Un programme de salut public

dimanche, 20.01.2019

Jacques Neirynck *

Jacques Neirynck

Le salut de la Suisse viendrait, comme de coutume, du programme du parti le plus puissant, de celui qui exprime le mieux l’opinion populaire. Celle-ci serait confrontée, selon l’analyse du président actuel de l’UDC, à une situation apocalyptique: les trains bondés, les routes surchargées, le chômage des plus de 50 ans, l’avenir sans emploi des jeunes diplômés, les attroupements menaçants de requérants d’asile sur la voie publique.

Tous ces maux découleraient de l’immigration de masse en provenance de l’UE à laquelle il faut mettre un terme, ce qui rétablirait un visage plus avenant pour le territoire suisse, une vie plus confortable pour ses citoyens de souche.

Réduire la charge des prélèvement

Ce n’est qu’une composante d’un programme plus élaboré, qui comporte la réduction de l’aide au développement, la suppression des subventions à la culture, la disparition des bureaux de l’égalité, le transfert des investissements pour le rail au bénéfice de la route, le renforcement de l’armée, le renoncement à une politique de réduction du CO2.

Toutes ces mesures permettraient de réduire la charge des prélèvements obligatoires. L’essor de la consommation locale compenserait la fermeture de l’accès facilité au marché intérieur européen.

Ce programme rejoint l’analyse des leaders charismatiques tels que sont Donal Trump, Marine Le Pen, Viktor Orban, Paolo Gentiloni.

Moins d’impôts et plus de services publics

L’insurrection des gilets jaunes reprend ces thèmes sous une forme synthétique, propre à la concision française: moins d’impôts et plus de services publics. De même en réduisant simplement le nombre de voyageurs des CFF, on ne serait pas obligé de multiplier les trains. Le peuple se réjouirait à l’avance de l’application de ce programme. Une Suisse de l’entre soi fonctionnerait mieux que l’actuelle ouverture sur un monde compliqué et offensif.

On peut se gausser ou s’inquiéter de ce programme contradictoire et inapplicable, mais on doit reconnaître qu’il exprime une volonté populaire qui représente à présent près du tiers de l’électorat un peu partout en Europe. Il faut donc chercher les causes de cette popularité au-delà des frontières helvétiques.

La mondialisation en cause

La mondialisation en est sans doute la cause profonde. L’ouverture des frontières et l’intensité du commerce international exercent une pression sur les salaires indigènes. Ceux-ci ne croissent plus au moins comme l’inflation. Par ailleurs les Etats sont de plus en plus chargés par une facture sociale dépendant du vieillissement de la population. Entre un revenu stagnant et des prélèvements obligatoires croissants, c’est toute une classe moyenne qui est coincée et qui vire au populisme. En arrêtant l’horloge de l’histoire, elle fantasme qu’il serait souhaitable et possible de revenir à un passé d’autant plus prestigieux qu’il est en partie imaginaire.

* Professeur honoraire à l'EPFL





 
 

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