Samy Chaar sur le dilemme des investisseurs

1er septembre 2014: interview de Samy Chaar, accordé à Nicolette de Joncaire (Agefi) pour Dukascopy TV


Choix d'investissement difficiles

L'Agefi 28.03.2014

Lombard Odier. Les actifs financiers sont chers mais les liquidités offrent des rendements réels négatifs. Il est malaisé de bien s'orienter.

Dans un climat de taux d'intérêt faibles et de survalorisation potentielle des actions, Samy Chaar, stratégiste pour la clientèle privée de la banque Lombard Odier, résume le dilemme des investisseurs.

Est-il préférable à l'heure actuelle de prendre position sur des actifs ou, de manière plus conservative, de privilégier le cash?

Il est exact que l'ensemble des actifs financiers sont coûteux. Le rendement des obligations est très faible, les écarts de crédit sont serrés et la valorisation des actions est élevée. Mais, de l'autre côté, les liquidités ne rapportent rien dans les pays développés. Même en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis. Ajustées de l'inflation, elles offrent même des rendements réels négatifs et cette situation perdurera dans les trimestres à venir. Le choix est donc difficile entre actifs chers, d’une part, et une érosion de l'épargne, d’autre part, accompagnée d'une baisse du pouvoir d'achat. A ce titre, nous favorisons davantage les actifs financiers, avec une préférence pour les actions. Leurs valorisations sont élevées mais les primes de risque et les dividendes restent attractifs vis-à-vis des obligations, du crédit et des liquidités.  En outre, le contexte macro-économique, hors risques géopolitiques, continue à pointer dans une direction plutôt positive et stable. Aux Etats-Unis, en particulier, la dynamique économique est relativement robuste ce qui devrait encourager la Réserve Fédérale à resserrer sa politique monétaire et à relever les taux directeurs, probablement en mars ou juin de l'année prochaine. Quant aux marchés émergents, ils se redressent au terme d'une période difficile en 2013 et en début d'année.

Qu'en est-il de la situation en Europe?

La reprise économique européenne reste particulièrement fragile et les tensions géopolitiques n'améliorent pas les choses. Toutefois la situation n'est pas aussi déprimée qu'il y parait. On compte, certes, des éléments négatifs. La production industrielle demeure faible et l'économie allemande s'est contractée – partiellement à cause de ses liens économiques avec la Russie - mais on observe néanmoins des éléments positifs. La consommation continue de résister, les indices des directeurs d’achat (PMI) sont plutôt bons et les bénéfices des entreprises offrent un certain niveau de support aux marchés. Dans l'ensemble, l'Eurozone est à la limite, mais elle reste tout de même du bon côté de cette limite. Il est d'ailleurs ironique que ce soit la périphérie de l'Europe, Italie mise à part, qui ait autorisé la dynamique européenne à ne pas se détériorer davantage. Un autre élément de confiance est que la situation du crédit s'améliore ou tout au moins a cessé d'empirer. Les statistiques de prêts bancaires et les sondages auprès des banques confirment une certaine stabilisation du crédit, tant au niveau général que pays par pays.

Les mesures de la Banque Centrale Européenne vont-elles dans le bon sens?

Il est rassurant de voir que la BCE choisit ce moment pour se montrer innovante et préparer, pour septembre, un package de nature à soutenir la reprise européenne. Certains investisseurs restent sceptiques mais il faut souligner que la BCE propose un train de mesures substantiel et se montre prête à en faire davantage si les craintes déflationnistes persistaient. Nous continuons donc à accorder le bénéfice du doute à la reprise européenne.

Pour revenir sur les risques géopolitiques en Europe, qu'anticipez-vous?

Les risques géopolitiques en Europe se sont intensifiés au cours des dernières semaines. C'est l'une des plus grandes menaces qui pèsent sur la croissance mondiale, et plus particulièrement sur la zone euro. Les dernières sanctions coordonnées américaines et européennes sur les secteurs énergétiques et financiers russes ainsi que les mesures de rétorsion de Moscou sur les importations alimentaires ajoutent aux difficultés rencontrées par la Russie et par ses partenaires commerciaux. La Russie entre vraisemblablement en récession mais les risques de défaut souverain (comme en 1998) sont très limités car les sanctions financières ne visent ni les emprunts souverains russes ni les fondamentaux d'une Russie dont l'endettement est faible et le budget équilibré. Un budget qui est d’ailleurs en bien meilleur état qu'ils ne l'étaient dans les années 90. A l'heure actuelle, sanctions et contre-sanctions ne sont pas assez significatives pour affaiblir notablement la zone euro. Toutefois, si la crise russe persiste, elle pourrait perturber le commerce de l'énergie ainsi les perspectives pour le produit intérieur brut (PIB) de la zone euro et pour celui de la Russie se détérioreraient  gravement. Pour l'instant, et compte tenu des liens économiques forts entre l'Europe et la Russie, nous privilégions un scénario de désescalade.

Qu'en est-il des marchés émergents?

L'inflation a été l'une des grandes préoccupations dans les marchés émergents ces derniers trimestres. Elle a encouragé les banques centrales à resserrer les conditions monétaires au détriment de la croissance. Aujourd'hui, la croissance nominale et les fondamentaux budgétaires se sont améliorés dans certains pays ce qui permet aux banques centrales  de se détourner de la lutte contre l'inflation pour se tourner vers des politiques de stimulation de la croissance. Ceci étant, dans l'univers émergent, il convient de distinguer les pays vulnérables des pays où les risques économiques sont plus limités. En conséquence, mieux vaut privilégier les actifs – obligations, devises, crédit ou actions – des pays asiatiques ou de certains pays d'Amérique du Sud comme la Colombie, le Mexique ou le Chili et, par contre, rester prudent sur les pays comme la Russie, l'Afrique du Sud ou la Turquie.

 

 

CV

Samy Chaar

Diplômé de l'Université Paris IX Dauphine & Paris II Panthéon-Assas, Samy Chaar a travaillé initialement dans la recherche et l'enseignement au sein de l'Institut de Recherche sur la Gouvernance et l'Economie des Institutions au sein de l'Université de Paris II. Docteur en économie, il a rejoint la recherche actions de Lombard Odier en 2006 avant d'intégrer l'équipe en charge de la stratégie de placement pour la clientèle privée. Il siège à ce titre au sein du comité d'investissement de Lombard Odier.

Company Key facts

Lombard Odier

Fondée à Genève en 1796, Lombard Odier & Cie est la plus ancienne maison de banquiers privés à Genève et l’une des plus importantes en Suisse et en Europe. Elle dispose d’un vaste réseau international et offre à sa clientèle privée et institutionnelle une large gamme de conseils en matière de gestion de patrimoine, de produits financiers et de services spécialisés. Au 31 décembre 2013, les fonds de clients gérés par Lombard Odier atteignaient 207 milliards. Les effectifs comptent 2000 collaborateurs.

 

Le dilemne des investisseurs

La production industrielle reprend


Stabilisation du crédit en zone euro.


Conditions de crédit en zone euro


Assouplissement monétaire des marchés émergents