L’économie mondiale à la croisée des chemins

mercredi, 23.10.2019

Conjoncture. Plusieurs catalyseurs sont capables d’influencer la situation dans un sens ou dans l’autre, au premier rang desquels les politiques commerciales, monétaires et budgétaires.

Joachim Fels*

Notre scénario de base prévoit que la croissance du PIB américain continuera de ralentir pour s’établir à environ 1% au premier semestre 2020, soit un net recul par rapport aux 3% et 2% enregistrés aux premier et deuxième trimestres 2019 respectivement. Au cours des prochains trimestres, la Réserve fédérale américaine (Fed) devrait entre autres procéder à de nouvelles baisses de taux en vue de soutenir l’économie et d’améliorer les conditions financières. D’autres banques centrales et gouvernements devraient également intervenir activement et contribuer ainsi à une reprise économique au second semestre 2020.

La zone euro devrait connaître une tendance économique similaire à celle des États-Unis, quoiqu’à un niveau inférieur. Le ralentissement marqué de la croissance au cours des prochains trimestres implique toutefois une phase de vulnérabilité accrue pour l’économie tant américaine que mondiale. Dans ce contexte, les incertitudes politiques élevées peuvent sensiblement affecter la fiabilité des prévisions et par conséquent donner lieu à des écarts importants par rapport au scénario de base présenté. Nous identifions plusieurs catalyseurs capables d’influencer l’issue de la situation dans un sens ou dans l’autre, au premier rang desquels les politiques commerciales, monétaires et budgétaires.

La croissance pourrait ainsi augmenter voire même s’accompagner d’une reprise synchronisée en cas de résolution du conflit commercial grâce à un accord global et de politique budgétaire plus expansionniste dans les principales économies. Bien que nous ne prévoyions qu’une relance budgétaire modérée à l’horizon cyclique, il est tout à fait possible que la faiblesse de la croissance, les rendements obligataires négatifs en Europe et au Japon et la prolongation de l’assouplissement quantitatif pour une durée indéterminée incitent les gouvernements à jouer un rôle plus actif dans l’optique de soutenir la croissance.

Mesures d’assouplissement supplémentaires 

De mauvaises surprises ne sont cela dit pas à exclure, en premier lieu sur le front commercial dès lors qu’une nouvelle escalade des tensions pourrait bien faire plonger l’économie mondiale déjà affaiblie en pleine récession. Les politiques monétaires et budgétaires pourraient également avoir des répercussions néfastes. Notre scénario de base prévoit qu’en plus des baisses de taux opérées en juillet et en septembre, la Fed mettra en œuvre des mesures d’assouplissement supplémentaires au cours des prochains trimestres, annulant ainsi l’inversion de la courbe des rendements des emprunts d’État américains. Dans la mesure où les membres de la Fed semblent partagés quant à la bonne marche à suivre, ces mesures risquent toutefois de ne pas répondre aux attentes du marché.

Comme l’a montré la forte correction des actifs risqués au quatrième trimestre 2018, les marchés réagissent au quart de tour lorsque la Fed adopte un ton plus restrictif que prévu. Dans ce contexte, difficile d’ignorer l’écart entre, d’une part, l’inversion de la courbe des rendements, qui intègre de toute évidence un important risque de récession, et, d’autre part, le resserrement des spreads de crédit et le caractère onéreux des marchés actions, semblant quant à eux suggérer un scénario économique plus favorable.

Récession anticipée

Cette divergence s’explique probablement par le fait que les marchés des actifs risqués s’attendent à ce que la Fed adopte une approche agressive pour éviter une récession, et que celle-ci porte ses fruits. Le cas échéant, une Fed moins modérée que prévu pourrait déclencher un resserrement significatif des conditions financières en procédant à des ventes sur les marchés des actions, des obligations d’entreprises et des taux d’intérêt.

Quid des répercussions en termes d’investissement d’une économie à la croisée des chemins? Les marchés de taux mondiaux anticipent déjà une récession, tandis que ceux des obligations d’entreprises et des actifs risqués tablent globalement sur une issue plus favorable, que ce soit sur le plan macroéconomique ou en ce qui concerne l’efficacité des banques centrales dans un contexte d’inflation toujours atone, ou les deux. Un accès de faiblesse ou une légère récession n’impacte pas forcément outre mesure les marchés des produits de spread. Toutefois, dès lors que la quête de rendement ne montre aucun signe d’essoufflement et que les investisseurs ont à cœur d’acheter à la baisse («buy on dip»), nous tenons à protéger les portefeuilles contre le risque d’une dislocation plus importante des marchés. Nous continuons par conséquent de nous montrer sélectifs à l’égard des obligations d’entreprises et mettons en outre l’accent sur la gestion des liquidités.

*Global Economic Advisor, PIMCO





 
 
 
 

AGEFI

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