Responsabilité des entreprises: du changement en 2019?

mardi, 22.01.2019

Jonathan Normand*

Jonathan Normand

La nouvelle année vient à peine de commencer et dans l’écho des turbulence européenne et international, on perçoit encore plus le besoin de réaligner le rôle des entreprises avec les Objectifs du développement durable (ODD) de l’Agenda 2030. En Suisse, la question de la responsabilité des entreprises occupe le devant de la scène médiatique. La visite en Zambie du conseiller fédéral Cassis à une entreprise suisse décriée pour son manque de respect des droits humains et de l’environnement a fait grand bruit: le débat sur la responsabilité des entreprises est lancé.

Au niveau politique, les membres de la Chambre Haute devront se prononcer au printemps sur l’adoption d’un contre-projet à l’initiative «pour des multinationales responsables». Les deux visent à forcer les entreprises multinationales à agir de manière responsable en termes de droits humains et d’environnement. Nos voisins européens nous devancent. Parmi eux, la France avait ouvert la voie avec sa loi sur le devoir de vigilance en 2017 et la Finlande a lancé une campagne sur ce même thème, soutenue à la fois par des entreprises et la société civile. La partie n’est pas encore gagnée chez nous. Si la responsabilisation des entreprises est aujourd’hui souvent perçue comme la clé du futur, la pression des grands lobbies économiques reste forte pour contrer toute tentative d’avancée.

Pourtant, développer des affaires de manière responsable ne peut que préserver voire même accroître le positionnement aux regards des consommateurs, clients et investisseurs.  Le WBCSD déclare que la réalisation des ODD a le potentiel de générer au moins 12 000 milliards de dollars par an en opportunités de marché et créer jusqu’à 380 millions de nouveaux emplois d’ici à 2030. Cela en plus de l’opportunité pour maintenir la réputation d’excellence si chère aux entreprises suisses. Sous le nom d’Economie pour des entreprises responsables**, 90 entrepreneurs se positionnent en novembre 2018 en faveur de l’initiative pour défendre l’introduction de mesures légales permettant à tous de jouer sur un même pied d’égalité. Il n’est pas normal que les irresponsables soient récompensés par un avantage concurrentiel, sans considérer le déficit immatériel causé à toute l’économie suisse. Malheureusement, les voix de l’économie sont bel et bien divisées. D’un côté  celles qui défendent un statu quo poussiéreux déconnecté des enjeux systémiques, de l’autre,  celles qui sont prêtent pour demain.

L’exigence de la responsabilisation des entreprises favorise une croissance viable et durable, valorisée par une économie fondée sur des valeurs soutenant une justice sociale et environnementale. Même si les lobbies économiques continuent de fermer les yeux sur le comportement des mauvais élèves sans réaliser qu’ils ont un train de retard, la discussion sur la responsabilité sociale et environnementale continuera d’aller de l’avant.

L’année 2019 sera celle du changement, comme l’indique Klaus Schwab, il faut un retour à la morale dans l’économie, elle le doit face aux tensions populaires grandissantes sur le globe. Le Forum de Davos cette semaine nous en donnera certainement des échos et qui seront utiles pour nos entreprises afin prendre le train en marche, à moins qu’ils préfèrent rester passivement sur le quai.

* Founder et Executive Director, B Lab (Suisse)

**www.entreprises-responsables.ch





 
 

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