Wine Picker: l’e-sommelier dans votre poche

jeudi, 13.12.2018

Œnologie. Développée entre Londres et Renens, l’application britannique séduit déjà au Royaume Uni, aux Etats-Unis mais aussi en Suisse où elle répertorie 60 restaurants.

Sophie Marenne

Julien Sahut, Josselin Guibert & Kristina Boikova forment l’équipe de la start-up lancée en mai 2017.

Pays, région, cépage, producteur, année,... Les critères pour choisir une bouteille sont un casse-tête pour les novices. Rien qu’en Suisse, il existe plus de 200 cépages différents dont pas moins de 40 indigènes. «C’est compliqué de s’y retrouver», souffle Josselin Guibert, CEO de Wine Picker. «Notre start-up rend l’univers vinicole moins obscur.» Sa solution: un sommelier virtuel, sous forme d’application pour smartphone, qui aide le public à s’orienter à travers la sélection d’un établissement. Il décrit: «En fonction du plat que vous choisissez mais aussi de votre budget ainsi que de la cotation des vins de la cave, notre app vous recommande cinq choix optimaux.»

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Par exemple, si vous prenez un tartare de bœuf au Côté Cour Côté Jardin, à Genève, Wine Picker vous dirigera vers un Apologia Grand Metral de 2015. Si vous mangez un filet de perche au restaurant du Port de Pully, il vous conseillera un Chablis Moreau Naudet de 2015. Si vous commandez des moules marinière à l’Aarbergerhof de Berne, il vous indiquera un Rueda Oro de Castilla de 2016. En sus, le système s’adapte au nombre de convives car il désigne le vin en harmonie avec quatre plats différents, au maximum.

Impact helvétique

Le nombre d’utilisateurs de la jeune application britannique dépasse la barre des 15.000. Ceux-ci se répartissent entre le Royaume-Uni, les Etats-Unis et la Suisse. Si la confédération helvétique se retrouve sur ce podium, c’est parce que le système y a en partie été développé. «En Europe, il existe peu d’accélérateurs de start-up qui se consacrent au segment de la nourriture. Le seul qui me semblait pertinent est celui de MassChallenge, à Renens. Il offre un bel écosystème dédié au food & beverages business», dit Josselin Guibert qui y est resté un peu plus de quatre mois.

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Sur les 600 restaurants déjà répertoriés, une soixantaine est située sur le territoire helvétique, principalement à Berne, Genève, Lausanne et Zurich. L’un d’entre eux est le lausannoise Eat Me. Selon son cofondateur Mark Brownell, Wine Picker est une solution intéressante. «Nous n’avons pas de sommelier qualifié dans notre staff. L’idée d’être assisté par un sommelier virtuel est donc séduisante, c’est pourquoi, en janvier, six de nos serveurs utiliseront eux-mêmes l’application lors d’une phase de test. Nous espérons ainsi fournir des recommandations de qualité. Reste cependant à voir comment les consommateurs réagiront.

Une querelle de comptoir

Josselin Guibert et son associé Julien Sahut, ont accouché de ce sommelier virtuel en mai 2017. A l’origine du projet: un débat entre ces deux Français habitant à Londres sur la meilleure façon de sélectionner un vin. Le premier, ingénieur, soutenait que le Big Data répondrait de façon idéale à cette question car au vu de la masse de données à considérer, le meilleur choix relève forcément d’un algorithme. Le second, sommelier, arguait qu’au regard de la science vinicole, rien ne supplanterait l’expérience.

Dans l’impossibilité de se mettre d’accord, ils se sont lancé un défi. Dans leur restaurant favori à la cave bien achalandée, Josselin Guibert a choisi cinq vins grâce à un algorithme développé rapidement; Julien Sahut a fait de même, sur la base de ses connaissances. «Résultat: nous avions élu les mêmes bouteilles, à l’exception d’un cru hongrois qui s’est révélé extraordinaire et que Julien ne connaissait pas», sourit le CEO.

Un service clé en main pour les restaurateurs

«Les données ont une valeur indubitable dans le vaste univers vinicole. Il y a à peu près 500.000 vins dans le monde – sans compter les années. Même si vous êtes un excellent sommelier, jamais vous ne pourrez tout connaître.»

L’ajout d’une carte des vins dans Wine Picker est automatisé. Il suffit de la charger dans l’application, sous forme de document ou de photo puis, une minute plus tard, l’outil est prêt. «Le seul bémol survient si vous faites une photo d’une carte à la police d’écriture trop alambiquée.»

Construite grâce à des fonds propres, la start-up compte dégager des revenus en facturant des services supplémentaires aux restaurateurs: la gestion de leur carte des vins, l’analyse des données et, à l’avenir, un service éducatif pour entraîner les serveurs.

La prochaine étape dans le développement de Wine Picker sera d’aider les tenanciers à comprendre les goûts de leur clientèle. L’entrepreneur affirme: «La vente de vin représente à peu près 30% des revenus d’un établissement. Si le gérant dispose d’informations telles que la consommation en fonction du jour de la semaine, de l’heure et du plat, il peut améliorer son offre.» Josselin Guibert estime que Wine Picker augmenterait ainsi les ventes de vin de 10 à 20% dans un restaurant.





 
 

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