13 février 2013: interview de Marie Owens Thomsen accordé à Nicolette de Joncaire (Agefi) pour Dukascopy TV


A la veille d'élections décisives

Crédit Agricole. L'Italie se distingue fondamentalement des autres économies européennes nécessitant un soutien financier. Malgré le poids budgétaire.

L'Agefi - 14.02.2013

A quelques jours des élections italiennes, Crédit Agricole Suisse Private Banking publie une étude de fond sur l'Italie. Les conclusions de Marie Owens Thomsen, économiste senior et stratégiste, sont, somme toute, plus clémentes que celles du consensus. Elle estime que les perspectives de l'Italie sont plutôt optimistes et que le pays pourrait sortir de la phase de récession au second semestre de cette année et renouer avec une croissance de l'ordre de 0,3% en 2014.

Le pays est en pleine transformation politique et institutionnelle. Le gouvernement de Mario Monti y a accompli des progrès impressionnants, mais ces efforts ne représentent peut-être qu'un dixième de ce qui est nécessaire pour éliminer l'écart de compétitivité qui handicape le pays. Il reste envisageable que la crise soit à même de purger le pays de certaines pratiques néfastes et qu'une Italie renouvelée et renforcée en émerge. Le risque demeure toutefois que la population se lasse de la politique d'austérité et de réformes et qu'une halte du processus en cours condamne l'Italie à un taux de croissance plus faible alors que la poursuite de ces réformes pourrait refaire de l'Italie le Tigre européen d'ici cinq à dix ans.

Malgré le recul de Mario Monti dans les sondages récents, Marie Owens Thomsen ne s'attend pas à une catastrophe électorale lors des élections parlementaires les 24 et 25 février mais plutôt à une coalition pro-européenne et pro-réforme. Il est vraisemblable qu'un gouvernement dirigé par un centre-gauche en tête des sondages poursuive les réformes engagées par le gouvernement Monti. Après tout, Pier Luigi Bersani, leader du Parti démocratique, était ministre du Développement économique, en charge de la dérégulation sous le gouvernement Prodi de 2006 à 2008.

Certes, le fardeau de la dette pèse lourdement sur le pays mais l'analyse de fond tend à démontrer que l'Italie se distingue fondamentalement des autres économies européennes nécessitant un soutien financier. Malgré une contraction de l'économie de 3,4% en 2008-2009, son déficit budgétaire ne représentait que 5,4% du PIB en 2009. Les projections le situent actuellement autour de 3% pour 2012, un résultat méritoire si on le compare avec celui de  la France monté à 7,5% en 2009 et attendu autour de 4,6% en 2012. Hors service de la dette, l'Italie dégage un excédent primaire comparable à celui de l'Allemagne. La proportion de la dette italienne en mains étrangères ne se monte qu'à 35%, soit la moitié de celle de l'Allemagne et loin derrière celle d'autres pays comme la Finlande dont 90% des emprunts est détenu par des non-résidents. Toutefois, le volume de la dette reste impressionnant (1.900 milliards d'euros à fin 2011) et le pays doit en refinancer presque un tiers cette année, comme il a du le faire l'année dernière.

Les principales faiblesses de l'Italie peuvent se résumer à trois facteurs: un écart de compétitivité croissant, un degré élevé de dépendance à l'égard des importations énergétiques et une structure sociale qui exclut trop de jeunes et de femmes du marché du travail.

Les investissements industriels sont à la traine depuis 2007 (mise à part une brève reprise en 2010). La Banque d'Italie note une réduction des capacités de production. La croissance du salaire horaire a décru de 4,5% en 2008 à 1,6% en 2012. Ce fléchissement, nécessaire à la reprise de la compétitivité du pays, pèse sur la consommation. De même que le taux de chômage de 11,2% à décembre 2012, 6% au-dessus du niveau pré-crise. Le marché du travail extrêmement segmenté nuit à l'emploi des plus jeunes et des femmes. Seules 55% des mères de famille italiennes occupent un emploi, le second taux le plus bas de l'Union Européenne. Celui des femmes sans enfants se trouve également en queue de peloton, 10% au-dessous de la moyenne européenne. En cause, l'absence de structures de soutien tant pour les enfants que pour les personnes âgées.

Si la croissance ne vient ni du dynamisme industriel, ni de la consommation domestique, elle ne peut venir que de l'extérieur, c'est-à-dire du secteur exportateur. C'est dans ce domaine que l'Italie  souffre de son plus gros handicap mais c'est également là qu'elle a les meilleures chances de ré-émerger. Les coûts unitaires de la main d'œuvre montrent déjà une amélioration substantielle mais une analyse détaillée fait apparaitre que cette amélioration vient du secteur des services et non de l'industrie. 

Afin de rattraper son retard en matière d'exportation et de construire une part du marché des services correspondant à la taille de son économie, Italie  doit libéraliser son secteur des services. Que ce secteur soit dans une impasse est évident, non seulement sur le plan de sa performance dans le commerce extérieur, mais aussi dans l'économie dans son ensemble. Le PIB des pays de l'OCDE est très largement dérivé du secteur des services (environ 75 %), éclipsant le secteur manufacturier qui ne représente plus que 25 % du total. En Italie, cette part est inférieure à la moyenne de l'OCDE, à environ 73 %.

Autre dossier à attaquer, celui des importations énergétiques. L'Italie est le premier importateur du monde d'électricité (47,3 milliards de kWh importés, et  seulement 1,7 milliards de kWh exportés en 2011). Le gouvernement avait l'intention de produire 25% de l'électricité du pays grâce à un programme nucléaire mais cette perspective a été rejetée par le referendum de juin 2011 suite à l'accident de Fukushima. Cette situation a poussé l'Italie à s'engager dans la production d'énergie renouvelable où elle se place en troisième position pour l'énergie solaire et éolienne. L'an dernier, le gouvernement Monti a lancé une stratégie de l'énergie nationale visant à réduire la dépendance du pays de 84% à 67%.

Le gouvernement semble bien avoir ciblé les points faibles à corriger. Une reprise du cycle économique couplée à une augmentation de la confiance dans la zone euro devrait continuer à porter les marchés financiers italiens.

CV

Marie Owens Thomsen

Marie Owens Thomsen est économiste senior et stratégiste chez Crédit Agricole Suisse Private Banking.  Elle a été chef-économiste pour la France chez Merrill Lynch à Paris et économiste/stratégiste chez HSBC à Londres. Elle a également travaillé chez IKEA et dirigé sa propre société. Marie est titulaire d’un MBA de l’université de Gothenburg en Suède et d’un doctorat de l’Institut des Hautes Etudes Internationales de Genève

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Crédit Agricole (Suisse)

Crédit Agricole (Suisse) est active dans le domaine du private banking, du financement du négoce des matières premières, du marché des capitaux et des services informatiques et de back-office bancaires. La société dont le siège est à Genève, est l’une des 5 banques étrangères les plus importantes de Suisse en termes de gestion de fortune, d’actifs et de capital. Avec 1430 employés, Crédit Agricole (Suisse) possède 4 agences en Suisse (Bâle, Lausanne, Lugano et Zurich) ainsi que de nombreux bureaux à l’étranger dont Abu Dhabi, Beyrouth, Dubaï, Hong Kong, Montevideo, Singapour et Tel Aviv

 

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