Léon Cornelissen sur la chute du pétrole

26 novembre 2014: interview de Léon Cornelissen, Robeco, accordé à Nicolette de Joncaire (Agefi) pour Dukascopy TV


L’impact attendu et les effets annexes de la chute du brut

L'Agefi, 27.11.2014

Robeco. Le prix du pétrole impactera certains exportateurs plus que d'autres. Les obligations High Yield américaines sont aussi menacées.

Les cours du pétrole continuent à glisser. Ils atteignaient mardi leur point le plus bas des quatre dernières années. L'impact sera positif sur certains pays et désastreux sur d'autres. Qu'en sera-t-il des prêts consentis aux entreprises du secteur de l'énergie? Explications de Léon Cornelissen, chef économiste de Robeco.

Qui souffrira le plus de la chute des cours?

Les pays exportateurs bien évidemment mais pas tous au même degré. Cela dépend du rapport entre le cours du pétrole et l'équilibre budgétaire de chacun. Ceux dont le budget ne sera déficitaire qu'à partir d'un prix très bas souffriront peu. Oman et le Koweït,  par exemple, peuvent bien supporter des cours descendant jusqu'à 70 dollars le baril. L'Arabie saoudite est déjà en zone rouge à partir de 90 dollars et la Russie au-dessous de 100 et la Libye aux alentours de 110. Les états qui souffrent réellement sont l'Irak, le Nigeria, le Venezuela et surtout l'Iran qui est déficitaire depuis longtemps et a besoin d'un cours supérieur à 130 dollars pour s'équilibrer.

Et les Etats-Unis?

Les Etats-Unis sont désormais le second producteur de pétrole du monde derrière l'Arabie et devant la Russie mais ils seront peu affectés pour plusieurs raisons. La première est bien sur la diversité de leur économie où les exportations de produits pétroliers ne représentent qu'une faible part de leurs revenus, même si elles sont en hausse. La seconde est la flexibilité de la production des pétroles de schistes. Elle ne demande pas de gros investissements de départ et peut s'arrêter et redémarrer rapidement en fonction du prix. Cette sensibilité au prix et la rapidité des ajustements rendent la production pétrolière américaine beaucoup moins fragile que celle des autres pays producteurs. Enfin, l'économie américaine dans son ensemble bénéficie de coûts d'énergie bas qui boostent la consommation et certains autres secteurs.

La Russie cèdera-t-elle sur le plan politique sous la pression des cours?

C'est peu probable. Certes son économie se détériore mais elle n'est pas au bord de la faillite et peut se tourner vers la Chine pour trouver des solutions, même s'il est certain que les Chinois ne se laisseront pas faire et que le marchandage sera difficile. La situation politique gêne plus la zone euro que la Russie.

Cette baisse du pétrole est tout de même positive pour beaucoup. Les pays importateurs en particulier.

Elle favorise sans aucun doute un boom de la consommation et donc la croissance du PIB.  Les grands gagnants sont la Chine et l'Inde et également les Etats-Unis. L'Europe aussi mais dans une moindre mesure. Elle peut par contre déstabiliser le Moyen-Orient, l'Afrique, l'Amérique latine et la Russie. Avec des crises potentielles à ne pas négliger.

Vous attirez  l'attention sur le marché du High Yield. Pourquoi?

Cette classe d'actifs comprend de plus en plus de sociétés énergétiques. Elles représentaient un peu plus de 10% de la classe en 2012 et 2014 et cette part est montée à plus de 15% en 2014. Les entreprises du secteur énergétique sont fortement endettées. C'est particulièrement vrai de celles actives dans l'exploitation des schistes bitumineux américains. Le risque de les voir faire défaut s'accroit avec la baisse des cours du pétrole. Nous assisterons vraisemblablement à une consolidation du secteur et à une péjoration de la qualité de ce type de dette. Ce phénomène sera accusé par la hausse éventuelle des taux aux Etats-Unis. Le High Yield perd de son attrait.

Est-ce déjà perceptible?

Oui, il y a déjà une désaffection du High Yield au bénéfice des obligations de meilleure qualité et des notations Investment Grade. Bien sur la normalisation des taux par la Réserve fédérale sera lente et le spread du High Yield restera attractif mais l'évaluation du taux de défaut reste optimiste. A mon sens, la qualité du High Yield s'est détériorée plus que les indicateurs ne le laissent paraitre.

En Europe aussi?

La situation n'est pas du tout de même nature en Europe. Le marché du High Yield européen ne présente pas les mêmes risques car il n'abrite par tous les nouveaux venus de l'énergie qu'a accueillis le marché américain. Au contraire, le High Yield européen bénéficiera des effets dérivés des mesures prises par la Banque Centrale Européenne. Il reste donc attractif.

 

 

CV

Léon Cornelissen

Léon Cornelissen est économiste en chef chez Robeco depuis 2009. Il a rejoint Robeco en 1990 en tant que membre de l'équipe de Treasury. Au fil des ans ses responsabilités de recherche se sont élargis à l'allocation d'actifs et au développement de produits. Il est expert en matière de politique monétaire et d'institutions et de politique de la zone euro.

Company Key facts

Robeco, un gestionnaire d'actifs mondial de taille moyenne, offre un mélange de solutions de placement au sein d'un large éventail de stratégies à des investisseurs institutionnels et privés à travers le monde. Au 30 Septembre 2014, la société gère 238 milliards d'euros d'actifs. En 2013 Robeco a dégagé un bénéfice net de 118 millions d'euros.

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