Sanctions: l'économie chinoise touchée mais pas à genoux

dimanche, 04.08.2019

Si l'économie souffre, rien ne dit cependant que Pékin cédera aux exigences de Washington, dont certaines, comme la fin des subventions aux entreprises publiques, risqueraient de saper la structure même du régime communiste.

Xi Jinping assure que "le navire de l'économie chinoise (peut) affronter les vagues". (Keystone)

"L'économie de la Chine s'effondre", assure régulièrement Donald Trump. En menaçant d'imposer des droits de douane supplémentaires à toutes les importations en provenance de Chine, le président américain espère faire plier le géant asiatique et le contraindre à un accord commercial.

La guerre commerciale s'est ajoutée aux nombreux défis auxquels la deuxième économie du monde fait déjà face: ralentissement de la croissance, surendettement, entreprises publiques inefficaces et déficitaires...

Dans ce contexte, les nouvelles sanctions promises par Donald Trump pourraient durement frapper l'économie chinoise, observent des analystes, qui s'attendent cependant à ce que Pékin fasse le dos rond en attendant des jours meilleurs.

Avant même les nouvelles menaces de Donald Trump, le président chinois Xi Jinping avait admis lundi dernier une situation "complexe" et appelé à "résister".

"Chaque fois que le Parti communiste chinois admet quelque chose, la réalité est généralement bien pire", estime dans une note le cabinet d'expertise SinoInsider.

Xi Jinping assure bien que "le navire de l'économie chinoise (peut) affronter les vagues". Mais la croissance s'est essoufflée au second trimestre, signant sa plus faible performance depuis au moins 27 ans, à 6,2%.

Pire, "il y a de fortes chances que l'économie chinoise se porte en fait beaucoup plus mal", croit savoir SinoInsider, doutant comme de nombreux experts de la fiabilité des statistiques nationales.

"Licenciements massifs"

Or, comme pour donner raison à Donald Trump, les derniers chiffres n'ont rien d'encourageant.

En juillet, l'activité manufacturière s'est contractée pour le troisième mois consécutif, plombée par les commandes à l'exportation.

Dans le même temps, le marché de l'emploi s'est dégradé au rythme le plus rapide depuis cinq mois, les entreprises diminuant les effectifs pour réduire leurs coûts, selon le groupe de médias financiers Caixin.

Signe de l'inquiétude du régime communiste, toujours obsédé par "la stabilité sociale", le Premier ministre Li Keqiang a appelé la semaine dernière à prendre davantage de mesures pour soutenir l'emploi et prévenir "les risques de licenciements massifs et de chômage".

Mais les sanctions commerciales américaines ne sont pas seules en cause.

"Contrairement aux affirmations de Trump, le ralentissement de l'économie chinoise est principalement dû à des facteurs intérieurs", tempère Max J. Zenglein, du Mercator Institute for China Studies (Allemagne).

Pour autant, la prochaine salve de droits de douane, promise pour le 1er septembre, "va être un électrochoc" pour le secteur manufacturier, déjà très éprouvé par la guerre commerciale, relève Rajiv Biswas du cabinet IHS Markit, rappelant que les Etats-Unis sont le premier débouché des exportations chinoises.

"Le domaine de l'électronique est particulièrement vulnérable, car de nombreux produits exportés vers les États-Unis, comme les smartphones, seront soumis à cette nouvelle série de surtaxes douanières", prévient-il.

Un dilemme

Si l'économie souffre, rien ne dit cependant que Pékin cédera aux exigences de Washington, dont certaines, comme la fin des subventions aux entreprises publiques, risqueraient de saper la structure même du régime communiste.

Le gouvernement chinois devrait donc chercher à gagner du temps, en espérant --commme l'en accuse Donald Trump-- qu'un nouveau président plus accommodant soit élu l'an prochain.

Pékin pourrait ainsi choisir de laisser filer sa monnaie afin de soutenir les exportations. Il s'agirait d'un "levier" supplémentaire dans les négociations avec Washington, souligne Ken Cheung, stratège à Mizuho Bank.

La Chine dispose d'une autre option --écartée jusqu'à présent par les autorités: une politique de relance avec des investissements massifs.

Le danger est que cela "augmente les risques financiers", fait remarquer Shi Yinhong, professeur de relations internationales à l'Université du peuple à Pékin, rappelant la priorité donnée par Pékin au désendettement.

"C'est un dilemme (...) il n'y a pas beaucoup de façons de maintenir la croissance".

Pour moins dépendre des exportations, Pékin tente plus généralement de changer son modèle de croissance, en mettant davantage l'accent sur la consommation intérieure.

Mais cette stratégie "ne peut fonctionner qu'en augmentant les salaires" et elle nuirait à la compétitivité, remarque l'économiste Raymond Yeung, de la banque ANZ.

Pour échapper aux surtaxes douanières, certaines entreprises présentes en Chine ont déjà commencé à déplacer leur production vers d'autres pays, comme le Vietnam, où la main d'oeuvre est moins chère.

Et politiquement, à l'approche du 70e anniversaire de la fondation de la Chine communiste le 1er octobre, il semble difficile pour Xi Jinping de céder à Trump.

Avec ses nouvelles menaces, le président américain a "réduit la probabilité d'un accord" avec la Chine, estime Louis Kuijs, du cabinet Oxford Economics. Au contraire, Pékin va se montrer "plus déterminé à se préparer à des tensions économiques à long terme". (awp)





 
 

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