Le Make in India pour les industriels de l'armement

dimanche, 20.08.2017

Premier importateur d'armement de la planète, l'Inde prévoit de dépenser des dizaines de milliards d'euros pour moderniser son armée. Autant de contrats potentiels qui font tourner la tête aux fabricants d'armes mondiaux, mais s'assortissent de strictes conditions pour produire localement.

Le Premier ministre Narendra Modi veut remettre sur pied l'armée indienne. (Keystone)

Le Premier ministre Narendra Modi veut remettre sur pied l'armée indienne, insuffisamment équipée et à l'arsenal de plus en plus obsolète, pour faire face aux défis géopolitiques de l'Asie du Sud, notamment l'affirmation de la puissance chinoise.

Le dirigeant nationaliste hindou rêve, à terme, de rendre son pays indépendant en matière de technologies militaires et de limiter ses importations étrangères. Tous les appels d'offres du secteur de l'armement contiennent donc des clauses exigeantes de "Make in India".

Pour les acteurs de l'armement occidentaux, délocaliser une partie de la production en Inde est donc un passage obligé pour décrocher certains des lucratifs contrats.

Airbus, par exemple, espère bien équiper les forces indiennes de ses hélicoptères Panther. Le groupe européen a indiqué être ouvert, s'il remportait ce contrat de plusieurs milliards d'euros et s'étalant sur plus d'une décennie, à l'installation d'une usine majeure en Inde.

Les hélicoptères Panther sont actuellement produits à Marignane, dans le sud de la France.

L'américain Lockheed Martin, qui se tient dans l'attente d'un appel d'offres pour des avions de combat monomoteurs, a lui récemment annoncé avoir signé un accord avec le groupe Tata pour fabriquer des F-16 en Inde.

Dans le domaine de la construction navale, l'allemand ThyssenKrupp Marine Systems et le français Naval Group (DCNS) sont eux sur les rangs pour produire des sous-marins en Inde, alléchés par un contrat pouvant aller jusqu'à 10 milliards de dollars.

En poussant les industriels étrangers à produire sur son territoire, le gouvernement nationaliste hindou espère dynamiser les créations d'emplois dans son pays. Celles-ci sont actuellement en berne, à l'heure même où un million de jeunes Indiens rentre chaque mois sur le marché du travail.

La croissance indienne est l'une des plus rapides des grandes économies de la planète mais a déçu l'année dernière. Sur l'année financière 2016-2017, le PIB indien a crû de 7,1%, contre 8% sur l'exercice précédent.

Champions nationaux

À l'image de ce qu'a réalisé la Chine, New Delhi escompte, grâce aux transferts de technologies progressifs, créer des champions nationaux du secteur de la défense. Par un effet boule de neige, leur émergence entraînerait alors la naissance de tout écosystème de fournisseurs autour d'eux.

Dans le cadre de l'achat de 36 Rafale par l'Inde l'année dernière, l'avionneur français Dassault - contractuellement obligé de réinvestir sur le sol indien la moitié des sommes perçues - s'est ainsi associé au conglomérat Reliance Group pour une coentreprise.

Pour les industriels indiens, les clauses de "compensations" des contrats d'armement constituent donc une aubaine.

"Vous ne connaissez rien à l'industrie de la défense et vous allez vous retrouver partenaire d'un leader mondial pour fabriquer des équipements hautement sophistiqués. La seule raison pour laquelle il vous parle est que le gouvernement l'en a obligé", résume Dhiraj Mathur, analyste du secteur de la défense à PwC.

Cependant, le "Make in India" a encore des progrès énormes à réaliser en termes de savoir-faire. Au début de l'été, le département d'audit du gouvernement s'est alarmé du haut taux d'échec d'un système de missiles indigène dans lequel New Delhi a investi des sommes pharaoniques.

Par ailleurs, les sociétés étrangères restent réticentes face à un droit indien qui les cantonne à une position minoritaire dans les coentreprises de l'armement.

"Laissez-nous diriger, laissez-nous avoir la majorité", plaide ainsi Ashish Saraf, vice-président pour le développement industriel d'Airbus en Inde.

Il suggère une solution intermédiaire où les compagnies étrangères détiendraient au début la majorité des parts. Une proportion qui diminuerait au fur et à mesure que le partenaire indien gagne en expertise et expérience. (awp)


 

 


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