Retour à la croissance potentielle en Suisse

mardi, 05.03.2019

Conjoncture. Il faut s’attendre à une reprise en direction d’un taux annualisé à long terme d’environ 1,2%.

Marc Brütsch*

Un fossé économique s’est creusé dans la zone euro. Pour une fois, il ne sépare pas le nord et le sud, mais l’industrie et les services. Si les dernières statistiques confortent nos prévisions de redressement du secteur automobile allemand après les plus-bas exceptionnels de 2018, dus aux nouvelles normes en matière d’émissions, l’industrie en général pâtit toujours d’une dynamique mondiale ralentie.

Les incertitudes liées au Brexit et les jeux de pouvoir de la politique commerciale américaine découragent l’investissement industriel des entreprises. Il s’ensuit que, d’après les chiffres préliminaires de février, l’indice des directeurs d’achats (PMI) du secteur manufacturier de la zone euro serait passé sous le seuil d’expansion de 50 points. Son niveau actuel de 49,2 points est le plus bas depuis juin 2013. Un modèle économétrique simple d’évaluation de la croissance du PIB du trimestre en cours à partir du PMI manufacturier annonce un risque de contraction de l’activité.

En même temps, les services, moins soumis au commerce international, démentent les craintes de récession. L’intégration du PMI des services à notre modèle fait ressortir une croissance d’environ 0,1% pour le trimestre en cours. Le secteur tertiaire profite de l’amélioration de la confiance des ménages allemands et français.

Pas de hausse des taux 

La croissance inférieure à son potentiel au second semestre 2018 a entraîné un abaissement de nos prévisions d’inflation pour 2019. Comme la BCE manquera son objectif d’inflation «non loin, mais en dessous, de 2%» cette année comme en 2020, il ne faut s’attendre à une hausse des taux en 2019. Parallèlement, une remontée de l’inflation sous-jacente d’ici à la fin de l’année est plus probable avec l’accélération de la croissance des salaires: au dernier trimestre 2018, les négociations salariales ont débouché sur des rémunérations en hausse de 2,2% sur un an, un rythme inédit depuis 2012.

Une inflation aux alentours de 0,5% cet été

Deux jours après la clôture de la rédaction, le Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO) devait publier sa première estimation de PIB pour le quatrième trimestre 2018. Après un troisième trimestre décevant, au cours duquel le PIB s’est contracté de 0,2%, il est attendu une timide reprise en direction d’un taux de croissance potentielle annualisé à long terme d’environ 1,2%. Nos propres projections de croissance trimestrielle de 0,3% pour les trois derniers mois de 2018 sont un peu en deçà du consensus (0,4% d’après une enquête récente de Bloomberg). Aucun des 20 établissements interrogés ne prévoit de nouvelle contraction de l’activité.

De ce fait, comme l’Allemagne, la Suisse pourrait avoir échappé à une récession technique. Pourtant, après une croissance correcte entre mi-2015 et l’été 2018, les dynamiques économiques ont récemment marqué le pas. Outre la modération de la demande extérieure qui découle des incertitudes du Brexit et du litige commercial sino-américain, nous observons également un tassement de l’économie intérieure, qui se manifeste avant tout par un net ralentissement de la consommation privée et de l’activité du secteur de la construction.

Entre juillet 2018 et janvier 2019, l’inflation s’est divisée par deux, de 1,2% à seulement 0,6%. Comme ailleurs, cette chute vient principalement de l’effondrement des prix de l’énergie au der-nier trimestre 2018. le consensus attend dorénavant une hausse des prix dans le bas de la fourchette visée par la Banque nationale suisse (entre 0 et 2%). Etant donné que les prix de l’énergie se sont redressés depuis le début de l’année, nous pensons que l’inflation se stabilisera aux alentours de 0,5% cet été, avant de tendre progressivement vers 0,9% d’ici au mois de décembre 2019.

*Economiste en chef de Swiss Life





 
 
 
 

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