LA CROISSANCE DES ETATS-UNIS EST ACTUELLEMENT BASÉE SUR LA CONFIANCE DES CONSOMMATEURS. IL FAUT QUE LES MÉNAGES CONTINUENT DE CROIRE À LA REPRISE.

Eric Vanraes de EI Sturdza Investment Funds sur la politique monétaire américaine

22 octobre 2014: interview d'Eric Vanraes, EI Sturdza Investment Funds, accordé à Nicolette de Joncaire (Agefi) pour Dukascopy TV


L’arrêt de l’assouplissement sérieusement mis en doute

L'Agefi 22.10.2014

Etats-Unis. Il sera peut-être indispensable de proroger les politiques monétaires non conventionnelles.

Il y a un an Eric Vanraes, responsable des fonds obligataires chez E.I. Sturdza Investment Funds, se montrait sceptique sur le consensus vis-à-vis de la politique monétaire américaine (L’Agefi du 6 septembre 2013). Les faits lui ont donné raison. Une fois encore, sa réflexion le pousse à des conclusions différentes de celles que l’on lit ou entend ailleurs. Son analyse du discours des banquiers centraux américains et des «chiffres derrière les chiffres» lui dicte la plus grande prudence envers le consensus.

Quels sont les éléments qui ont éveillé votre curiosité ?

Le premier est une contradiction entre la perception des marchés actions et celle des marchés obligataires, jusqu’à la récente correction, selon le principe du verre à moitié plein (côté actions) et à moitié vide (côté obligations). Bien évidemment tendances macroéconomiques et mouvements des marchés ne sont pas corrélés mais l’impression de hiatus est confirmée par le discours des banquiers centraux qui font le pont entre les deux. Or, ce discours est plus intrigant, voire plus alarmiste, que l’image lénifiante d’Etats-Unis en pleine croissance que véhiculent les médias et les politiques ne peut le laisser croire. J’avais déjà relevé, il y a peu, les commentaires de John Williams de la Réserve féd&eac! ute;rale de San Francisco, évoquant à mots à peine couverts la possibilité d’un QE4. Plus surprenant encore sont les déclarations de James Bullard de la Fed de Saint-Louis. Voilà un faucon convaincu, qui demandait, il y a un mois, un relèvement des taux dès le premier trimestre 2015 et qui estime aujourd’hui que la Fed devrait envisager de retarder la fin des achats d’actifs prévue à la prochaine réunion du FOMC.

John Bullard évoquait une peur de la contamination de la déflation européenne. Est-ce un alibi ?

A mon sens oui. La croissance américaine est loin d’être aussi vigoureuse qu’hommes politiques, banques centrales, secteur financier et médias ne le prétendent. Prenez l’exemple du taux de chômage. Il a officiellement chuté de 12% à 6% depuis 2009. Une victoire apparente qui ne résiste pas à l’examen d’un indicateur infiniment plus fiable et parlant: le taux de participation au marché du travail. Qui lui a dégringolé de 66 à 62,5% sur la même période. Ce qui signifie que 14 millions de personnes sont sorties du marché du travail sans être comptabilisées dans les statistiques de chômage. Comme nous en avions parlé l’année dernière, si le taux de chômage américain était calculé aux normes européennes, il dépasserait probablement 10 &agr! ave; 11 % - contrairement au chiffre officiel de 6%. Ce qui explique l’extrême prudence de Janet Yellen et de ses déclarations sur les inégalités.

D’autres chiffres tendent pourtant à soutenir l’idée d’une croissance américaine forte. Les ventes d’automobiles par exemple.

Ils sont effectivement forts. Tombés de 16 millions de véhicules en 2007 à 9 millions en 2009, ils sont remontés à leur niveau pré-crise. Ce dont on parle moins, ce sont des conditions de ces ventes : leasing sur sept ans, à taux pratiquement nul, et sans aucun apport en cash de la part de l’acheteur. On ne s’inquiète même plus de savoir si ce dernier a un emploi. Des conditions qui ne sont pas sans rappeler celles qui ont précédé la crise des subprimes.

A propos de subprimes, le marché de l’immobilier parait se porter nettement mieux

Là encore, mieux vaut faire attention aux effets d’optique. Nos correspondants aux Etats-Unis nous disent que les courtiers en immobilier multiplient les achats ce qui fait grimper le volume des transactions. Mais les ventes aux particuliers de l’immobilier résidentiel resteraient faibles. Je n’ai pas encore les chiffres qui substantifient cette affirmation mais devrais les obtenir rapidement.

Pourquoi des indicateurs si trompeurs et pourquoi le discours officiel est-il si réducteur ?

Parce que la croissance des Etats-Unis est actuellement basée sur la confiance des consommateurs qui est, pour l’instant excellente. Deux tiers de la hausse du PIB est redevable à la consommation domestique. Si les consommateurs américains perdent confiance et cessent d’acheter dans un réflexe d’autoprotection, l’édifice de reprise patiemment construit par la Fed s’écroulerait en quelques jours. Il est essentiel que les ménages américains continuent de croire à la reprise tout autant qu’il risque d’être indispensable de continuer à la stimuler à coup de politiques monétaires accommodantes.


CV

Eric Vanraes

Eric Vanraes est responsable de la gestion de taux chez EI Sturdza Investment Funds. Il est entré à la Banque Baring Brothers Sturdza SA en 2008. Il est gérant principal des fonds Strategic Euro Bond Fund et Strategic Global Bond Fund, ainsi que gérant principal des mandats de gestion obligataires institutionnels. De 2000 et 2008, Eric a travaillé à l’Union Bancaire Privée en tant que membre de la Direction, responsable de la gestion obligataire crédit «investment grade» et des stratégies «absolute return» obligataires. Il était également administrateur et responsable de l’analyse crédit du fonds UBAM Convertibles Europe. Il a été récompensé en 2003 par S&P et en 2007 par Lipper pour la gestion des fonds UBAM Corportate Euro et UBAM Corporate USD en tant que meilleurs fonds obligataires «Investment Grade», respectivement sur 3 ans et sur 1 an. Auparavant il a travaillé pour la Société Nancéenne Varin Bernier du groupe CIC et  pour la banque de Neuflize Schlumberger Mallet à Paris où il était responsable de la gestion de plusieurs SICAV monétaires et obligataires, ainsi que gérant de mandats auprès de grandes entreprises françaises. Eric Vanraes est diplômé de l’Ecole Supérieure de Commerce de Grenoble et de Sciences Po Grenoble (Institut d’Etudes Politiques). Il détient également un DESS de finance.

Company Key facts

EI Sturdza Investment Funds

EI Sturdza gère actuellement 2,3 milliards de dollars d’actifs sous gestion pour le compte de ses investisseurs (au 31 juillet 2014). La société a obtenu le Lipper Fund Awards cette année pour sa gamme de fonds en actions. Elle est spécialiste de l’investissement en actions chinoises, japonaises, européennes et américaines

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