François Savary de la banque Reyl sur 2015

08.01.2015: interview de François Savary, Banque Reyl, accordé à Nicolette de Joncaire (Agefi) pour Dukascopy TV


La transition se prolongera

L'Agefi, 08.01.2015

Reyl. La période de transition devrait continuer une année de plus. Mieux vaut rester raisonnable sur les attentes de rendement.

Guerre des devises, chute du prix de l'énergie, sanctions russes et aujourd'hui renouveau des tensions dans la zone euro, autant de raisons de se montrer prudent comme l'explique François Savary qui reste toutefois optimiste.

Les mouvements sur les monnaies s'accusent. Vous parlez de guerre des devises. Quelles conséquences?

La paire EUR/USD affiche une forte chute et la volatilité est en augmentation. Les Etats-Unis ont conduit la reprise après-crise par une politique d'assouplissement monétaire intensive que l'Europe et le Japon ont tardé à utiliser pour y venir à leur tour. L’utilisation de l’outil monétaire à des fins de stimulation va désormais croissant en Europe, au Japon et dans certaines économies émergentes avec pour conséquence de forts mouvements sur les changes. Si nous sommes confrontés à une guerre des changes qui ne veut pas dire son nom, l'éventualité n'est pas réjouissante pour la croissance mondiale. Les guerres de changes sont néfastes au commerce international or ce dernier est un facteur essentiel de croissance économique. Nous n'observons pas de ré-accélération du commerce à l'heure actuelle et par conséquent pas d'expansion économique importante.

Janet Yellen ne parait pas particulièrement pressée de remonter les taux d'intérêt aux Etats-Unis.

La Fed n'est effectivement pas encline à brusquer le changement de cap monétaire, malgré des chiffres de croissance de bonne qualité et des signes que la progression des salaires s’accélère. Elle pourrait toutefois y être contrainte d'ici la fin du deuxième trimestre.

Le ralentissement (relatif) des échanges mondiaux est aussi le résultat d'un climat géopolitique tendu. En particulier avec la Russie.

Les sociétés russes sont confrontées à de forts besoins de refinancement en 2015 (130 milliards de dollars) qu'elles peinent à assurer sur les marchés. Les réserves de change russe ne sont pas infinies et la décision de la banque centrale de laisser le rouble flotter en a apporté la meilleure preuve. Une crise économique et financière russe pointe à l’horizon si l'on ne réussit pas à faire évoluer la situation.

La chute du prix de l'énergie est un développement majeur des derniers mois. Quel impact sur la croissance?

La baisse marquée du prix du pétrole est un choc d’offre positif pour les pays consommateurs, susceptible de renforcer la demande globale dans la majorité des économies et plus particulièrement aux Etats-Unis. Les données économiques américaines récentes pointent d'ailleurs vers un taux d’expansion soutenable de 3% en termes réels pour 2015. Toutefois, malgré l'accentuation de cette chute dans les derniers jours, il ne faut pas en surestimer l'impact à long terme. Le déficit de demande ne représente que 2% et devrait être rapidement compensé. Au moindre écart (reprise de croissance ou étranglement de l'offre), ce prix remontera. Probablement dès le printemps. A moyen terme, un cours de l'ordre de 75 dollars le baril me parait raisonnable.

La faiblesse de ce prix ne compromet-il pas le développement des schistes américains?

Nous verrons surement le ralentissement des investissements dans les puits en développement mais, contrairement aux exploitations traditionnelles, celle des schistes est flexible. Le retrait temporaire peut être suivi d'une reprise rapide dès que les cours remonteront.

Les élections grecques menacent la cohésion de l'euro. Est-ce critique?

Le résultat des élections en Grèce est incertain et la situation est politiquement explosive pour l'Union européenne. Non que le problème soit nouveau. La dette grecque est un problème structurel dont ces élections ne font que précipiter les conséquences mais pour une zone euro déjà fragile, la crise grecque est potentiellement déséquilibrante.

Redoutez-vous le référendum sur l'adhésion de la Grande-Bretagne à l'Union européenne?

La position de David Cameron est fragilisé par l'effondrement de l'électorat libéral-démocrate et le renforcement de l'UKIP. Il pourrait – et il l'a déjà suggéré – avancer la date du référendum. Si la Grande-Bretagne était amenée à se détacher de l'Union européenne par vote populaire, cela pourrait marquer le déclin de la place financière de Londres, au profit éventuel de Francfort. La Grande-Bretagne deviendrait alors vulnérable car son compte courant est déficitaire et elle a besoin des flux financiers de la City pour le rééquilibrer.

A vos yeux, 2015 reste donc une année de transition

La perspective d’une poursuite du cycle de transition n'est pas, en soi, une source d’inquiétude pour l’investisseur. Les dernières années ont démontré que les actifs risqués et en particulier les actions performent bien dans un tel contexte. Il n’empêche qu’il faut conserver à l’esprit que le probable changement de cap monétaire de la Fed à la mi 2015 inscrira la marque d’une entrée définitive de l’économie américaine dans une autre phase du cycle conjoncturel avec son probable lot de volatilité sur les marchés financiers.

CV

François Savary

Economiste et analyste financier, François Savary dirige le département d'analyse financière à l'origine des stratégies d'investissement de REYL & CIE. Chief Investment Officer de Darier Hentsch & Cie puis Chief Investment Strategist de Deutsche Bank (Suisse), François Savary a mené dès 2001 une activité de conseil indépendant en stratégie et en analyse. En 2006, il a dirigé les publications du quotidien L'Agefi. Depuis 1992, François Savary enseigne au sein de l'Institut Supérieur de Formation Bancaire. Il a rejoint REYL & CIE en 2007. François Savary est licencié de l'Institut des Hautes Etudes Internationales de Genève. Il a également suivi le programme de doctorat en Economie Internationale de l'Institut.

Company Key facts

Banque Reyl

Groupe bancaire familial et indépendant basé à Genève avec des bureaux à Zurich, Lugano, Paris, Londres, Luxembourg, Singapour et Hong Kong, le Groupe Reyl gère plus CHF 10 milliards de francs d’actifs et emploie plus de 170 collaborateurs (chiffres au 30.09.2014). Développant une approche résolument moderne du métier de banquier, le Groupe accompagne une clientèle d’entrepreneurs internationaux et d’investisseurs institutionnels par le biais de quatre lignes d’activités: Wealth Management, Private Office, Corporate Advisory & Structuring et Asset Management. Fondé en 1973, Reyl & Cie bénéficie en Suisse du statut bancaire et exerce son activité sous le contrôle direct de l’Autorité fédérale de surveillance des marchés (FINMA) et de la Banque Nationale Suisse (BNS). Les filiales du Groupe Reyl sont par ailleurs réglementées par la FCA au Royaume-Uni, la CSSF au Luxembourg, la MAS à Singapour, l’AMF en France et la SEC aux Etats-Unis.

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