L’ambiguïté de la Chine en matière de dette d’entreprise

mercredi, 17.07.2019

Obligataire. Plus de 40 milliards de dollars de dette de 57 sociétés chinoises, avec échéance 2019, sont sous pression.

Catherine Reichlin*

«Quand le ciel lâche une groseille, ouvre la bouche» nous dit un proverbe chinois. Mais les entreprises chinoises, et le marché, auraient-ils eu les yeux plus gros que le ventre? Entre 2007 et 2017, selon Bloomberg, le ratio de dette d’entreprise par rapport à la croissance en Chine est passé de 101% à 160%, permettant ainsi au pays de financer une partie de sa croissance économique par la dette.  

En 2016, l’augmentation du levier mène pourtant le gouvernement à lancer une campagne de désendettement pour réduire le risque financier de son économie. Les entreprises les plus fragiles ont dès lors peiné à trouver des (re)financements et la hausse des défauts en 2018 a cristallisé cette situation. Après une accalmie en début d’année, le ralentissement conjoncturel amène les nuages à s’amonceler à nouveau.

Au 11 juillet, plus de 40 milliards de dollars de dette appartenant à 57 sociétés chinoises et arrivant à échéance en 2019, sont sous pression. Plus de 12 milliards de dette chinoise offre un rendement supérieur à 15% ce qui donne un autre angle de vue sur les tensions. Depuis le début de l’année, le montant de défaut sur la dette chinoise «offshore» se monte à 1,77 milliard, dont cinq obligations libellées en dollars. Le montant de dette «onshore» est plus important puisqu’il dépasse les 8 milliards, et si 29 entreprises privées ont fait défaut, 46 étaient publiques.

La Chine fait des efforts pour tenter de redorer son image et chasse les fraudeurs. La Commission de régulation chinoise des marchés vient de rendre les conclusions d’une enquête sur une entreprise active dans les matériaux de base (Kangde Xin Material) qui a prétendu avoir réalisé 1,7 milliard de profits entre 2015 et 2018.

En janvier, la société n’avait pas réussi à rembourser un emprunt de 1 million de yuans alors que quatre mois auparavant elle affirmait avoir suffisamment de cash pour rembourser 15 fois ce montant! La Commission a annoncé qu’elle imposera de sévères sanctions à la compagnie et à ses dirigeants. Cela sera aussi le cas pour la société pharmaceutique Kangmei qui a admis avoir surestimé ses positions en cash en produisant de faux documents.

Cet effort de gouvernance est-il suffisant pour alléger le scepticisme croissant des marchés quant à la qualité des informations fournies par les entreprises chinoises? Pas réellement si l’on en croit, par exemple, l’écartement de rendement de près de 200bp entre les sociétés immobilières chinoises connues et leurs consoeurs moins connues.

Pourtant la Chine continue à faire des efforts et commence des rencontres avec des investisseurs européens à Francfort et à Londres. De quoi nourrir les espoirs de nouvelles émissions obligataires en euros qui seraient les premières depuis 2004! Un bon exemple de la schizophrénie et de la boulimie des marchés qui n’auront sans doute pas besoin de soigner leurs pathologies aussi longtemps que les banques centrales continueront de lâcher des groseilles.

* Responsable recherche financière, Mirabaud & Cie





 
 

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