20 juin 2012: interview de Tianning Ning Kernen, Semper, accordé à Nicolette de Joncaire (Agefi) pour Dukascopy TV


Mutation cruciale en prévision

Semper. Le ralentissement économique s’est confirmé et le changement de direction politique est prévu pour l’automne. La Chine s’attend à des réformes pour aborder l’étape suivante.

Il est encore difficile de savoir quelle sera la politique économique de l’équipe de Xi Jinping qui devrait remplacer celle de Hu Jintao et de Wen Jiabao à l’automne prochain mais un grand nombre de réformes sera nécessaire pour entamer la nouvelle phase de croissance qui va succéder au dynamisme exceptionnel des dix dernières années. Certaines réformes pourraient remettre en cause les fondements politiques du régime et nécessiteront une réflexion et une modification des comportements encore difficile à anticiper. Tianning Ning Kernen, spécialiste du marché chinois chez Semper, répond à quelques interrogations sur la transition politique et le ralentissement de la croissance en Chine.

Le 18e congrès du Parti Communiste Chinois se tiendra cet automne pour renouveler la direction du pays. Qu’en attendez-vous ?

Le changement de direction politique en Chine prévu pour septembre aura, sans l’ombre d’un doute, un impact considérable sur le monde de demain. Malgré les tensions liées au limogeage de Bo Xilai - ancien ministre du Commerce et maire de la mégalopole de Chongqing -,  très populaire dans la province du Sichuan, j’envisage une transition toute en douceur. Dans un environnement économique et international de plus en plus difficile, il est peu vraisemblable que des soubresauts et des luttes de pouvoir semblables à celles qui ont précédé les évènements de 1989 se reproduisent. Les défis pour le nouveau pouvoir seront de taille même si le produit intérieur brut annuel par habitant en parité de pouvoir d'achat (PPA) a dépassé 8400 dollars à fin 2011. La classe moyenne, concentrée dans une dizaine de grandes villes, représente aujourd’hui de 200 à 300 millions de personnes et l’énorme augmentation de revenu moyen – près de 15% en un an - a modifié la donne sociale.

Le ralentissement de la croissance constaté en début d’année est-il cyclique ou structurel ?

Il est sans aucun doute d’abord cyclique et largement lié au repli du secteur manufacturier d’exportation, mais se pose aussi un défi structurel car le nombre d’acteurs économiques est trop important et les marges sont insuffisantes. A terme, il n’y a pas d’autre choix qu’une consolidation basée sur un certain nombre de faillites et de reprises. Un nettoyage en quelque sorte.

En tout état de cause, on ne peut s’attendre au maintien d’une croissance à plus 10% telle que la Chine l’a connue depuis des décennies. La richesse engendrée se répartit plus également avec comme corollaire un renchérissement de la main d’œuvre qui affaiblit la compétitivité. Une décélération est donc inévitable. La croissance est encore soutenue par les investissements – qui y contribuent pour 50% - et les mesures de stimulation décidée lors de la crise de 2008, un package de 600 milliards de dollars dépensé essentiellement en infrastructure <s>et</s> qui a provoqué une inflation salariale importante. Les coûts de main d’œuvre sont passés de 200 à 600 dollars par mois. Une grande partie de ces nouvelles infrastructures mises en place par les gouvernements locaux à grand renfort de bâtiments administratifs grandioses qui ne rapportent rien et ont été financés à base de crédit. Les fameux prêts non-performants dont il est beaucoup question. La qualité de la croissance va diminuer et les entreprises génèreront moins de cash. Sans oublier que la croissance du pouvoir d’achat est en baisse elle-aussi. Les ventes au détail sont en décélération pas seulement en Chine, mais également à Singapour et à Hong Kong où les touristes chinois ne sont plus aussi dépensiers. 

Ce ralentissement va-t-il affecter également tous les secteurs ?

Non. Il y a une différence importante entre les entreprises stratégiques, bénéficiaires des subventions étatiques, et les autres. Les secteurs stratégiques comptent la banque, les télécoms, la défense et les grands groupes industriels qui, de surcroit, contrôlent les prix à la consommation. Le gouvernement s’est d’ailleurs bien rendu compte des inégalités de traitement et des problèmes qu’elles posent à long terme. Il mène actuellement une politique de stimulation de la consommation et verse des subsides aux entreprises de fabrication d’appareils électroménagers et automobiles qui ont pour effet de soutenir temporairement les producteurs. Le secteur automobile reste en surcapacité avec un potentiel de 8 millions de véhicules par an. Notez également que le gouvernement encourage la vente de voitures en baissant le prix de l’essence. Le secteur pharmaceutique, reconnu comme secteur clef et encouragé depuis 2008, reste lui aussi en pleine croissance. Par contre, le secteur du solaire s’est pratiquement sabordé avec une compétition féroce à base de dumping des prix. Mais il peut se reprendre grâce à un renforcement de la demande émanant de Chine si le développement des énergies durables à l’interne se poursuit. Aujourd’hui, plus de 60% de l’énergie reste à base de charbon et environ 10% vient du nucléaire. La China Nuclear Company devrait d’ailleurs être cotée à Hong Kong sous peu.

Quelles réformes vous sembleraient importantes ?

Il faudrait libéraliser le crédit aux petites entreprises. A Wenzhou par exemple, les petites entreprises spécialisées dans la production de produits de grande consommation se financent en dehors du circuit bancaire à des taux exorbitants de plus de 20%. Les banques ont déjà amélioré leurs conditions de crédit mais c’est encore insuffisant. En outre, la Chine doit aider davantage ses entreprises à développer de nouveaux marchés soit au niveau national soit au sein des autres pays émergents.

CV

Tianning Ning Kernen est née dans le Heilongjiang, en Chine. Après avoir obtenu sa licence de la prestigieuse Université du Peuple de Chine à Beijing, elle a poursuivi ses études universitaires à Lausanne. Après son master en économie, elle a passé plus de 10 ans en tant que gestionnaire d'investissement buy-side dans différentes institutions en Suisse. Elle a rejoint Semper l'an dernier dans le but d'offrir à ses clients des solutions d'investissements sur ses marchés dédiés.

 

Company Key facts

Semper est une société suisse, fondée en 2001 par Eric Freymond et active dans la gestion de fortune. Son siège est à Genève. Semper est entièrement indépendante et détenue par ses principaux acteurs. Semper offre des solutions d'investissement personnalisées pour des clients privés internationaux. Aujourd'hui, son équipe est composée de 7 gestionnaires de fortune et 3 spécialistes en investissement. Semper a étendu ses activités en Asie et en Europe

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