Eric Vanraes de Baring Brothers Sturdza sur les obligations globales

4 septembre 2013: interview d'Eric Vanraes, Banque Baring Brothers Sturdza, accordé à Nicolette de Joncaire (Agefi) pour Dukascopy TV


Records sur les obligations émergentes

L'Agefi 04.09.2013

Baring Brothers Sturdza. La correction du marché depuis juin pousse les rendements en dollar de certains corporates émergents.

Le marché obligataire aura toujours de beaux jours devant lui car même si les allocations en obligations ont diminué, elles représentent – et représenteront – toujours une poche non négligeable des investissements institutionnels.

 "D'autant que ce marché offre une grande diversification" nous explique Eric Vanraes, responsable de la gestion de taux à la Banque Baring Brothers Sturdza et gérant des fonds obligataires E.I. Sturdza Strategic Management Ltd. "Et qu'il y a mille manières de le traiter car il existe plusieurs marchés de taux" ajoute-t-il. La correction brutale du marché depuis juin ainsi que la faiblesse des monnaies émergentes ont poussé les rendements en US Dollar de certains corporates indonésiens, indiens ou turcs au-delà de 6% voire 7% alors que ces sociétés sont très bien notées. Encore mieux qu'il n'y parait car, à note égale, la dette d'entreprise  émergente  est de meilleure qualité que son équivalent occidental (L'Agefi du 22 août). Ce décalage est imputable au "plafond souverain" (sovereign ceiling) explique Eric Vanraes. Une société obtient difficilement une notation supérieure à celle de son pays. Les groupes comme Petrobras, Pemex (Petróleos Mexicanos) ou Gazprom ne peuvent se voir dotés d'un rating plus élevé que celui du Brésil, du Mexique ou de la Russie.

Eric Vanraes est sceptique sur la fin de l'assouplissement monétaire américain. Si le taux de chômage américain était calculé aux normes européennes, il dépasserait probablement 13% - contrairement au chiffre officiel de 7,4%. La Fed n'a donc pas fini de remplir la part de son mandat relative au chômage et elle se montrera très prudente car une hausse des taux réels au-delà de 1,5% engendrerait un risque de récession. Alors que ces taux réels – delta entre le US Treasury 10 ans et le Consumer Price Index (CPI) – étaient négatifs jusqu'en mars, ils sont aujourd'hui positifs (0,8% environ). Un indicateur alarmant pour la reprise économique américaine que Ben Bernanke ne saurait ignorer.

Le fonds Strategic Global Bond Fund d'E.I. Sturdza, créé en juin 2012, investit uniquement en US Dollar, pour moitié en titres émis par des sociétés de l'OCDE et pour moitié dans des titres émis par des sociétés émergentes. Eric Vanraes a choisi la distinction OCDE/non-OCDE pour trancher l'interminable débat entre développés et émergents. Ce qui signifie que Chili ou Mexique appartenant à l'OCDE ne sont pas classés comme émergents et que la pondération émergente du fonds, au sens classique, se retrouve plus proche de 70%. Le poids des notations Investment Grade s’élève à 98% des émissions du portefeuille avec une forte représentation BBB (plus de 60%) attribuable à la présence de nombreuses obligations émergentes.

Les cinq pays les plus représentés sont la Russie, la France, le Brésil, la Corée et le Mexique. "Ce n'est pas un choix régional mais le résultat d'une sélection des titres" commente Eric Vanraes. Les emprunts des grandes sociétés d'Etat russes lui paraissent bien protégés. "Je ne ferais pas les mêmes choix s'il s'agissait d'actions" ajoute-t-il. Il résulte de ces choix une surpondération des secteurs de l'énergie et de la finance mais il s'agit d'obligations quasi-souveraines dont les garanties sont fortes. Elles offrent des rendements excellents et des coupons élevés qui sont une protection contre le risque éventuel de hausse de taux. Un emprunt BNDES (Banque Nationale de Développement Economique, Agence gouvernementale brésilienne) avec un coupon de 5.5% et une maturité 2020 offre un yield de 5.22% et un spread de 301 points par rapport aux US Treasuries. En France, un titre comme EDF 5.25% (titre perpétuel subordonné avec call janvier 2023) offre un yield de 6.16% et un spread de 346 points par rapport aux UST. Eric Vanraes apprécie également les emprunts des sociétés dont les revenus sont liés à l'inflation, "alternative astucieuse aux inflation-linked government bonds".

Ces choix comportent toutefois des risques de duration qu’Eric Vanraes corrige en vendant des futurs à 10 ans sur le marché américain. Il réussit de cette manière à faire baisser la duration de son portefeuille de 5,82 à 3,55.

A signaler, ce fonds en USD offre également une classe en renminbi. "Lors de l'engouement pour les Dim Sum en 2011, nous avons étudié l'offre et estimé que la qualité des sociétés émettrices en CNH  était insuffisante. Par ailleurs, le marché manquait de profondeur ce qui ne permet pas la liquidité suffisante à un fonds UCITS. Nous en avons conclu que c'était une fausse bonne idée". En revanche, il paraissait intéressant d'exploiter la hausse progressive de la devise chinoise par rapport au dollar. Via un mécanisme de NDF (Non Deliverable Forward), le fonds offre donc une exposition au renminbi dont Eric Vanraes, sur la base des données historiques, estime que la hausse ne peut que perdurer car, après avoir voulu une devise faible pour exporter plus facilement, le gouvernement chinois devrait dorénavant encourager une devise forte qui stimule son marché domestique.


CV

Eric Vanraes

Eric Vanraes est responsable de la gestion de taux à la Banque Baring Brothers Sturdza SA depuis 2008. Il est gérant principal des fonds Strategic Euro Bond Fund et Strategic Global Bond Fund, ainsi que gérant principal des mandats de gestion obligataires institutionnels. De 2000 et 2008, Eric a travaillé à l’Union Bancaire Privée en tant que membre de la Direction, responsable de la gestion obligataire crédit «investment grade» et des stratégies «absolute return» obligataires. Il était également administrateur et responsable de l’analyse crédit du fonds UBAM Convertibles Europe. Il a été récompensé en 2003 par S&P et en 2007 par Lipper pour la gestion des fonds UBAM Corportate Euro et UBAM Corporate USD en tant que meilleurs fonds obligataires «Investment Grade», respectivement sur 3 ans et sur 1 an. Auparavant il a travaillé pour la Société Nancéenne Varin Bernier du groupe CIC et  pour la banque de Neuflize Schlumberger Mallet à Paris où il était responsable de la gestion de plusieurs SICAV monétaires et obligataires, ainsi que gérant de mandats auprès de grandes entreprises françaises. Eric Vanraes est diplômé de l’Ecole Supérieure de Commerce de Grenoble et de Sciences Po Grenoble (Institut d’Etudes Politiques). Il détient également un DESS de finance.

Company Key facts

Banque Baring Brothers Sturdza

Créée à Londres en 1762 par Francis Baring, la banque est devenue au cours du temps la plus ancienne banque d’affaires et l’une des plus réputées. En 1985, sous l’impulsion d’Eric Sturdza la banque s’implante en Suisse et oriente ses activités vers la banque privée. Un grand pas est accompli, lorsque le groupe hollandais ING, l’une des principales institutions financières européennes et Eric Sturdza signent un partenariat, réparti respectivement en 70% et 30% des parts. En Octobre 2005, Eric Sturdza rachète les parts d’ING, lui permettant de donner ainsi une nouvelle dynamique et de mettre en place une philosophie bancaire originale et unique.

10y US Treasury yield & CPI

Portfolio Allocation

Duration Overlay

USD-CNY

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