Colin Bowkett d'Archer Petroleum sur l'extraction de bitume

21 octobre 2013: interview d'Colin Bowkett, Archer Petroleum, accordé à Nicolette de Joncaire (Agefi) pour Dukascopy TV


Le potentiel d'extraction propre

L'Agefi 21.10.2013

Archer Petroleum. Les Etats-Unis ont des ressources de bitume équivalentes à 50 à 80 milliards de barils. Une technique qui respecte l'environnement.

L'extraction des schistes et sables bitumineux est l'objet de multiples controverses. Espoir d'une énergie à coût bas qui relancera l'économie américaine, elle présente de sérieux risques environnementaux qui ont incité plusieurs pays européens, dont la France, à en interdire l'exploitation. Mais derrière les généralités se trouvent de multiples structures géologiques et, pour chacune, de multiples technologies dont l'impact diffère radicalement. Archer Petroleum extrait le bitume  des sables du Kentucky et de l'Utah grâce à une méthode née du nettoyage des marées noires et dont l'empreinte écologique parait beaucoup moins dommageable que celles couramment utilisée. Son président, Colin Bowkett, compare les différents contextes et explique la technologie que la société utilise dans ses projets.

Quelles sont les différences entre extraction du bitume et extraction traditionnelle du pétrole et du gaz?

Forer ne signifie pas extraire. Le taux de succès de l'extraction traditionnelle est loin de 100%. En outre, les puits de forage de pétrole et de gaz s'épuisent rapidement. Pour continuer à exploiter, il faut consentir des investissements continuels. L'extraction du bitume ne se fait qu'à coup sur, lorsque les ressources sont déjà connues. La production n'est pas sujette au même rythme de déclin que celui des forages traditionnels et le coût d'investissement en capital est moindre et beaucoup plus aisé à rentabiliser.                                                                                 

Vous êtes une société canadienne. Pourquoi travaillez-vous aux Etats-Unis?

Les roches bitumineuses américaines diffèrent des canadiennes. Dans ces dernières, les particules de sable et d'hydrocarbures sont enveloppés d'eau ce qui nécessite un drainage couteux en énergie. En outre, les bitumes canadiens ont une teneur élevée en sulfure (4 à 5%). Enfin, les gisements canadiens sont isolés et mal desservis ce qui nécessite des investissements considérables en infrastructure et génère des goulots d'étranglement dans le transport. Dans les bitumes américains, les molécules d'hydrocarbures collent directement aux particules de sable. Il est donc inutile de drainer. De surcroit, la teneur en sulfure est faible (0,5 à 1,5%) ce qui autorise une flexibilité bien plus importante sur les marchés, en particulier les marchés européens sur lesquels les nouvelles règlementations exigent une teneur inférieure à 0,5%. 

Où se situent les principaux gisements de bitume aux Etats-Unis et quelles sont les ressources estimées?

Un peu partout. De la Californie au Kentucky en passant par le Texas. Les estimations de ressources varient entre 50 et 80 milliards de barils sous forme bitumineuse. Dans les états où sont situés nos projets, elles s'étagent entre 32 milliards en Utah et 3,4 milliards dans le Kentucky. A noter, les réserves de l'Utah se trouvent à faible profondeur et donc aisées d'accès. Le Kentucky est aussi très riche et particulièrement bien situé sur le plan des débouchés, proche de la Côte Est et des raffineries du Golfe.

Quels sont vos projets en cours?

Nous en avons trois. Le Davenport Project dans le Kentucky que nous contrôlons à 100%. Nous y possédons 350 acres et en visons 750. Le Peak Project, également dans le Kentucky, dans lequel nous avons une participation de 25%, couvre 500 acres et, à terme, 800. Enfin, le Sunnyside Project dans l'Utah s'étend sur 919 acres qui nous appartiennent entièrement. Notre ambition est de contrôler 10,000 acres la première année pour une production de 2000 barils/jour. Et de monter en puissance à 20,000 acres pour produire 3 à 5000 barils/jours la seconde année puis 5 à 10.000 barils la troisième car nous sommes installés sur des zones où la densité de bitume est très élevée. Grâce à notre technologie, nos besoins en capex sont environ le dixième de la moyenne du marché, soit 2300 dollars par baril/jour contre 25.000 pour certains de nos compétiteurs. Notre production couvrira l'asphalte liquide et le brut lourd à teneur sulfurée faible.

Vous utilisez un procédé d'extraction qui présente un certain nombre d'avantages sur le plan environnemental. Comment faites-vous?

La roche est extraite puis broyée. Elle passe ensuite à travers un procédé mécanique et chimique qui sépare les hydrocarbures des particules de sable. Ce nettoyage est effectué grâce à une substance brevetée, le Sandklene 950, dont la particularité est de n'être ni dangereuse, ni toxique et 100% biodégradable. Ce produit est agréé par l'Agence Américaine de Protection de l'Environnement (EPA). Les équipements qui assurent le traitement mécanique sont également de notre conception et fabriqués sur nos spécifications. Au final, nous opérons peu d'eau (par ailleurs recyclée à 90%) et aucune vapeur, nous n'utilisons pas de solvants caustiques et beaucoup moins d'énergie que les autres procédés. Nous retournons les sables extraits aux fosses d'origine et replantons la couverture végétale. Notre empreinte environnementale est absolument minimale.

En dehors de votre propre exploitation, vous comptez développer un marché international de votre technologie Sandklene 950

Effectivement, cela fait partie de notre plan à plus long terme mais il est encore un peu tôt pour en parler.


CV

Colin Bowkett

Associé de Nexus Ventures, une société d'investissement privé basée à Vancouver (Canada), Colin Bowkett a facilité et financé de multiples transactions internationales dans le secteur de l'extraction de gaz et de pétrole. Il sert au Conseil d'administration de plusieurs sociétés publiques et privées auxquelles il apporte son expérience.

Company Key facts

Archer Petroleum

Cotée sur le TSX au Canada, Archer Petroleum entend devenir leader aux Etats-Unis de l'extraction des sables bitumineux.  La société use d'un procédé respectueux de l'environnement qui n'utilise ni eau chaude, ni vapeur, ni solvant caustique et exige une quantité d'énergie très inférieure aux autres technologies. Archer Petroleum a acquis plus de 1000 acres de sables bitumineux au Kentucky et dans l'Utah pour se lancer dans des projets greenfield. Elle possède en outre les droits internationaux sur Sandklene 950, un produit de nettoyage des sables, non dangereux, non toxique et 100% biodégradable.

 

Comparaison extraction bitume et pétrole & gaz

Gisements US

Procédé mécanique

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