24 août 2012: interview de John Sandwick, Safa Investment Service, accordé à Anne Réthoret (Agefi) pour Dukascopy TV


Secteur financier en plein essor

Safa investment services. Créée en début d’année, la société implantée à Genève et à Riyadh se lance dans la gestion active de produits compatibles avec les préceptes de la Sharia.

Interview: Anne Réthoret

Aujourd’hui, la finance islamique représente un marché estimé à 1000 milliards de dollars. Celui-ci est réparti sur environ 300 établissements à travers le monde. La création d’actifs financiers islamiques progresse pour sa part de 15 % à 20 % par an depuis cinq ans.

Deutsche Bank estime même que l’ensemble de l’industrie pourrait doubler ses actifs à 1800 milliards de dollars en 2016. A l’instar de la Citibank qui, dès 1996, avait établi sa propre filiale islamique à Bahreïn, la plupart des grandes institutions financières occidentales sont désormais engagées dans ce type d’activités, sous la forme de filiales, de «guichets islamiques» ou de produits financiers destinés à une clientèle musulmane. Symbole de l’intégration de la finance islamique dans l’économie globale, il existe même un «indice Dow Jones du marché islamique».

La banque HSBC est également très respectée dans ce domaine. Pourtant en Suisse, les émetteurs de produits en finance islamique peinent encore à convainque les banques privées. D’après John Sandwick, cofondateur de Safa Invest à Genève, Gestion d’actifs est le segment le moins développé dans le domaine de la finance islamique. Sa société créée en Suisse en début d’année espère répondre à hiatus existant, depuis ses locaux à Genève et à Riyadh. Une inauguration officielle aura lieu au mois d’octobre en Arabie Saoudite. Fort de plus de vingt ans d’expérience, le gérant d’origine américaine revient sur  ses motivations, ainsi que sur le potentiel que représente cette méthode d’investissement pour la place financière suisse.

Quelles sont les motivations derrière la création de Safa Investment Services?

Après plus de 20 ans d’expérience dans le domaine de la gestion d’actifs à Genève, j’ai été approché par quatre investisseurs, dont trois saoudiens et un britannique, pour créer une  société capable de développer une offre complète de produits. Mais aussi et surtout pour enfin présenter une équipe de gestionnaires d’actifs, spécialisés en finance islamique sur la place genevoise.

Comment comptez-vous réaliser cela?

Depuis cinq ans nous travaillons sur une base de données globale, plus complète et intuitive que celle de Bloomberg ou Reuters, destinée uniquement aux produits Sharia compatibles. Ainsi, nous espérons proposer une gestion de portefeuille optimisée capable de concurrencer les grandes banques actives dans ce secteur de la finance.  Parallèlement nous avons identifié un manque frappant de gestionnaires formés à penser selon les préceptes de la Sharia.

Plusieurs gestionnaires de banques privées accusent un manque de demande pour ce type de produits en Suisse.

Selon vous quels éléments attestent au contraire?

Les arguments de ces établissements peuvent être retournés contre eux. Si un gestionnaire de fonds Sharia-compatibles ne perçoit pas la place genevoise comme un centre de compétence en termes de CRM formés et intéressés dans ce domaine, il ne viendra pas en Suisse. Les émetteurs de produits viennent à Genève et Zurich pour faire du volume, donc tant que l’intérêt des banques reste fixé sur des produits structurés, qui paient 7% d’intérêt, les produits Sharia-compatibles ne suscitent pas leur attention.

Certains avancent toutefois que les principes de la finance islamique ne sont qu’un atout de marketing.

C’est un argument un peu facile. Premièrement les principes de la Sharia reposent davantage sur le bon sens, que des questions de croyance. Certaines théories keynésiennes de de James Tobin sont par exemple parfaitement en ligne avec les préceptes de la Sharia. Il faut toutefois admettre que la standardisation des produits validés par certains érudits de la finance islamique est proie à un certain degré de marketing. Notamment, les dérivés auxquels une Fatwa (avis juridique levant l’interdiction) a été appliquée. Ce n’est qu’une question de temps avant qu’ils disparaissent. La finance islamique a suivi une courbe d’évolution qui s’est fortement accentuée depuis 2008, année de création de l’organisation responsabilisation et d’audit des institutions financières islamiques au Bahreïn (AAOIFI). Cette autorité de surveillance accompagnée des deux institutions de contrôle les plus importantes d’Indonésie (l’IFSB et l’IIFM) couvrent aujourd’hui environ 80% du marché mondial.

Que répondez-vous à ceux qui estiment que les produits Sharia-compatibles limitent les gérants dans le sens où ils sont peu liquides à court terme?

Au contraire, les produits agréés en finance islamique sont d’autant plus liquides puisqu’ils sont adossés à des actifs. Et non de simples formules mathématiques.

Mais alors comment expliquez-vous la crise des Sukuk (obligations) qui a eu lieu en 2009 suite à la crise immobilière du Golfe?

Ces Sukuk ont été émis en 2007 pour la grande partie et à l’époque, les standards ce type de produits n’existaient pas. De grandes entreprises comme BNP Paribas et Goldman Sachs sont entrées sur ce marché avec des produits labellisés comme des Sukuk, qui ressemblaient plus à du revenu fixe. Lorsque la bulle immobilière a éclaté, les sociétés qui ont le plus spéculé avec ce type de produits ont tout perdu. En revanche, les Sukuk émis par des banques commerciales, comme la Banque du Qatar continuent aujourd’hui de verser des rendements.

Comment percevez-vous l’évolution du marché des Marabaha?

Murabaha est le prochain marché à conquérir au sien secteur de la finance islamique. Le terme signifie que l’institution financière émettrice joue le rôle d’un intermédiaire commercial, achetant des marchandises nécessaires à ses clients et les leur revendant en différé moyennant profit. Aujourd’hui, ces actifs passent principalement par le London Metal Exchange (LME). Cependant, certains érudits respectés du domaine estiment qu’ils sont trop risqués et se rapprochent dangereusement du portage. La Banque du Luxembourg et la Banque centrale de Malaisie ont donc décidé d’allier leurs forces à quatorze autres établissements pour créer une forme de Murabaha qui soit en ligne précise avec les principes de la Sharia.

CV

John A. Sandwick est banquier privé à Genève depuis 1993. Il est par ailleurs actif en tant que professionnel dans le développement de stratégies d'investissement depuis 1989. Il a construit sa renommée sur son expertise dans la gestion de produits Sharia-compatibles. Que ce soit dans le domaine de la titrisation, de l’immobilier ou de l’assurance. John Sandwick a fait des études en Finance Internationale et Commerce à l'université de Georgetown. Puis, il a par la suite obtenu un master dans le domaine du «Developpment Banking» à l'Université Américaine, qui se trouve également à Washington.

Company Key facts

Safa Investment Services est une société d’investissement Islamique indépendante, créée en début d’année. John Sandwick et ses trois associés espèrent développer une image de marque dans ce domaine particulier de la finance pour la gestion d'actifs. L’équipe de professionnels compte se profiler auprès de clients à partir de deux emplacements : Genève et Riyad. En Suisse, Safa  propose une gestion selon les préceptes de la finance islamique à travers l’entité Islamic Wealth & Asset Management S.A.  En Arabie Saoudite, c’est l’entité The Investor for Securities qui se chargera de suivre les activités de Safa Investment Services. L'objectif de cette société d’investissement est de renforcer la demande de produits et de soutenir la formation de jeunes professionnels souhaitant devenir plus actifs dans ce secteur de la finance.

www.safainvest.com

 

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