13 juin 2012: interview de Bob Beeson, Aura Energy, accordé à Nicolette de Joncaire (Agefi) pour Dukascopy TV


L’extraction se fera par lixiviation bactérienne

Aura Energy. Le troisième gisement d’uranium du monde est en Suède. Bien situé face à la pénurie actuelle

Trois projets d’exploration minière mais l’un d’entre eux retient l’attention. Aura Energy, la société australienne d’exploration et de mise en valeur de gisements d’uranium, se concentre aujourd’hui sur les ressources de Haggan, dans la province d’Alum Shale en Suède. Parce qu’il s’agit potentiellement du troisième gisement mondial avec 631 millions de livres de minerai à la clef. Depuis sa cotation en 2006, la société a connu une expansion rapide par acquisition de nouveaux gisements soit dans des zones déjà connues pour leur richesse en minerai - comme c’est le cas en Suède - ou encore dans des zones complètement vierges - comme en Mauritanie.

Formidablement bien placé ce gisement suédois, comme l’explique Bob Beeson, directeur général d’Aura, de passage à Genève. Car la moitié de l’énergie du pays est à base de nucléaire avec dix réacteurs en fonctionnement et une industrie mature et bien développée. Sans compter que la France dont plus de 70% de l’électricité provient du nucléaire n’est pas si loin et que l’Europe consomme plus de 45 millions de livres d’uranium U3O8 par an. A noter, la consommation globale d’uranium est de 170 à 175 millions de livres et la production minière n’est que de 130 à 135 millions. Un gisement de cette magnitude, situé dans un pays politiquement stable et relativement proche de l’industrie européenne, est loin d’être un actif négligeable. D’autant que la Suède est le plus grand producteur de cuivre et de minerai de fer d’Europe et que le secteur minier y est bien accueilli tant sur le plan des taxes que sur celui des royalties. D’ailleurs, plusieurs sociétés minières cotées sur l’ASX (Australian Securities Exchange) y sont déjà actives. La région de Haggan, outre sa faible densité de population qui facilite l’obtention des permis d’exploitation, est très bien desservie tant par la route que par le rail ou encore par bateau. 

L’accident de Fukushima a fait, sans aucun doute, réfléchir mais l’industrie nucléaire reste dynamique et fournit 13,5% de l’électricité mondiale avec un seul projet  de construction de réacteur  a été mis en cause depuis mars 2011 : près de 440 réacteurs sont en activité, 61 sont actuellement en construction, 162 sont planifiés et 329 autres ont été proposés. Treize pays comptent sur l’énergie nucléaire pour plus d’un quart de leurs besoins. Le Japon vient de réactiver deux réacteurs arrêtés, la Chine a 26 projets de construction en cours, la Russie 10 et l’Inde 7. La demande d’uranium devrait augmenter de 42% entre 2013 et 2017. Ce qui explique l’activité intense sur le marché et l’acquisition récente de Hathor Exploration par Rio Tinto - qui a enchérit sur Cameco avec une offre de 654 millions de dollars pour le site du Bassin d’Anthabasca – ou encore celle de Kalahari Minerals par le groupe chinois Guangdong pour un milliards de dollars.

Outre l’uranium, ressource principale du gisement avec ses réserves prouvées de 631 millions de livres et des réserves complémentaires encore à finaliser, Aura Energy extraira également 1277 millions de livres de nickel, 1790 millions de livres de zinc et 84 millions de livres de molybdène. Une quantité non négligeable de sous-produits.

La société a prévu d’extraire les minerais au moyen d’une technique appelée lixiviation bactérienne (ou biolixiviation), basée sur la capacité qu’ont certains bacilles de digérer des sulfures et du même coup de libérer les métaux qu'ils renferment. Ils sont déjà mis à contribution pour extraire du cuivre et de l'or. D'abord développée pour le cuivre, l'exploitation industrielle a ensuite été étendue à l'uranium et depuis une dizaine d'années à l'or. Certaines entreprises ont également mis au point des dispositifs de cette nature pour extraire le cobalt. Un processus du même type est utilisé par Talvivaara en Finlande avec d’excellents résultats. A noter, le site finlandais est d’abord un site de nickel et de zinc avec des traces d’uranium alors que Haggan est un site d’uranium, les autres minerais (nickel, zinc et molybdène) n’étant que secondaires. Grâce à cette technique, les coûts de production devraient se situer autour de 13 dollars la livre, un prix très compétitif.

Avec des ressources  totales de 688 millions de livres dont 631 sur le site de Haggan en Suède, 50 sur celui de Reguibat en Afrique et le reste à Wondinong en Australie, Aura Energy se présente comme un acteur avec lequel il faut compter. Une simple comparaison avec l’achat d’Hathor Resources par Rio Tinto permet d’en apprécier la valeur : compte tenu de la capitalisation actuelle d’Aura, un acheteur obtiendrait aujourd’hui dix fois plus d’uranium pour un vingtième du prix.

CV

Dr Bob Beeson est un géologue avec plus de 35 ans d’expérience dans l’exploration et le développement des gisements minéraux. Il a occupé des postes de direction chez Billiton Australie et Acacia Resources. Il est directeur d’Aura Energy depuis que la société a été cotée à l’ASX (Australian Securities Exchange) en 2006.

Company Key facts

Aura Energy est une société australienne spécialisée dans l’exploration et la mise en valeur de gisements d’uranium en Europe, en Afrique et en Australie. Les ressources d’Aura totalisent actuellement 688 millions de livres de minerai. Depuis sa cotation en 2006, la société a connu une expansion rapide par acquisition de nouveaux gisements dans des zones déjà connues pour la présence de minerai en Suède ou de zones complètement vierges en Mauritanie. La société se concentre à l’heure actuelle sur ​​le projet de Haggan, situé dans la province d’Alum Shale en Suède, l’un des plus grands gisements d'uranium du monde.

Uranium market & energy demand

Haggan Location Map May 2012

Haggan Ressource Drilling