David Kelly sur les actifs risqués

07 février 2014: interview de David Kelly, J.P. Morgan Asset Management, accordé à Nicolette de Joncaire (Agefi) pour Dukascopy TV


Fort potentiel de reprise des marchés en Europe

L'Agefi 07.02.2014

JP Morgan AM. C'est aux actions européennes que vont les préférences du stratégiste en chef.

Malgré la publicité faite au tapering depuis plus 9 mois, les économies développées continuent à flotter sur un océan de liquidités. Qu'il s'agisse de celles de la Banque d'Angleterre, de la Banque du Japon, de la Banque Centrale Européenne ou de la Fed. Les taux restent extraordinairement bas (0,50% pour le taux directeur de la BoE, 0,25% pour les Fed Funds, 0,25% pour les taux repos européens, 0,10% pour le call rate japonais). Avec un fort impact sur le comportement des investisseurs et leur goût pour les actifs risqués comme nous l'explique David Kelly, stratégiste en chef de J.P. Morgan Asset Management, de passage à Genève.

C'est aux actions européennes que va sa préférence. Parce que leur valorisation reste inférieure aux niveaux de 2000 ou de 2007 alors que celle des actions américaines leur est nettement supérieure. Quelques chiffres pour illustrer le propos. Le S&P 500 oscille aux environs de 1800 contre des valeurs juste au-dessus de 1500 en 2000 et 2007. Par contre, le MSCI Europe peine à dépasser 1300 quand il voisinait 1650 en 2000 et 2007. Mais la valorisation n'est pas tout. Au terme d'une double récession, l'Europe se reprend même si le mouvement est encore timide. "Avec un potentiel important de reprise" estime David Kelly parce que la BCE a réussi à stabiliser les marchés souverains. En outre, le fort taux de chômage de la zone euro (12% à fin 2013) implique que la production pourrait remonter de manière significative sans inflation salariale si la tendance à l'expansion se confirme.  L'écart entre les niveaux économiques des différents pays reste toutefois problématique et des politiques d'austérité moins sévères donneraient à la zone de meilleures chances de succès. A noter, Italie et Belgique exceptées, tous les gouvernements de la zone devraient afficher une diminution de leur déficit budgétaire sur la période 2013-2016.

Pour en revenir à l'indice, les débouchés des entreprises du MSCI Europe sont bien diversifiés (moitié Europe/moitié reste du monde) avec une exposition très honorable aux marchés américain et asiatique. Quant à leur endettement avec un ratio de dette au capital de 205%, il s'est assaini, sensiblement au dessous de la moyenne des vingt dernières années (264%) et très inférieur aux excès des premières années de la dernière décennie. 

Aux Etats-Unis, pas de surchauffe à anticiper pour le moment. Le niveau d'emploi et les taux d'intérêt restent en dessous des normes – autour de 3% sur le 10 ans en début d'année avec une hausse à 3,5-4% à prévoir en fin d'année -  et il n'y a pas de stimulation à attendre d'un surcroit de dépenses publiques. Néanmoins, à plus long terme, le départ du marché du travail des baby-boomers créera un vide. Le relèvement du niveau d'éducation dans les jeunes générations reste insuffisant pour pourvoir aux postes de plus en plus qualifiés exigés par les entreprises. David Kelly n'est pas inquiet de la stabilisation de la croissance des marges des entreprises américaines, un phénomène tout à fait normal selon ses estimations. Dorénavant, les bénéfices croitront avec les ventes. De 5 à 6% par an jusqu'à la prochaine récession.

Du côté de l'énergie, l'avantage compétitif des Etats-Unis se renforce. Le gaz sera amené à remplacer progressivement le charbon ce qui est positif pour leur économie et pour leur environnement mais modifie sensiblement l'équilibre politique mondial dans la mesure où le gouvernement américain sera certainement moins enclin à s'immiscer dans les affaires du Moyen-Orient. Toutefois, désengagement politique n'est pas synonyme de désengagement politique et ils resteront bon clients des pays émergents.

Sans être particulièrement optimiste sur le Japon, David Kelly juge que la politique du premier ministre et du gouverneur de la Banque centrale atteint un certain degré de succès: l'inflation est en hausse et le yen en baisse. Le risque le plus élevé vient de la hausse de TVA prévue début avril. Si elle ralentit – ou même éteint-  la croissance japonaise, la dette publique deviendrait ingérable.

Malgré la désaffection des investisseurs pour les marchés émergents, David Kelly reste persuadé que les titres émergents bien choisis restent un placement de choix à long terme. Forts d'une population jeune en pleine expansion (Chine mise à part), ils ne peuvent qu'assurer le leadership de la croissance mondiale à long terme.  Les chiffres parlent d'eux-mêmes: en 2012, ils représentaient déjà 36% de la consommation globale alors que les Etats-Unis ne comptaient plus que pour 27%. La part des émergents dans l'investissement mondial est supérieure à 51%, celle des Etats-Unis de 18%. Avec un ratio cours/valeur comptable de 1,53 contre une moyenne sur 20 ans de 1,82, les opportunités ne manquent pas.

CV

David Kelly

Dr. David Kelly est arrivé chez J.P. Morgan Asset Management en 2008. Basé à New York, il est stratégiste en chef sur les marchés internationaux et dirige l’équipe Market Insights Strategy, en charge des analyses économiques et des revues de marché. Il porte le titre de CFA et est titulaire d’un Doctorat et d’un Master en Sciences Economiques de l’Université du Michigan.

Company Key facts

J.P. Morgan Asset Management

 

J.P. Morgan Asset Management fait partie du pôle de gestion d’actifs et de fortune du groupe JPMorgan Chase & Co, l’un des plus grands établissements de services financiers au monde. Ses encours atteignent 1.647 milliards de dollars (au 31 mars 2014) et la société est présente dans plus de 35 pays et emploie plus de 20.000 personnes dont 808 experts.

 

 

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