Les institutions internationales se féminisent

dimanche, 03.03.2019

Dans les grandes organisations internationales ou nationales, de nombreuses femmes sont désormais nommées à des postes stratégiques jusqu'alors monopolisés par des hommes.

L'Américaine Gita Gopinath est la cheffe économiste au Fonds monétaire international. (Kesytone)

Du FMI à la Banque mondiale, en passant par l'OCDE et les grandes banques, les femmes ont conquis depuis une année plusieurs postes clés d'économistes en chef, mais la tendance doit encore se renforcer pour atteindre la parité.

"C'est un progrès que des femmes soient nommées aux postes de chefs économistes de grandes organisations internationales ou nationales", explique Laurence Boone, qui a pris ses fonctions de cheffe économiste à l'OCDE au printemps dernier.

Elle fait partie de la vague de femmes nommées à un poste stratégique jusqu'alors monopolisé par des hommes, avec l'Américaine Gita Gopinath au Fonds monétaire international, la Grecque Pinalopi Koujianou à la Banque mondiale, et récemment la Polonaise Beata Javorcik qui prendra ses fonctions à la rentrée à la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD).

"Ces nominations donnent un signal aux jeunes femmes que dans ces organisations elles aussi peuvent réussir", estime la Danoise Michala Marcussen, qui fait presque figure de pionnière pour avoir été nommée en septembre 2017 à la Société Générale.

"Pour les entreprises, l'enjeu est aussi économique: comme employeurs, c'est un moyen pour elles d'attirer des talents et de les retenir", affirme-t-elle reconnaissant avoir été gênée lors de conférences d'être saluée comme "une inspiration" par des participantes.

"Je ne me considère pas comme telle, mais j'ai pris conscience qu'il y avait quelque chose d'important. Je suis convaincue que cela a un impact", affirme-t-elle.

Pour Sylvie Matelly, directrice adjointe de l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), il n'y a aucun doute: "le vent est en train de tourner".

"Même les pays les plus conservateurs sur cette question n'échappent pas à la nécessité de donner plus de place aux femmes en politique, dans la direction des entreprises, dans les grandes institutions nationales et internationales", souligne-t-elle.

La diversité est "une richesse"

L"Espagnole Arancha Gonzalez, qui dirige le Centre du commerce international (CCI), une agence conjointe de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) et de l'Onu basée à Genève, est convaincue que ces nominations constituent une "tendance de fond" et non "un phénomène de mode".

"Ce n'est pas purement de la cosmétique", déclare-t-elle à l'AFP. "La diversité est source de richesse" et elle permet "une économie plus solide, des performances plus généreuses et une autre manière de mener des politiques économiques", explique-t-elle, basant son argumentation sur un rapport du FMI datant de 2016.

La directrice du FMI, Christine Lagarde, a également fait référence à ce document dans un article paru jeudi dans dans un dossier du Fonds intitulé "Un impératif mondial", consacré aux "femmes et à la croissance".

Mme Lagarde, qui s'est souvent demandé ce qui se serait passé si la banque Lehman Brothers, qui a fait faillite en 2008, s'était appelée "Lehman Sisters", a saisi l'occasion pour adresser un message au monde de la finance.

"Si les banques et les superviseurs financiers augmentaient la place des femmes aux postes supérieurs, le secteur bancaire serait plus stable", a-t-elle assuré.

Il n'empêche que l'égalité est encore loin d'être acquise en économie, comme le rappelle Mme Boone: "De nombreuses analyses récentes, dont on a notamment parlé lors de la conférence de l'Association économique américaine, ont montré que la diversité restait faible dans les professions économiques."

Mme Gonzalez va plus loin: "Si le rythme actuel est maintenu pour atteindre la parité, il faudrait attendre deux générations pour y parvenir", reconnaît-elle, regrettant des pas "trop timides" pour l'instant.

"Des efforts sont encore nécessaires", insiste Mme Matelly, qui attribue "une grande partie des problèmes que nous rencontrons aujourd'hui à des rôles qui sont encore tellement répartis entre les hommes et les femmes".

Pour Mme Boone, "le plus important" demeure toutefois de "souligner les compétences de celles qui ont été nommées, leur qualification et leur légitimité à exercer ces fonctions".

Economiste à la Banque de France (BdF), Soledad Zignago, avait publié il y a un an avec Anne Boring, chercheuse affiliée à Sciences Po, un article sur le blog de la Banque de France qui constatait que la part des femmes économistes n'était que de 19% en moyenne dans le monde, avec une nette sous-représentation dans le monde anglo-saxon. (awp)





 
 
 
 

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