Une nécessaire approche globale des enjeux mondiaux liés à l’eau

mardi, 10.09.2019

Matières premières. L’utilisation intensive et la rareté de l’eau constituent une question préoccupante, tant pour l’homme que l’économie.

Andrew Harmstone*

Nous savons que l’eau est indispensable à la vie, mais nous pourrions être surpris d’apprendre à quel point l’activité économique dépend également de l’eau. De grandes quantités d’eau. L’eau ne sert pas seulement à l’homme et à l’agriculture. Elle est aussi une composante essentielle des processus de fabrication d’innombrables produits du quotidien, tels que les smartphones et les jeans.

L’utilisation intensive et la rareté de l’eau constituent aujourd’hui une question préoccupante, non seulement pour la santé humaine, mais également pour l’économie mondiale. La consommation d’eau augmente, à l’échelle mondiale, d’environ 1% par an depuis les années 1980. Aujourd’hui, du fait d’un décalage géographique entre disponibilité et demande, plus de deux milliards de personnes vivent dans des pays où le stress hydrique est élevé et près de quatre milliards subissent une grave pénurie d’eau pendant au moins un mois de l’année.

Alimentation, boissons et agriculture

L’agriculture représente 69% de l’utilisation mondiale d’eau douce, et les demandes en eau du secteur agricole rendent la chaîne d’approvisionnement du secteur de l’alimentation et des boissons hautement sensible au stress hydrique. Par exemple, la production d’un seul kilo de bœuf exige plus de 15.000 litres d’eau qui sont utilisés pour irriguer les cultures destinées à l’alimentation des animaux, pour abreuver le bétail et pour laver au jet les fermes industrielles, les camions de transport et les abattoirs. En outre, ce stress hydrique ne se limite pas à la production alimentaire. Par exemple, 9500 litres d’eau sont nécessaires pour produire une seule paire de jeans, si l’on prend en compte la culture du coton, puis le lavage et la teinture.

Pétrole et gaz: utilisation pour l’extraction

Les compagnies pétrolières et gazières sont confrontées à des difficultés liées à l’impact sur l’environnement et les communautés et aux coûts qui lui sont associés, ainsi qu’à des risques relatifs à leur réputation et à la réglementation. Les coûts de gestion de l’eau peuvent atteindre 15% du coût total des puits. La fracturation hydraulique (hydrofracturation) est particulièrement problématique car elle nécessite de l’eau sous haute pression mélangée à des produits chimiques et à du sable pour extraire l’huile de schiste, alors même que 38% de ces projets concernent des zones arides. 

Services collectifs: risques de perturbation

90% de la production mondiale d’électricité nécessitent de l’eau, que ce soit pour l’extraction des matières premières, l’alimentation des turbines, le refroidissement des procédés thermiques ou le nettoyage des émissions. 47% de la capacité mondiale des centrales thermiques (charbon, gaz naturel et nucléaire) se situent dans des régions déjà touchées par le stress hydrique. 

Semi-conducteurs: une soif croissante d’eau ultra-pure

Un site de fabrication de semi-conducteurs type utilise deux à quatre millions de gallons (7570 à 15.141 m3 environ) d’eau ultra-pure par jour. En réalité, un seul iPhone nécessite 14.500 litres d’eau. Les prélèvements de l’industrie des semi-conducteurs ont progressé selon un taux de croissance annuel composé de 2,1% entre 2014 et 2016. De plus, les fabricants de semi-conducteurs ont historiquement assumé des coûts de nettoyage en lien avec la pollution des eaux souterraines atteignant parfois 100 millions de dollars par incident.

Comment la rareté de l’eau est-elle prise en compte dans notre analyse macroéconomique descendante?

Gestionnaires de stratégies multi-actifs descendantes reposant sur les facteurs macroéconomiques, nous avons souvent considéré les dépenses d’infrastructure comme un moteur de la croissance économique mondiale. Ces dépenses sont aussi liées à la pénurie d’eau, car les projets d’infrastructures hydrauliques devraient connaître, à l’échelle mondiale, une croissance annuelle de 5% à 8%. De manière globale, il n’y a pas de pénurie d’eau sur la planète, mais la rareté et la qualité de l’eau au niveau local constituent de graves problèmes qui affectent de nombreuses industries. En tant qu’investisseurs nous devons obligatoirement tenir compte de ces risques dans nos décisions de placement pour nos portefeuilles.

*Senior Portfolio Manager, Global Multi-Asset Team, Morgan Stanley Investment Management





 
 
 
 

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