Vincent Juvyns de J.P. Morgan AM sur la zone euro

10.02.2015: interview de Vincent Juvyns, JP Morgan Asset Management, accordé à Nicolette de Joncaire (Agefi) pour Dukascopy TV


Signes positifs en zone euro

L'Agefi, 09.02.2015

J.P. Morgan AM.  Un ensemble de facteurs favorables font pencher la société de gestion vers un certain optimisme vis-à-vis de la zone euro.

En ce début d'année, la zone euro réserve beaucoup de surprises. Les pires sont largement publicisées mais il en est d'excellentes. Comme celle d'une hausse de la production italienne pour le deuxième mois consécutif. Vincent Juvyns est stratégiste sur les marchés mondiaux pour la Romandie, le Benelux et la France chez J.P. Morgan Asset Management. Il est résolument optimiste sur les perspectives de la zone euro.

Beaucoup de bonnes surprises sur la zone euro?

L'habitude s'en était perdue mais l'indice CESIEUR (Citigroup Economic Surprise Index) montre clairement une remontée des nouvelles positives sur la zone euro depuis octobre.  La Commission européenne a rehaussé les perspectives de croissance; un phénomène suffisamment rare pour mériter d'être mentionné. L'OCDE vient d'annoncer une nouvelle chute du taux de chômage de 0.1 point de pourcentage à 11.4%, avec de fortes baisses en Irlande et en Italie. Les marchés n'ont pas encore pris la mesure des progrès effectués mais ils sont déjà sensibles.

Doit-on y voir les premiers résultats des réformes engagées?

Sans nul doute. On a beaucoup entendu dire que les états-membres de la zone en faisaient trop peu et trop tard mais la dynamique sous-jacente est en marche. Les coûts de production ont chuté au Portugal, en Espagne, en Irlande et en Grèce. Le Job Act de Matteo Renzi, voté en décembre, assouplira le marché du travail italien. Les propositions de réforme d'Emmanuel Macron affecteront de multiples secteurs de l'économie française. Comme le reflète l'indicateur de l'OCDE sur la rigueur de la protection de l'emploi, partout en Europe, la rigidité du marché du travail pourrait cesser de paralyser l'offre d'emplois. Ce qui serait la meilleure réponse possible à la détérioration de l'économie européenne et à la déflation car une protection trop forte entrave la mobilité. Les contrats de travail à durée indéterminée ne peuvent éternellement faire pendant à des contrats commerciaux à durée déterminée, les temps de préavis ne peuvent être abusifs comme en Belgique où il s'en trouve qui vont jusqu'à deux ans alors qu'en Angleterre ou en Suisse, ils ne sont que de trois mois. Il n'est pas question d'abaisser les salaires ce qui affaiblirait le pouvoir d'achat mais de flexibiliser les rapports de travail – comme le propose par exemple la réforme Macron sur l'ouverture des commerces le dimanche et le soir.

La baisse de l'euro joue également un rôle stimulant

L'inflexion date de l'été dernier et c'est à la Banque Centrale Européenne (BCE) que revient une part du mérite. La baisse de l'euro rend les secteurs exportateurs de la zone plus compétitifs. Pour ce qui est de la BCE, elle redynamise le crédit et les prêts bancaires et a contribué à une augmentation de la masse monétaire M3 de 3,6% ce que je tiens pour important. Toutefois, si le rôle de la BCE est fondamental, il ne faut pas sous-estimer celui de la nouvelle commission européenne, élue sur un mandat de stimulation économique. Son plan d'investissement de 315 milliards d'euros à fort levier génère une appétence importante car les projets d'infrastructure sont porteurs. La baisse du cours des matières combustibles renforcera aussi le redémarrage. Sont en place un ensemble de facteurs favorables qui me font pencher vers un certain optimisme.

Quelle influence aura la politique de la BCE sur les marchés obligataires?

Comme ce fut le cas aux Etats-Unis avec les différentes étapes du QE, la politique de la BCE aura une influence positive sur le prix de l'obligataire car elle accentuera la raréfaction déjà significative des papiers obligataires. Le mismatch entre offre et demande d'obligations n'est pas nouveau. En début d'année, nous avions estimé la demande à 2.600 milliards d'euros. Avec les annonces récentes de la banque centrale, elle devrait dépasser le seuil des 3.000 milliards. Très inférieure, l'offre de dette souveraine ne dépassera pas 2.000 milliards d'euros en raison des politiques de contrôle budgétaire. Ce qui laisse un différentiel de 1.000 milliards propice à une poussée des prix. Par contagion, le High Yield européen devrait en bénéficier d'autant qu'il est moins sujet à défaut que son homologue américain, fragilisé par la forte proportion des sociétés énergétiques (15 à 17%) qui le composent. L'énergie ne représente que 2% tout au plus du High Yield en Europe et l'ensemble des entreprises européennes bénéficiera d'une croissance renaissante. Un récent sondage que nous avons effectué auprès des investisseurs professionnels à Genève, au Tessin et au Benelux montre que les intentions d'achat de dette High Yield européenne sont en nette progression.

CV

Vincent Juvyns

Vincent Juvyns a rejoint l’équipe de J.P. Morgan Asset Management en 2013. Stratégiste sur les marchés mondiaux pour la Romandie, le Benelux et la France. Anciennement analyste au sein du groupe multi-actifs d’ING Investment Management. Titulaire d’un master en gestion de l’entreprise et en finance de l’lCHEC de Bruxelles.

Company Key facts

J.P. Morgan Asset Management

J.P. Morgan Asset Management fait partie du pôle de gestion d’actifs et de fortune du groupe JPMorgan Chase & Co, l’un des plus grands établissements de services financiers au monde. Ses encours atteignent 1 423 milliards de dollars (au 30 septembre 2014) et la société est présente dans de nombreux pays et emploie 916 experts.

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