La gestion d'actifs suisse ne profitera pas à court terme du Brexit

mardi, 21.11.2017

Une fois que le Royaume-Uni aura quitté l'UE, les opérateurs de pays tiers qui s'y sont installés n'auront plus d'accès automatique au marché européen. En tant que pays non-membre de l'UE, la Suisse n'aura pas les moyens de compenser ce désavantage.

Un nombre considérable d'instituts helvétiques pourrait tout simplement décider de rapatrier l'ensemble de ses activités de gestion d'actifs sur son marché d'origine.(Keystone)

Les gestionnaires d'actifs suisses ne vont pas profiter à court terme du divorce entre le Royaume-Uni et l'Union européenne (Brexit). "Le Royaume-Uni devrait obtenir un traité pour pays tiers au moins équivalent à celui de la Suisse", a estimé le directeur de la Swiss funds & assets management association (Sfama), Markus Fuchs.

Avec une masse sous gestion de 4500 milliards de francs, le Royaume-Uni représente actuellement le principal marché européen pour les gestionnaires d'actifs, devant la France, l'Allemagne et la Suisse. "A lui seul, (il) représente une part de près de 40%", a assuré le patron de la faîtière à un parterre de financiers réunis jusqu'à mardi à Lugano dans le cadre du Lantern Fund Forum.

S'il n'est pas en mesure de quantifier avec précision la part que représentent les opérateurs helvétiques sur ce marché, le responsable affirme cependant que "pour le secteur suisse de la gestion d'actifs concernant les investisseurs institutionnels, le Royaume-Uni est le plus important de tous les marchés étrangers".

C'est aussi celui où les gestionnaires, notamment les banques, sont les plus présents, tant au niveau de la distribution globale que de la production. "Londres est la plus internationale des plateformes de gestion d'actifs, New York étant tournée essentiellement vers le marché américain", signale M. Fuchs.

Relocalisation et rapatriement

Une fois que le Royaume-Uni aura quitté l'UE, les opérateurs de pays tiers qui s'y sont installés n'auront plus comme actuellement un accès automatique au marché européen. "En tant que pays non-membre de l'UE, la Suisse n'aura pas les moyens de compenser ce désavantage", relève le directeur de la Sfama.

Comme la distribution sur le Vieux continent ne pourra plus être coordonnée depuis Londres, certains acteurs helvétiques vont vraisemblablement transférer leurs activités vers d'autres plateformes situées dans l'UE, comme Francfort ou le Luxembourg.

Quant aux activités de production, un nombre considérable d'instituts helvétiques pourrait tout simplement décider de rapatrier l'ensemble de ses activités de gestion d'actifs sur son marché d'origine, estime M. Fuchs. Pour certains d'entre eux, cela représente jusqu'à la moitié de la masse sous gestion.

Il s'agit d'un scénario "best case" pour la Suisse, susceptible de se concrétiser au cours des deux prochaines années, la sortie effective du Royaume-Uni de l'UE étant prévue pour fin mars 2019. "Cela dépendra encore des formalités du Brexit, pour le moment on ignore encore à quoi ressembleront les volumes et le cadre juridique".

Le patron de la Sfama ne croit pas dans un Brexit "doux", c'est-à-dire agrémenté d'une période de transition. Selon lui, l'UE n'a aucun intérêt à aller dans ce sens et les professionnels de la branche s'attendent au contraire à un Brexit "dur".

A plus long terme, le cadre réglementaire devrait s'harmoniser avec l'introduction de standards au niveau mondial, selon Markus Fuchs. Dans cette configuration, "des éléments comme la qualité de vie, la disponibilité de main d'oeuvre et le pôle de compétences permettront à la Suisse de rester au premier plan".(awp) 





 
 
 
 

AGEFI

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