L’industrie résiste bien en Suisse

mardi, 03.09.2019

Conjoncture. La production du secteur pourrait continuer de croître au deuxième trimestre.

Marc Brütsch*

Le fait que la Suisse dépende fortement de la demande étrangère explique la prudence de nos prévisions de croissance. Ainsi, l’appréciation actuelle du franc constitue un obstacle supplémentaire pour les activités de services particulièrement exposées à la concurrence de la zone euro voisine. Le «tourisme commercial» est de plus en plus prisé des Suisses et les stations de villégiature alpines sont de moins en moins compétitives face à leurs concurrentes françaises et autrichiennes. S’y ajoute le risque d’une récession technique en Allemagne, qui constitue toujours, et de loin, le premier partenaire commercial de la Suisse, et dont la crainte est à l’origine d’une politique d’investissement et de recrutement de plus en plus prudente de la part des entreprises. 

Après un premier trimestre dynamique, nous pensons que la croissance trimestrielle du PIB aura stagné entre avril et juin, à l’image de la situation allemande. De bonnes surprises pourraient toutefois venir de la production industrielle, qui aurait continué de croître au deuxième trimestre, en contradiction avec la très nette dégradation des indicateurs de sentiment économique du secteur manufacturier. La production de produits pharmaceutiques a ainsi augmenté de presque 14% au deuxième trimestre selon les chiffres de l’Office fédéral de la statistique. Le PIB du deuxième trimestre sera publié le 5 septembre.

Nous avons abaissé à 0,5% notre estimation d’inflation moyenne pour 2019. Le repli temporaire des prix de l’essence en août et l’appréciation actuelle du franc laissent en effet prévoir une hausse des prix à la consommation moins marquée que prévu. Le taux de change effectif du franc est monté à son plus haut niveau depuis le deuxième trimestre 2015, ce qui a entraîné une diminution de 1,7% de l’indice des prix à la production et des importations sur l’année jusqu’en juin 2019.

Quel programme monétaire dans la zone euro?

Les derniers chiffres du secteur manufacturier semblent montrer que la dynamique cyclique serait à son plus bas dans les pays très dépendants des exportations vers les régions hors de la zone euro. Les indices des directeurs d’achats (PMI) du secteur manufacturier sont ainsi particulièrement déprimés en Allemagne et en Autriche mais restent dans la zone d’expansion en France, aux Pays-Bas ou en Grèce. Il s’ensuit que la contagion des difficultés de l’industrie allemande aux autres pays ou secteurs reste contenue pour le moment. L’indice PMI des services pour toute la zone euro dépasse actuellement son niveau moyen du premier semestre. Nous pensons que la BCE va proposer une nouvelle relance monétaire, ce qui devrait assurer des conditions de crédit favorables dans toute la zone euro. Il existe en outre une certaine marge de manœuvre budgétaire, notamment grâce à la répression financière qui contribue à plafonner les rendements des emprunts d’Etat et permet de refinancer à des conditions abordables les obligations arrivant à échéance. Tandis que la France exploite totalement sa capacité budgétaire, les dirigeants allemands sont bien plus réticents. Les tensions politiques restent fortes, entre la crise du gouvernement italien, le Brexit et le risque d’aggravation des tensions commerciales vers l’Europe, autant d’éléments lourds d’incertitudes pour l’avenir de la zone euro. 

Sans connaître l’ampleur ni les instruments que choisira la BCE pour assouplir encore sa politique monétaire à sa réunion du 12 septembre, nous doutons qu’un nouveau train de mesures accommodantes engendre un changement durable des prévisions d’inflation à long terme. En revanche, à court terme, les marchés financiers n’intègrent pas correctement selon nous la hausse imminente temporaire de l’inflation totale à 1,9% d’ici à la fin du premier trimestre 2020.

*Economiste en chef de Swiss Life





 
 
 
 

AGEFI

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