Laurent Perusset de Barclays sur le high yield

30.01.2013: interview de Laurent Perusset - Barclays Wealth and Investment Management, accordé à Nicolette de Joncaire (Agefi) pour Dukascopy TV


Le high yield fait place aux actions

L'Agefi (30.01.2013)

Echaudés par la crise de 2008, les investisseurs ont privilégié les marchés obligataires et graduellement augmenté la prise de risque. Quelles perspectives pour les obligations à haut rendement en 2013 ?

Laurent Perusset – Barclays Bank (Suisse) SA

 

La genèse :

Durant la crise de 2008, l’ensemble des marchés a fortement reculé. Les différentes classes d’actifs se sont comportées de manière coordonnée, avec un niveau de corrélation qui a brusquement augmenté. Refroidis par cette correction soudaine et rapide, les investisseurs se sont spontanément réfugiés dans la classe d’actifs jugée la plus défensive : les obligations gouvernementales des pays développés. Seule classe d’actifs avec le cash à tirer son épingle du jeu, elle a alors produit une performance de plus de 18%, coupon compris, pour le segment 7-10 ans du gouvernement américain.

Avec la crise, l’univers des taux a atteint des niveaux historiquement bas dans la plupart des pays développés. L’investisseur lambda a donc cherché à accroître le rendement de ses investissements par le biais d’alternatives offrant un risque acceptable.

En parallèle, la crise de 2008 a conduit les entreprises privées au grand nettoyage. Soutenues par l’univers bas des taux, elles se sont restructurées de manière rapide et dynamique, ce qui a eu, entre autres, l’effet positif de diminuer le levier de leur bilan.

Ainsi, les flux financiers se sont logiquement et progressivement dirigés vers les dettes d’entreprise ; l’investisseur considérant la dette privée comme une alternative valable à la dette gouvernementale, alors que les rendements des souverains n’offraient plus de perspectives - les gouvernements eux-mêmes étant empêtrés dans des situations macro-économiques délicates.

Les obligations d’émetteurs privés ont donc représenté la voie pour assouvir le besoin de rendement des investisseurs. Cette prise de risque payante a, à son tour, contribué à ramener les écarts de rendement (spreads) des dettes d’entreprise de qualité (Investment Grade), à l'exception des dettes du secteur financier, sur des niveaux d’avant crise.

Les rendements offerts par de tels véhicules baissant graduellement, la tentation a été plus forte et rapidement des investissements de type obligataires de plus faible qualité ont été privilégiés. Pour illustrer ce phénomène, la migration s’est effectuée à travers une baisse des ratings considérés, passant du segment AAA-BBB (Investment Grade) au secteur inférieur (High Yield). Ce mouvement s'est certainement effectué au détriment des marchés actions, comme le démontrent les flux observés entre classes d'actifs depuis plusieurs mois : les poches "High Yield" et "Emerging Market Debt" sont clairement identifiées comme les réceptacles prioritaires de ces mouvements.

Par ailleurs, malgré une excellente tenue des marchés actions en 2012, avec des performances en USD oscillant entre 16% et 18% respectivement pour les marchés développés et les marchés émergents, l’on constate que la communauté des investisseurs n’est pas revenue (encore) agressivement sur cette classe d’actifs.

 

Quid des marchés obligataires à haut rendement aujourd’hui ?

Si l’on observe le comportement des marchés obligataires à haut rendement (High Yield) en 2012, la performance moyenne de cette classe d’actifs est supérieure aux marchés actions ; l’Europe affichant une performance de 28,8% et le marché américain 15,8% sur la période. 

Comme le démontrent les performances, ces instruments ont représenté d’excellents investissements en 2012. Cela s’explique par des taux généralement encore en baisse et des écarts de rendement entre les gouvernements et les dettes à haut rendement en forte réduction.

Avec un écart de rendement à 520bp (Bofa Merrill Lynch High Yield Master II), le segment haut rendement américain semblent offrir encore de belles perspectives. Sachant qu’avant crise ce spread s’affichait à 280bp, certains semblent penser qu’une contraction est encore possible.

Le secteur présente certes encore un certain potentiel, mais le niveau semble de moins en moins attractif en regard des rendements offerts dans l’absolu, soit environ 6,20% - ceci représentant l’un des rendements effectifs les plus bas jamais enregistrés pour cette classe d’actifs. Il faut remonter à une quinzaine d’années pour identifier une période offrant une situation similaire. Il n’est certainement pas inutile de rappeler que la moyenne des rendements annualisés pour ces actifs se situe plutôt aux alentours des 9-10% historiquement.

L’idée n’est pas de suggérer que la fête est finie. Les taux d’intérêt resteront encore probablement bas pour une période plus ou moins longue. Cependant, l’investisseur souhaitant persister dans sa quête de rendement ne peut pas se permettre de faire abstraction de ces données. En outre, une liquidité faible représente toujours un risque majeur pour la classe d’actifs. Lorsque dans un mouvement collectif, les investisseurs se séparent de leurs expositions en même temps, les dégâts sont quasi immédiats. La volatilité de cette classe d’actifs s’approchant de celle du marché actions lors de phase corrective, l’investisseur peut subir des pertes rapides et importantes. 

Dans un scénario de ralentissement économique, les spreads ne seront pas immunes et l’augmentation du risque de défaut devra être factorisée par le marché. Sachant que le taux de défaut se situe au plus bas historique entre 1% et 3% suivant la région et le secteur, et que le taux de recouvrement moyen de cette classe d’actifs est d’environ 35%,  avec des rendements au plus bas, la réserve de compression des écarts de rendement semble probablement épuisée. Dans ce cas de figure, l’agilité du gérant ou de l’investisseur fera la différence.

Dans le cas d’une croissance retrouvée et confirmée, les perspectives qu’offrent les obligations à haut rendement semblent également limitées. Dans le meilleur des cas, un retour sur investissement entre 5% et 7% est probable. Cependant, ajusté à la volatilité et à l’évaluation relative des différentes classes d’actifs, le choix devrait sans nul doute se porter sur les marchés actions. 

CV

Laurent Perusset

Laurent Perusset est responsable de la gestion d'actifs pour Barclays en Suisse où il supervise 2,5 milliards de francs sous mandat. Il préside, en outre, le conseil d'administration du fond de pension de Barclays en Suisse. Il a dirigé l'équipe de recherche et de conseil de l'Union Bancaire Privée ainsi que celle de gestion discrétionnaire des produits de taux pendant dix ans et a également tenu des postes de responsabilité chez Ferrier Lullin, BCG et Darier Hentsch. Il est agréé comme négociant à la bourse suisse.

Company Key facts

Barclays Wealth and Investment Management

Leader du marché global de l'investissement avec 177,6 milliards de livres sous gestion au 30 septembre 2012, Barclays Wealth and Investment Management offre des services de gestion de fortune, d'investissement ainsi qu'une palette complète de services bancaires internationaux. Barclay Bank (Suisse), ouverte à Genève en 1986, emploie environ 400 collaborateurs. Elle associe les traditions de la banque privée suisse au réseau de Barclays en Asie, en Europe, au Moyen-Orient, en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis.

Barclays US high yield Indey - OAS

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