François Savary de la banque Reyl sur 2014

19 juin 2014: interview de François Savary, Banque Reyl, accordé à Nicolette de Joncaire (Agefi) pour Dukascopy TV


La phase de transition se poursuit

L'Agefi 20.06.2014

Reyl. La reprise graduelle devrait ramener l'économie mondiale à la croissance. A des niveaux toutefois inférieurs à ceux précédant la crise.

Juin est un moment propice aux bilans annuels. François Savary, CIO de la banque Reyl fait le point sur le cadre général en 2014 pour lequel il envisage la continuité du scénario de transition déjà observé en 2013.

En mai, vous aviez observé qu'obligations et actions donnaient des signaux contradictoires sur l'état général de l'économie. Lesquels?

Depuis décembre, les rendements obligataires américains fléchissent.  A un point devenu préoccupant et antinomique des tendances sur les marchés actions. La performance 2014 des Treasuries 10 ans ne confirme pas un scénario de reprise économique. Pourtant le désengagement de la Fed vis-à-vis de l'assouplissement monétaire se confirme, les signes de reprise sont clairs et l'inflation est loin d'atteindre des niveaux alarmants. En résumé, le rendement des obligations indique un affaiblissement de la croissance alors que celui des actions reflète la confiance dans cette même croissance.

Vous avez défini un certain nombre de scénarios possibles. Pouvez-vous les résumer?

Le scénario central ("transition kept alive"), défini en 2009, est celui d'une reprise graduelle qui ramènerait l'économie mondiale à la croissance, à des niveaux toutefois inférieurs à ceux précédant la crise financière. Il en existe quatre autres. Le scénario le plus inquiétant ("world recession") serait celui d'une récession généralisée correspondant à un défaut de renouvellement du cycle. Celui de "stagflation" correspondrait à une croissance faible accompagnée d'inflation, une situation comparable à celles des années 1970, provoquée par une pression à la hausse du le prix des matières premières nourrie par l'excès de liquidité injectée par les QE. Un autre scénario préoccupant ("Japanese disease") est celui qui menace l'Europe. Celui d'une déflation ou japonisation  qui rendrait le poids de la dette intenable. Enfin, le scénario le plus positif ("back to normal") verrait la croissance revenir à des seuils qui permettraient de conclure que la crise est définitivement derrière nous.

Quel scénario vous parait le mieux correspondre à l'année en cours?

Le premier ou scénario de transition, déjà observé en 2013. Je lui attribue une probabilité d'environ 70% en 2014.

Comment évoluent les équilibres mondiaux?

On note une nette dissociation entre les Etats-Unis et la Grande-Bretagne d'une part et l'Europe de l'autre. Jugées à la même aune dans les dernières années, les deux groupes évoluent de manière divergente aujourd'hui. Le leadership des Etats-Unis s'intensifie de nouveau alors qu'on observe une détérioration de l'indice des directeurs d'achat (PMI) dans la plupart des pays européens. La grande frayeur sur la crise du crédit en Chine s'estompe mais il convient de continuer à en surveiller l'évolution.

Les marchés émergents connaissent un regain d'intérêt. Est-il justifié?

La désaffection des investisseurs pour les marchés émergents est terminée. Les ratios cours-bénéfices (PE) remontent sous l'influence de la révision des résultats par action (BPA). Si l'on tient compte des PE minimum (8,1 fois en septembre 2011) et maximum (13,8 fois en juillet 2009), le ratio cours-bénéfices projeté sur les 12 prochains mois (10,5 fois) dénote des valorisations plutôt basses.

Quels sont les risques les plus importants susceptibles de menacer la reprise actuelle?

Une croissance plus faible que prévue que les injections de liquidité ne peuvent soutenir. Si l'économie européenne se japonise, si les Etats-Unis ne remplissent pas leur promesse de croissance, si la stabilité financière de la Chine s'effondre ou encore si les tensions géopolitiques génèrent une hausse brutale du cours du pétrole, le scénario de transition serait menacé. On y peut ajouter le risque d'une remontée du taux d'inflation.

Ces risques modifieraient-ils l'appétit actuel des investisseurs pour les actifs risqués?

Sans aucun doute. Un retour soudain du mode "risk off" compromettrait ces actifs et les actions en seraient les premières victimes.

Dans le contexte du scénario actuel, quelles sont les allocations qui vous paraissent justes?

Notre faveur va aux actifs risqués c'est-à-dire aux actions pour lesquelles notre exposition actuelle est de l'ordre de 45%. Elles restent notre choix stratégique. Au sein de cette allocation, nous avons accru la différentiation régionale en faveur des actions émergentes et plus particulièrement asiatiques.  L'Europe reste toutefois notre exposition la plus importante. Au niveau sectoriel, nos préférences vont aux cycliques (valeurs technologiques, industrielles et financières). Nous sommes neutres sur l'énergie et la santé et sous-pondérons la consommation discrétionnaire, les services publics, les télécoms et les biens de consommation essentiels. Notre exposition à l'investissement alternatif reste stable à 26%. A signaler, une position sur le Samena India Credit Fund, une façon de jouer le retournement du marché indien de manière opportune. Nous avons légèrement accru notre allocation en obligations de 2% à 21,5%, par le biais d'achats de convertibles. Notre risque de durée est limité avec un objectif de maturité entre 3 et 5 ans afin de nous protéger des risques de taux potentiels.  Sur les matières premières, nous recommandons la sous-pondération et restons stables autour de 5%. Notre allocation en cash est de l'ordre de 2,5%, en diminution par rapport au mois précédent.

Et les devises?

Le tapering et la confirmation du leadership US devrait peser en faveur du dollar. Le Japon continue à affaiblir sa devise et la livre sterling bénéficie d'une reprise plus robuste qu'attendue. En bref, je recommanderai des positions longues sur le dollar et le GBP contre l'euro et courtes sur le YEN contre l'USD.

 

 

CV

François Savary

Economiste et analyste financier, François Savary dirige le département d'analyse financière à l'origine des stratégies d'investissement de REYL & CIE. Chief Investment Officer de Darier Hentsch & Cie puis Chief Investment Strategist de Deutsche Bank (Suisse), François Savary a mené dès 2001 une activité de conseil indépendant en stratégie et en analyse. En 2006, il a dirigé les publications du quotidien L'Agefi. Depuis 1992, François Savary enseigne au sein de l'Institut Supérieur de Formation Bancaire. Il a rejoint REYL & CIE en 2007. François Savary est licencié de l'Institut des Hautes Etudes Internationales de Genève. Il a également suivi le programme de doctorat en Economie Internationale de l'Institut.

Company Key facts

Banque Reyl

Groupe bancaire familial et indépendant basé à Genève avec des bureaux à Zurich, Lugano, Paris, Londres, Luxembourg, Singapour et Hong Kong, le Groupe Reyl gère CHF 9,1 milliards de francs d’actifs et emploie près de 160 collaborateurs (chiffres au 31.12.2013). Développant une approche résolument moderne du métier de banquier, le Groupe accompagne une clientèle d’entrepreneurs internationaux et d’investisseurs institutionnels par le biais de quatre lignes d’activités: Wealth Management, Private Office, Corporate Advisory et Asset Management. Fondé en 1973, Reyl & Cie bénéficie en Suisse du statut bancaire et exerce son activité sous le contrôle direct de l’Autorité fédérale de surveillance des marchés (FINMA) et de la Banque Nationale Suisse (BNS). Les filiales du Groupe Reyl sont par ailleurs réglementées par la LPCC en Suisse, l’AMF en France, la FCA en Royaume-Uni, la CSSF au Luxembourg, la MAS à Singapour et la SEC aux Etats-Unis.

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