Raoul Würgler sur la compétitivité de la place financière suisse

20 mai 2014: interview de Raoul Würgler, ABES, accordé à Marjorie Théry (Agefi) pour Dukascopy TV


La vision orientée compétitivité

L'Agefi 21.05.2014

BANQUES ÉTRANGÈRES EN SUISSE.
L’association faîtière présente pour la première fois quelques éléments de ses travaux sur le positionnement de la place financière suisse

La stratégie de positionnement de la place financière suisse pourrait bien venir des banques étrangères. C’est précisément l’Association des banques étrangères en Suisse (ABES), qui a lancé un vaste programme de groupes de travail sur la compétitivité de la place. A notre connaissance, aucune autre association faîtière ne mènerait un tel projet. Concrètement l’ABES a lancé un débat parmi ses membres et formé trois groupes de travail pour améliorer la compétitivité des modèles d’affaires. Le tout avec l’appui de consultants externes, comme nous l’annoncions lors du lancement du projet (lire l’article «Les initiatives nécessaires au nouvel ordre bancaire» dans L’Agefi du 16 juin 2013). Presque un an après le lancement de cette initiative et alors que l’ABES vient de changer de président (lire ci-dessus), son secrétaire général adjoint, Raoul Oliver Würgler partage avec L’Agefi quelques éléments issus de cette réflexion.

Dans des groupes de travail les membres de votre Association mènent des réflexions sur la compétitivité de la Suisse dans un environnement de transparence fiscale. Quels sont les points clés sur lesquels vous travaillez précisément?

Nous avons décidé d’élargir la réflexion lors de notre assemblée générale de l’an dernier. Il est certes essentiel de s’adapter à l’environnement international, mais il est tout aussi nécessaire d’avoir une véritable stratégie et une orientation pour la place financière suisse. Durant l’année écoulée, trois points clés de travail ont émergé: les relations clients, les compétences des gestionnaires et la communication. C’est sur ces points que se concentrent nos groupes de travail. Concernant le premier point, il s’agit d’anticiper les attentes des clients. Ceux-ci veulent davantage participer à la gestion, ils sont plus impliqués et souhaitent être davantage informés sur la gestion de manière continue, d’autant plus dans un environnement fiscalement transparent. Ils veulent aussi avoir accès à leur gestionnaire de manière simple et rapide, ce que permettent les outils numériques. Ensuite, un véritable défi réside dans les compétences et la formation des gestionnaires dans un environnement changeant. Car les clients souhaitent souvent élargir le spectre des services au-delà du private banking à des projets de financement ou d’investissement par exemple, ce qui implique certaines compétences particulières. Et la concurrence internationale est forte dans ce domaine. Aussi les gestionnaires doivent avoir une connaissance approfondie du cadre dans lequel évoluent leurs clients: ils doivent connaître les produits locaux ainsi que le cadre régulateur applicable. Enfin, la communication est un point essentiel à renforcer. Il est nécessaire de rétablir une communication claire et ciblée, que ce soit à destination du grand public, des autorités et bien sur des clients et prospects.

Les autorités politiques et de régulation ont essuyé de nombreuses critiques de la part du secteur bancaire. Comment fluidifier les relations après ces années de crispation?

Premièrement l’image extérieure n’est souvent pas le reflet des relations à l’intérieur. Le dialogue n’est de loin pas rompu avec les autorités. Il faut se rendre compte que nous avons vécu des changements d’une ampleur sans précédent et très rapides. Si l’on compare le secteur bancaire de 2005 à aujourd’hui, cela n’a rien à voir. Pour les autorités, il est parfois nécessaire de réagir rapidement face à l’évolution internationale et elles ne peuvent pas systématiquement prendre en compte toutes les spécificités de chaque secteur de l’économie. Il ne faut pas oublier qu’en Suisse la contribution directe du secteur de la finance au PIB s’élève à moins de 10% – ceci est à la fois beaucoup et peu. Le gouvernement ne peut négliger dans la définition de politique les autres secteurs de l’économie dont l’industrie et les multinationales. Et pour ces derniers, le fait que la Suisse figure sur liste noire au grise est très négatif. Nous comprenons ce contexte et souhaitons relancer le débat.

Quels sont les principaux défis et opportunités du secteur dans les prochains mois, en particulier pour les banques étrangères en Suisse?

Un des principaux défis est de retrouver un consensus, ce qui rejoint la question précédente. La Suisse avait cet immense avantage d’avoir un esprit de dialogue, de consensus et de coopération entre les industries et les autorités politiques et de régulation. Dans le secteur bancaire il est nécessaire de réactiver rapidement le dialogue et retrouver ce consensus. Du côté des opportunités, la Suisse a l’avantage d’avoir une place financière véritablement internationale. Dans le sens où de multiples acteurs internationaux sont présent et offrent un accès à une grande diversité de marchés et de services. Bien sur, le private banking a eu ce rôle très longtemps, mais on ne doit pas oublier que place financière suisse est née comme prestataire de services pour le négoce sur les foires du moyen âge et le financement de projets nationaux et internationaux dont le tunnel ferroviaire du Gothard. Ces activités représentent des sources de diversification intéressantes.

Au delà de la compétition internationale, quel regard portez-vous sur la concurrence locale, comme par exemple entre les places financières de Zurich et Genève. L’une d’elles vous semble-t-elle mieux armée pour l’avenir?  

Il ne faut pas trop se concentrer sur la concurrence interne mais plutôt joindre nos forces pour mieux répondre à la concurrence internationale. Il faut concevoir la place financière Suisse comme un ensemble réunissant plusieurs centres de compétence dans un cadre politique, culturel et régulateur unique. Ainsi des clusters dans commodity trading se trouvent à Genève et Zoug, l’investment banking est concentré autour de la bourse à Zurich. Finalement, dans un cadre international, la différence entre Genève et Zurich est minime - le trajet entre ces deux villes est de moins de trois heures, soit à peu près l’équivalent d’un trajet depuis l’aéroport d’Heathrow jusqu’à la City… Pour un client chinois ou argentin, si son souhait est d’avoir recours à des services financiers en Suisse, la question que ceux-ci soient prestés à Genève ou Zurich n’a que peu d’importance, c’est le modèle suisse et son attractivité qui seront déterminants.

Interview: Marjorie Théry


CV

Raoul Würgler

Raoul Würgler est secrétaire général adjoint de l’association des banques étrangères en Suisse depuis 2001 (ABES ou Foreign Banks in Switzerland). Il coordonne différents groupes de travail et contribue aux discussions à la fois sur les aspects réglementaires mais aussi sur les questions stratégiques concernant la place financière suisse, en tant que représentant des banques mais aussi des gestionnaires de fonds de placement et gestionnaires d’actifs étrangers établis en Suisse.

Company Key facts

AFBS - Association of Foreign Banks in Switzerland

L’association des banques étrangères en Suisse représente les intérêts de 122 banques étrangères établies en Suisse, mais aussi de gestionnaires d’actifs ou des fonds de placement étrangers présents en Suisse. Les membres représentent plus de 18.000 employés et plus de 900 milliards de francs sous gestion.

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