Herwig van Hove sur les perspectives 2013

9 janvier 2013: interview de Herwig van Hove, Notz Stucki, accordé à Nicolette de Joncaire (Agefi) pour Dukascopy TV


La fin des incertitudes politiques

Mercredi, 09.01.2013

Notz Stucki. Le terme du climat de contingence continue marque le moment de se recentrer sur les fondamentaux et sur une reprise possible.

Nicolette de Joncaire

En introduction de la septième conférence semi-annuelle de Notz Stucki , Herwig van Hove, membre du Comité Exécutif de la société de gestion , a comparé les perspectives présentées l’année dernière au bilan de l’année. Les positions longues sur les entreprises de grande qualité, préconisées par Morgan Stanley Global Brands, se sont révélées payantes, avec une performance de 15,2%. Sur l’euro, les prévisions étaient plus pessimistes que nécessaire: l’intervention de Mario Draghi a renversé le cours de l’histoire et l’évolution des CDS sur l’Italie et l’Espagne démontre amplement que la confiance s’est progressivement rétablie, leur valeur ayant chuté de plus de moitié depuis fin juillet. La méfiance vis-à-vis du marché actions chinois s’est avérée justifiée: le China Shanghai a largement sous-performé le MSCI Emerging Markets et le MSCI Developed Markets. Sur les obligations, l’abandon des titres souverains américains et allemands au profit de la dette d’entreprise américaine et plus particulièrement du High Yield a prouvé être une sage décision.

Le moment étant venu de se prononcer sur l’année à venir, la parole était à Anatole Kaletsky, associé de GaveKal (L’Agefi du 4 juillet dernier). «Ce dont nous avons besoin est de croissance» a d’emblée déclaré l’ancien journaliste économique vedette du Financial Times. L’année 2012 a été dominée par l’incertitude politique - crise de l’euro, attente du QE3, renouvellement de la direction politique chinoise, élections américaines, menace du mur budgétaire - mais le climat de contingence permanente dans lequel nous avons vécu depuis 2011 s’est aujourd’hui évaporé. Il est temps de se recentrer sur les fondamentaux économiques. Et sur les possibilités de reprise.

Où trouver la croissance? Très certainement aux Etats-Unis, ralentis jusqu’à présent par la faiblesse du secteur immobilier, l’anémie du crédit et la contraction du secteur public. Le PIB du secteur privé américain affiche une croissance de 2,93% en 2012. C’est donc bien la compression du secteur public qui a ralenti le dynamisme du pays. «Ne pas sous-estimer le stimulus que peut représenter le secteur de la construction» recommande Anatole Kaletsky. Dans les bonnes années, il a représenté jusqu’à 6% du PIB pour s’effondrer à 2,5% entre 2008 et 2012. Le redémarrage de la demande immobilière sera prépondérant dans celui de l’économie au sens large. D’autant que le rebondissement de l’investissement résidentiel n’est pas synonyme d’une nouvelle bulle. Les Etats-Unis ont besoin de logements et le parc existant ne correspond en rien aux excès de l’Espagne ou de l’Irlande (en encore moins à ceux du Japon des années 1980). Quant au crédit bancaire, il est exigé par les actionnaires autant que par les autorités politiques. Le temps de la thésaurisation sur les comptes courants est terminé et les banques américaines ont les capitaux nécessaires.

En Chine aussi, on est passé à l’étape suivante. Le rétablissement de la stabilité politique signifie que le moment est (re)venu de prendre des décisions économiques. Et 7 à 8% de croissance dans une économie évaluée aujourd’hui à plus de 7000 milliards de dollars valent largement plus que les 10 ou 12% d’il y a 10 ans, lorsque le PIB dépassait à peine 1000 milliards. En fait quatre fois plus.

Pour ce qui est de l’Europe, Anatole Kaletsky estime que 2013 sera l’année de la stabilisation. Au moins jusqu’aux élections allemandes d’octobre. D’autant que, si l’économie des pays du sud continue à se détériorer, l’Europe du Nord - Allemagne, Scandinavie et Suisse - se porte remarquablement bien. Et que la compétitivité de l’Europe de l’Est est restaurée, surpassant aujourd’hui celle de l’Asie.

A Anatole Kaletsky et à sa vision macroéconomique, succédait l’approche plus technique de Clint Comeaux, gérant chez Muzinich, un spécialiste américain du crédit et du High Yield responsable de plus de 22 milliards de dollars de placements et connu pour la modicité - l’inexistence même - des défauts de crédit dans son portefeuille. Une analyse rigoureuse des risques a permis d’établir le taux de défaut annualisé du portefeuille de Muzinich à 0,2% (contre un taux de marché de 3,6%). Une astuce pour acquérir de la dette de bonne qualité avec une décote? Acheter les obligations libérées par les grands ETF que leurs règles de gestion contraignent, mensuellement, à se débarrasser des positions qui ne correspondent plus à leurs critères, quelle que soit la qualité du crédit.

L’intervenant suivant abordait un champ beaucoup moins familier des investisseurs. Celui des marchés de l’environnement. Alfred Evans est CEO de Climate Change Capital, une société de gestion spécialisée dans les opportunités créées par la transition vers une économie soucieuse de réduire les émissions de carbone. Climate Change Capital fait partie du groupe Bunge (pour le compte duquel Alfred Evans dirige également les marchés de l’environnement), plus connu pour son activité dans les produits agro-alimentaires et les engrais. Le risque climatique, omniprésent dans tous les investissements, est méconnu des gestionnaires et échappe complètement aux modèles de gestion traditionnels. Il est pourtant considérable et représente d’après une étude publiée par Mercer en février 2012* environ 10% des risques de tous les portefeuilles. Par ailleurs, sur la base du protocole de Kyoto, visant à la réduction des émissions de gaz à effet de serre, s’est développé un marché des permis d’émission négociables qui a plus que doublé en 5 ans, passant de 60 milliards de dollars en 2007 à 125 milliards en 2011 - et qui pourrait en représenter 4600 milliards si on lui appliquait un ratio similaire à celui du mais.

C’est à Bruno Paulson, gérant du fonds Morgan Stanley Global Brands, qu’est revenu le privilège de clore la conférence. Investir dans les entreprises de grande qualité reste le plus moyen le plus sur de conserver et d’accumuler un patrimoine. Elles résistent à l’inflation, aux soubresauts politiques et aux crises économiques et financières les plus violentes. Le meilleur exemple? Nestlé.

*Trillions of dollars at stake from climate change over next 20 years

CV

Co-responsable de la Stratégie et du Développement chez Notz Stucki, Herwig van Hove a obtenu un diplôme d’Economie appliquée auprès de l’Université d’Anvers (UFSIA) avant de passer un MBA à l’INSEAD à Paris en 1998. Actif dans la gestion de fortune depuis près de 15 ans, Herwig van Hove a notamment travaillé pour Morgan Stanley en qualité de directeur exécutif dans le département de gestion privée de 1999 à 2009. Avant d’exercer cette activité, il a occupé le poste de responsable d’agence pour le compte de la Citibank, en travaillant plus particulièrement dans le domaine de la gestion privée.

Company Key facts

Le Groupe Notz Stucki est l’une des plus importantes sociétés de gestion totalement indépendante en Europe, fondée en 1964. Avec des équipes réparties sur hui bureau (Genève, Luxembourg, Singapour, Londres, Hamilton, Zurich, Bahreïn, Madrid), le Groupe est présent dans les principaux centres financiers. Grâce à l’expertise de ses quelques 80 collaborateurs, Notz Stucki est capable d’offrir un service personnalisé que ce soit à la clientèle privée comme institutionnelle. Le Groupe favorise une approche globale à la gestion de portefeuille et offre trois types de services : Gestion de portefeuille, discrétionnaire, Conseil en gestion de portefeuille, Fonds. Guidé par ses dirigeants qui sont impliqués non seulement dans la gestion stratégique du Groupe mais aussi dans la relation de clientèle, le Groupe est structuré autour des unités clés suivantes : Clients, Allocation et Gestion d’Actifs, Administration, Stratégie et Développement.

MSCI World Index (MXWO)

Equities VS Bonds