Yutaka Uda d'E.I. Sturdza Investment Funds sur la situation au Japon

06 mai 2014: interview de Yutaka Uda, accordé à Nicolette de Joncaire (Agefi) pour Dukascopy TV


Effets négatifs à relativiser

L'Agefi 06.05.2014

E.I. Sturdza Investment Funds. La hausse de la TVA au Japon ne promet pas des lendemains sombres. Yutaka Uda plus optimiste que le consensus.

Le premier ministre japonais, Shinzo Abe, a osé une hausse de la TVA pour tenter de réduire la dette colossale du pays (245% du PIB) et financer un système de protection sociale alourdi par une pyramide démographique contraire. Le 1e avril, la taxe sur la consommation est passée de 5 % à 8%. Provoquant, au moins dans les premiers temps, un effet attendu de baisse des ventes. Celle des véhicules neufs a chuté de 11% le mois dernier. Il est vrai qu'elle avait augmenté au cours du mois précédent en anticipation de la taxe. Suite à la hausse des taxes sur la consommation au Japon, le sentiment des investisseurs et des consommateurs s'est détérioré.  Les prévisions du Tankan, indice de confiance publié par la Banque du Japon, sont clairement négatives.

Les prévisions de Yutaka Uda, président d’Evarich Asset Management, invité hier à Genève par Baring Brothers Sturdza, ne sont toutefois pas si noires: "L'économie japonaise ne sera pas aussi affectée par la hausse de la taxe sur la consommation que les gens ne le craignent" estime-t-il. Le grand saut s'est fait en avril 1997 lors du passage de la TVA de 3 à 5%. L'impact négatif sur l'économie avait été chiffré à 10 300 milliards de yens dont 4100 milliards dus à la baisse de consommation. Mais il ne faut pas oublier qu'il était concomitant avec la crise asiatique qui a lourdement pénalisé la région.

L'effet de la réforme de 2014 devrait être beaucoup plus modéré. Son impact négatif sur la consommation est estimé à 5100 milliards car il ne se place pas au cœur d'une crise financière comme celui de 1997 mais d'une croissance modérée. En outre, il sera compensé par d'autres mesures fiscales positives, par une amélioration du régime de sécurité sociale et par un vaste programme d'investissements publics. L'impact négatif de ces éléments combinés devrait être de l'ordre de 1 100 milliards soit le dixième de celui de l'expérience précédente.

Du côté de la construction, les commandes restent robustes et les prix unitaires grimpent rapidement. Les commandes aux 50 groupes de construction les plus importants bénéficient d'une hausse de plus 3% par rapport à la même période l'an dernier. Quant aux prix unitaires, ils sont en hausse de plus de 7%.  Le tremblement de terre de Sendai a déclenché le remplacement des stocks immobiliers vétustes et le décollage immobilier devrait atteindre 1,2 millions d'unités construites par an à moyen terme. D'autre part, au terme de deux décennies de fléchissement, les travaux publics reprennent. A 4,8% du PIB en 2013, ils s'élèvent largement au dessus des moyennes précédentes. En outre le taux de vacance des bureaux à Tokyo est en baisse accélérée. De son maximum de 9% en 2011, il était déjà tombé à 7% en 2013 et devrait se réduire à 5,9% cette année pour atteindre 3% en 2016. Les loyers devraient donc remonter et potentiellement provoquer un nouveau rally.

A cela il faut ajouter les projets d'envergure associés à la préparation des Jeux Olympiques de Tokyo en 2020 dont les premières étapes démarrent cette année qu'il s'agisse d'amélioration du réseau routier ou de la construction d'hôtels et de centres commerciaux destinés à accueillir les visiteurs. Les deux projets les plus importants, le complexe olympique (chiffré à 300 milliards de yens) et l'infrastructure attenante, - dont le village olympique -, (chiffrée à 200 milliards de yens) ne seront entrepris que plus tard. L'effet dérivé de ces jeux est estimé à 12.200 milliards de demande supplémentaire et à 29.300 milliards de production ajoutée. En outre, Yutaka Uda continue à placer beaucoup d'espoirs dans le programme «30 millions de visiteurs internationaux» qui devrait jouer un rôle non négligeable sur l'équilibre économique. L'effet de l'assouplissement de l'obtention des visas est déjà perceptible. Le nombre de touristes en provenance de Thaïlande a augmenté de 74% en 2013, celui des touristes de Hong-Kong de 55% et du Vietnam de 53%.  D'autres hausses importantes ont également été observées pour les touristes en provenance d'autres pays du Sud-Est asiatique.

Par ailleurs, Yutaka Uda estime que la pénurie croissante de main d'œuvre et son corollaire, l'augmentation des salaires, devraient compenser l'effet négatif de la hausse de la taxe sur la consommation. On a observé déjà en 2014 une remontée des salaires jamais vue depuis 1999. Les investissements en capital devraient aussi prendre l'ascenseur, pour, partiellement, compenser la pénurie de main d'œuvre. Enfin, les coupes fiscales anticipées sur les entreprises sont susceptibles de rediriger les capitaux vers un Japon dont les impôts sur les bénéfices pénalisent l'investissement étranger.

Les bénéfices par action sont en nette hausse et les valorisations devraient suivre. La grande rotation des actifs vers les marchés actions au sein des fonds de pension gouvernementaux a déjà commencé. S'ils suivent les recommandations du professeur Takatoshi Ito, l'allocation en actions devrait monter de 12 à 20%.

Reste encore à savoir quelles seront les conséquences de la seconde augmentation de TVA à 10% prévue pour octobre 2015.

 

 

 

CV

Yutaka Uda

Président et CIO d' Evarich Asset Management, une société d'investissement fondée en 2002 et agréée par le ministère des finances du Japon, Yutaka Uda a plus de 35 ans d'expérience dans la gestion des actifs japonais. Il est conseiller du fonds E.I. Sturdza Nippon Growth, du Nippon Growth (UCITS) Fund et du Strategic Evarich Japan Fund. Il était administrateur-délégué et CIO de Nikko Asset Management de 2000 à 2002, gérant des actions japonaises de Baring Asset Management de 1985 à 2000 et fut nommé responsable des marchés d'Extrême-Orient en 1988. De 1971 à 1985, dès sa sortie de l'Université de Tokyo, il fut analyste chez Nikko Securities. Yutaka Uda a fait partie de la liste des 20 meilleurs gérants de Citywire en 2006.

Company Key facts

E.I. Sturdza Strategic Management Limited

Créé en 1999, E.I. Sturdza Strategic Management Limited fait partie du groupe Sturdza Private Banking. La société de gestion choisit les gérants les plus talentueux et leur permet de se dédier à des opportunités d'investissement pour lesquels ils offrent un très niveau d'expertise et d'expérience. E.I. Sturdza a emporté le Lipper Fund award 2014 comme meilleur groupe de petite taille pour les fonds actions sur trois ans en Europe, Allemagne et Autriche.

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