27 juin 2012: interview de Louis Fréderic de Pfyffer, Banque Heritage, accordé à Nicolette de Joncaire (Agefi) pour Dukascopy TV


La gestion alternative se consolide

Banque Heritage. Les hedge funds sont aujourd’hui loin de la légende des années 1980. Tant sur le plan de la performance que sur celui des risques.

Au premier trimestre, les fonds alternatifs ont réalisé leur meilleure performance des cinq dernières années. L’indice HFRI Fund Weighted Composite a gagné presque 5% grâce au rebond des marchés actions et crédit. Les capitaux investis dans le secteur s’élèvent à 2130 milliards de dollars grâce à des flux entrants de 16 milliards, dépassant ainsi leur record précédent de 2040 milliards,  mi-2011. Le deuxième trimestre est, par contre, nettement moins réjouissant. Louis Frédéric de Pfyffer, Associé et Directeur de la gestion alternative à la Banque Heritage, nous explique pourquoi le secteur des hedge funds est bien différent aujourd’hui de la légende des années 1980.

Les hedge funds ne ressemblent plus à l’image que s’en fait le public

Avant 1990, la clientèle de la gestion alternative était composée essentiellement de HNWI et de family offices. Leur priorité allait au rendement. Rendement élevé, risque élevé. Dans les années 1990, nous sommes entrés dans une phase que je qualifierais d’industrialisation. La clientèle a changé et ce fut au tour des grossistes – banques et asset managers – de s’intéresser aux fonds alternatifs en structurant des fonds de fonds pour diversifier l’offre. Au cours de cette période, la priorité est restée au rendement mais avec une attention accrue à la volatilité. A partir de 2000, les investisseurs institutionnels ont commencé à s’intéresser à la classe d’actifs avec un enthousiasme croissant. Jusqu’en 2008 où les scandales qui ont entaché le secteur ont fait fuir HNWI et grossistes.

Aujourd’hui, les clients sont essentiellement des fonds de pension, des assurances ou des endowment funds, en bref des investisseurs institutionnels qui raisonnent à long terme. La priorité n’est plus à la performance. Ce qu’ils exigent, c’est une prise de risque cadrée et une performance prévisible à faible volatilité. Leur mot d’ordre ? Ne pas perdre d’argent, générer entre 3 et 4% au-dessus du taux risk-free et surtout ne pas présenter un danger de réputation. Pour cela, il faut de plateformes d’une certaine taille, solides et bien établies. A ce jour, l’essentiel des actifs est concentré sur une cinquantaine de gestionnaires.

En définitive, l’appellation hedge funds est restée la même mais le contenu a totalement changé. Tant sur le plan de la performance que sur celui des risques.

Le phénomène de concentration des fonds de fonds semble encore s’accélérer au premier semestre. Pourquoi une telle consolidation ?

Environ 90% des actifs sont dans les mains d’une vingtaine de plateformes et il ne se passe de mois sans qu’on entende parler d’un nouveau rapprochement. La reprise de FRM par le Man Group démontre combien le secteur est en pleine consolidation. Même les entités de grande taille fusionnent. Ce sont, à la fois, les exigences de la clientèle institutionnelle, l’augmentation des coûts d’analyse et de conseil et la baisse des performances qui ont fragilisé les petites entités. Les single manager funds sont moins menacés, surtout si leur performance sur le long terme est bonne mais la taille reste un facteur fondamental.

Pourquoi ce désamour des fonds de fonds ?

Il s’explique par le profil de la nouvelle clientèle de la classe. Les investisseurs institutionnels ont les moyens d’engager leurs propres équipes de conseillers ou d’utiliser des consultants externes pour sélectionner les placements et structurer les portefeuilles. Ils se passent de plus en plus des gérants de fonds de fonds. Par ailleurs, les institutions ne veulent pas investir dans des véhicules collectifs. Ils exigent des structures sur mesure, isolées du trafic d’autres investisseurs.

Que deviennent les petits gérants ?

Ils ont beaucoup de mal à survivre car ils sont perçus comme trop risqués. Certaines institutions – comme HSBC – entretiennent une petite écurie de jeunes managers innovants pour entretenir la créativité. D’autres acteurs – dont nous faisons partie – leur fournissent le capital de départ car sans eux il n’y aurait plus de renouvellement du secteur.

La performance des hedge funds a beaucoup baissé

Oui, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, parce que la consolidation dont nous avons parlée, a contribué de manière significative à sa diminution. Plus un fonds est gros, moins il est apte à produire de l’alpha. Mais aussi parce que les taux d’intérêt sont bas et que le carry n’est plus à même de compenser les pertes lorsqu’elles se produisent. L’appétit au risque est donc largement diminué. Toutefois, le rendement du secteur reste très compétitif avec celui des autres classes, avec un rapport risque/rendement bien meilleur que celui des actions. Enfin et c’est le plus important, la gestion alternative souffre en période de risk-off or depuis un an et demi nous sommes oscillons constamment entre risk-on et risk-off.

Est-ce le phénomène auquel nous assistons?

Exactement. Au premier trimestre, en phase de risk-on, les marchés sont revenus aux fondamentaux et les hedge funds ont donné de bons résultats. Au deuxième trimestre, avec le réveil de la crise de l’euro, nous sommes entrés à nouveau dans une phase d’incertitude, de peur et donc de risk-off. Tout le monde vend, les marchés se comportent de manière émotionnelle et la performance des hedge funds souffre. Exactement comme dans la seconde moitié de l’année dernière.

 Observez-vous une préférence croissante pour les fonds UCITS ?

La réponse européenne à l’onshorisation est le modèle UCITS dont  le cadre est devenu la nouvelle norme. En Europe, en Suisse et même au Moyen-Orient, les fonds Newcits attirent de plus en plus d’investisseurs. Aux Etats-Unis, les exigences de transparence se sont accrues mais le modèle est resté identique.

CV

Louis Fréderic de Pfyffer a rejoint la Banque Heritage en 1992 avec pour responsabilité le développement de la gestion alternative pour la clientèle institutionnelle et privée. Il était auparavant directeur général de Gutzwiller SA, la filiale genevoise de la banque privée bâloise. Il a également travaillé chez Nestlé aux Etats-Unis et Prudential Bache à New York et est titulaire d’un MBA de HEC Lausanne.

Company Key facts

Ouverte il y a plus de 25 ans sous la forme d’un family office à Lausanne, la Banque Heritage est aujourd’hui une entité de gestion de fortune innovante, basée à Genève avec plusieurs filiales internationales. Tournée vers deux métiers, la banque privée et l’asset management, elle emploie plus de 270 personnes, gère près de 6 milliards de francs d’actifs et se caractérise par un solide ratio Tier 1 de 14,8%.

Hedge fund peformance in Q1-2012

Hedge fund peformance in2012

Hedge fund - Global assets

Heritage Long/Short Equity