escompte des créances (Trafigura Securitisation Finance) dont les obligations sont notés AAA par S&P et Moody's depuis 2004. Nos autres émissions ne sont pas notées. Pas plus que la société elle-même. Les agences de notation sont mal outillées pour évaluer les sociétés comme les nôtres. Ce qui ne nous gêne pas, même si cela signifie que certains investisseurs institutionnels ne peuvent placer leurs fonds avec nous.

Votre taux d'endettement est-il élevé?

Notre endettement ajusté correspond à une fois nos fonds propres. Un niveau tout à fait normal pour les grandes sociétés.

Vous intervenez dans le financement de la chaine de valeur du négoce. A quoi cela correspond-t-il?

C'est une tradition du secteur qui a toujours existé -  de même qu'elle existe dans la grande distribution ou dans l'industrie automobile - mais qui a pris une importance grandissante. En ce qui nous concerne, cette activité est difficile à quantifier précisément mais j'estime que les encours ont doublé dans les deux dernières années. Nous sommes complémentaires des banques mais notre objectif est fondamentalement différent. Il est d'augmenter la disponibilité des approvisionnements en matières premières. Le financement – des producteurs ou des distributeurs – n'est pas une activité en propre mais un service complémentaire qui fait partie de notre valeur ajoutée comme la  logistique ou notre capacité à offrir des prix compétitifs.

Pouvez-vous donner quelques exemples?

En Mongolie, les banques internationales ne prêtent pas aux producteurs mais soutiennent les négociants qui leur offrent des prépaiements. Nous avons également été parmi les premiers à financer la production de pétrole au Sud-Soudan car ce pays qui n'existe que depuis deux ans, n'obtient aucun crédit bancaire. Et bien sur, nous l'avons aussi fait avec Rosneft mais pour des raisons complètement différentes: Rosneft cherchait à diversifier ses sources de financement. Dans tous les cas, ne faisons ce type d'opérations qu'en échange de contrats d'enlèvement.

CV

Christophe Salmon

Christophe Salmon a rejoint Trafigura en 2012 et y occupe le poste de Chief Financial Officer pour l'Europe, le Moyen-Orient et l'Afrique. Il était auparavant chez BNP Paribas depuis 1995 et a contribué au développement de la franchise de l'énergie en tant que responsable du financement des flux de matières premières en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique. Christophe Salmon a fait ses débuts comme responsable crédit dans le groupe d'assurances Euler. Il est diplômé de Sciences Po et titulaire d'un Master en finance. 

Company Key facts

Trafigura

Avec un chiffre d'affaires de 120,4 milliards de dollars en 2012, Trafigura est l'un des leaders mondiaux du négoce des matières premières et de la logistique. Etabli en 1993, le groupe gère toute la chaine de valeur du brut, des produits pétroliers, des métaux non-ferreux et du vrac.

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