13 juillet 2012: interview de Yves Mirabaud, Mirabaud & Cie, accordé à Nicolette de Joncaire (Agefi) pour Dukascopy TV


Perpétuelle adaptation des services

Mirabaud & Cie. Aider les clients à s’adapter aux nouvelles conditions-cadre et diversifier les activités. Deux priorités depuis plus de dix ans.

S’orienter dans le contexte, chaque jour plus difficile, de conditions cadre exigeantes et d’attaques soutenues des Etats-Unis ou de l’Union européenne est plus qu’un défi, c’est une véritable gageure.  La banque privée suisse peut-elle se montrer capable d’une capacité d’adaptation exceptionnelle ? En contradiction avec le sentiment plutôt morose prévalant actuellement dans les banques privées, la banque Mirabaud fait preuve de beaucoup de dynamisme avec l’arrivée de nouveaux talents, l’augmentation des effectifs de Zurich, l’ouverture d’une antenne en Australie ou l’orientation vers la clientèle sportive et artistique. Mirabaud & Cie n’a jamais renoncé à travailler sur ses acquis et à innover comme l’explique Yves Mirabaud, associé senior de la banque.

Vous êtes dans une phase de croissance et continuez à investir. Comment l’expliquer dans les conditions actuelles ?

En vélo, on dit que celui qui n’avance pas tombe. Nous sommes préparés depuis des années à ce que la Suisse voie ses conditions cadre évoluer et avons développé nombre d’activités complémentaires à la gestion privée traditionnelle. Aujourd’hui, nos priorités sont doubles. En premier lieu, aider nos clients à s’adapter aux nouvelles conditions cadre beaucoup plus contraignantes. En second lieu, repositionner la banque sur trois axes : en nous rapprochant de notre clientèle, en nous adressant à de nouveaux marchés et en offrant de nouveaux produits construits par de nouveaux talents.  Nous nous sommes par exemple rapprochés de nos clients en établissant des filiales à l’étranger – en Espagne, en France, à Dubaï ou à Hong Kong -  et avons abordé la clientèle du Moyen-Orient, de l’Europe de l’Est et du continent africain.

Quels ont-été vos principaux pôles de diversification sur le plan des produits?

Tout d’abord, l’Asset Management sous la direction de Lionel Aeschlimann qui s’entoure de talents incontestables. Parmi les plus récents,  je ne citerai que  Renaud Martin, responsable de la gestion obligations convertibles, Matthias Egger, spécialiste des petites et moyennes capitalisations suisses et plus récemment Daniel Tubbs, ancien co-directeur du département des marchés émergents chez BlackRock, qui se consacrera à la gestion d’un fonds d’investissement sur les marchés actions émergents. En outre, nous avons développé, à Londres depuis 2005, une activité de corporate finance, dirigée par notre associé, Giles Morland, qui nous permet d’offrir, aux émetteurs comme aux investisseurs, des activités de conseil, d’ingénierie et d’exécution. Notre expertise est concentrée sur la levée de fonds pour les petites et moyennes capitalisations dans le secteur des matières premières,  gaz, pétrole et mines principalement. L’essentiel de ces levées de fonds se fait par le biais d’IPO mais nous structurons également des instruments de dette. Notre implantation londonienne se place actuellement en première position sur le marché secondaire britannique (AIM) et sur l’AIM’s 100 largest caps selon le classement établi par Hemscott et c’est dans ce cadre que nous avons ouvert l’année dernière une entité à Perth, enAustralie.

C’est dans ce contexte que vous venez d’inaugurer un partenariat avec New Street Research sur les prestations d’analyse actions et obligations.

Cette joint-venture viendra renforcer la capacité déjà étendue de notre équipe d’analyse sur des secteurs ciblés comme les télécommunications et la santé où New Street Research est particulièrement expert et permettra à notre équipe de corporate finance d’explorer des opportunités de financement d’entreprises dans ces secteurs.

Comment vous diversifiez-vous vers de nouveaux segments de clientèle ?

Outre les clientèles régionales, il nous semble opportun d’aborder des types de clientèle mal desservis dans le domaine de la gestion de fortune. Notre initiative la plus récente est un service sur mesure de banque privée pour les professionnels du sport et de la culture, basé en Espagne. L’unité Mirabaud Sports, Art & Culture y est dirigée par Ferran Martínez, titulaire d’un MBA, mais surtout un basketteur de niveau mondial qui a participé à cinq championnats d'Europe, deux championnats du monde et un tournoi olympique et a fait partie de l’équipe des Toronto Raptors, seule équipe NBA à être située en dehors des États-Unis. Peu d’établissements offrent leurs services aux professionnels du sport et aux artistes, clientèle très internationale et qui présente des caractéristiques spécifiques. Les sportifs, en particulier, perçoivent généralement leurs revenus sur une période très limitée et concentrée de leur vie.

Comment les clients peuvent-ils s’adapter aux nouvelles conditions cadre ?

Il existe plusieurs voies : l’amnistie, la régularisation spontanée ou les accords fiscaux de type « Rubik » dont j’espère la ratification. Autre possibilité : la délocalisation car il ne faut pas oublier que certains pays européens, comme la Grande-Bretagne ou la Belgique, offrent des conditions fiscales au moins aussi avantageuses que la Suisse. La Grande-Bretagne accueille environ 300’000 résidents non domiciliés dont le statut fiscal est remarquablement favorable alors que la Suisse n’héberge que 5’600 contribuables au forfait. Les solutions doivent donc être étudiées au cas par cas.  

Le Conseil Fédéral va bientôt se prononcer sur le concept de la « Weissgeldstrategie ». N’est-ce pas aller trop loin ?

Depuis 2009, la Suisse a clairement décidé de se conformer à l’ensemble des standards internationaux, tel que l’échange d’informations à la demande par exemple. En plus de cela, la Confédération a signé ou négocie avec un certain nombre de partenaires des accords fiscaux qui ont le mérite d’offrir à nos clients un règlement pour le passé et leur permettront d’être en règle avec leurs autorités fiscales dans le futur tout en gardant une grande confidentialité de leurs données. A ce stade, personne ne nous en demande plus. Si nos autorités pensent qu’il faut aller plus loin pour s’assurer de la conformité fiscale des clients des banques, il faut qu’elles négocient avec les autres pays pour faire évoluer les standards internationaux. Fixer des règles que nous sommes les seuls à appliquer mettra les banques suisses dans une situation compétitive très défavorable. A titre d’exemple, nous avons été les seuls à mettre en place le formulaire T pour les trusts il y a plus de vingt ans et personne ne nous a suivis à ce jour. Cette fois-ci, si nous pensons devoir faire évoluer les règles du jeu, soyons des leaders et non des pionniers.

CV

Diplômé de l’Institut Universitaire des Hautes Études Internationales de Genève, Yves Mirabaud rejoint la banque en 1993, après avoir passé cinq ans dans différentes institutions bancaires de Genève, Zurich, Boston et New York. Associé gérant depuis 1996, il représente Mirabaud au sein du Groupement des Banquiers Privés Genevois depuis 2005, dont il a notamment assumé la présidence entre 2010 et 2011. Il est également  membre du Conseil de la Fondation pour Genève

Company Key facts

Fondée à Genève en 1819, Mirabaud & Cie est aujourd’hui une firme multinationale présente sur quatre continents. Mirabaud propose des conseils et des services financiers personnalisés à ses clients dans trois lignes d'activité : Gestion privée (gestion de portefeuille, conseil en investissement et prestations aux gestionnaires d’actifs indépendants), Asset Management (gestion institutionnelle, gestion et distribution de fonds) et Intermédiation (courtage, finance d’entreprise et gestion des dettes). Société indépendante en forte croissance, Mirabaud a triplé ses actifs sous gestion en dix ans. Dans le domaine de l’intermédiation, elle occupe les premières places des classements de la finance d’entreprise en 2011 sur le marché des investissements alternatifs de la Bourse de Londres et pour les 100 plus grandes capitalisations de l’AIM. Le groupe emploie environ 600 personne et dispose d’une présence en Suisse (Genève, Bâle, Zurich), en Europe (Londres, Paris, Madrid, Barcelone et Luxembourg) et dans le reste du monde (Montréal, Hong Kong, Dubaï et Perth).

Masse en dépôt au 31.12.2011