Les inquiétudes profitent aux obligations gouvernementales

lundi, 11.03.2019

Obligataire. Après deux mois de rattrapage épique, les actifs risqués entrent dans une phase hésitante.

François Christen*

La vague d’euphorie qui a porté les actifs risqués depuis le début de l’année s’est finalement éteinte pour donner lieu à un repli des actions et à un léger creusement des primes de risque associées aux emprunts d’entreprises. Cette transition du «risk on» au «risk off» est aussi reflétée par une revalorisation des obligations du Trésor US. Le rendement du «T- Note» à dix ans s’est ainsi replié d’une douzaine de points de base pour s’établir à 2,63%. 

Cette première correction significative des actifs risqués de 2019 n’est ni surprenante, ni franchement inquiétante, après plusieurs semaines de reprise favorisée par le revirement de la Réserve Fédérale américaine, des résultats d’entreprises un peu meilleurs qu’escomptés et l’espoir d’une résolution du différend commercial opposant les Etats-Unis à la Chine. En hausse de plus de 10% à fin février, l’indice S&P 500 était voué à connaître une phase plus hésitante avant d’établir, peut-être, un nouveau sommet historique...

Interprétations divergentes

La récente fébrilité des marchés financiers trouve son explication dans une actualité conjoncturelle mitigée et une certaine impatience quant à l’issue des négociations entre la Chine et les Etats-Unis. La signature d’un accord avant la fin du mois reste probable, mais les rapports entre les deux parties demeurent tendus en dépit des concessions accordées par une Chine dont la montée en puissance n’a pas fini de bouleverser l’ordre économique mondial.

En matière conjoncturelle, le rapport de l’emploi publié vendredi aux Etats-Unis se prête à des interprétations divergentes. L’embauche nette chiffrée à 20.000 s’est révélée très décevante, mais le déclin du taux de chômage de 4% à 3,8% met en évidence un marché du travail porteur. La progression de l’emploi entre décembre et février atteint 186.000 postes en moyenne, soit près du double de la progression démographique sous-jacente. La robustesse des créations d’emplois dans le secteur privé (183.000 en février selon ADP) invite aussi à dédramatiser la portée du chiffre dévoilé par le Département du travail. Le déclin du chômage s’accompagne d’une augmentation du salaire horaire moyen (0,4% mensuel, 3,4% en glissement annuel). Sans être alarmante, cette accélération mérite une surveillance attentive car un dérapage plus marqué pourrait conduire la Réserve fédérale à reconsidérer cette «patience» qui a tant fait pour rétablir la confiance des investisseurs.

L’augmentation marquée de l’indice ISM consacré aux secteurs non manufacturiers (59,7 en février après 56,7 en janvier) met en lumière une tendance qui se manifeste aussi en Europe. Les entreprises de services se portent sensiblement mieux que l’industrie manufacturière, davantage affectée par le refroidissement du commerce mondial. A cet égard, on relève une forte augmentation du déficit commercial des Etats-Unis en décembre (59,8 milliards, au plus haut depuis dix ans) en lien avec un recul persistant des exportations et des importations soutenues. Enfin, le rebond des ventes au détail (0,9% mensuel, 2,5% en glissement annuel) rassure après le passage à vide observé en décembre.

Efforts de relance

En Europe, les taux d’intérêt à long terme sont aussi orientés à la baisse sous l’influence des facteurs globaux et du message apaisant transmis par la BCE à l’issue de la dernière réunion du Conseil des gouverneurs. La banque centrale a annoncé qu’elle prévoyait de maintenir ses taux d’intérêt directeurs jusqu’à la fin de l’année au moins (et non plus la fin de l’été). Pour accentuer ses efforts de relance, la BCE prêtera davantage de fonds à long terme aux banques commerciales par le biais d’une troisième série de «T-LTRO». Sans surprise, la BCE continuera à réinvestir l’ensemble des remboursements issus de son portefeuille d’actifs. 

Les mesures prises par la BCE répondent à une dégradation des perspectives de croissance mise en lumière par des projections revues à la baisse: la croissance du PIB est désormais prévue à 1,1% en 2019, puis à 1,6% en 2020 (1,7% précédemment attendus pour les deux années). Le redressement de l’inflation devrait se révéler plus lent qu’escompté avec un retour à 1,6% à l’horizon 2021. Les derniers indicateurs confirment la méforme du secteur manufacturier, notamment en Allemagne où production et commandes ont fléchi en janvier. On observe cependant une reprise en France et en Italie, ainsi qu’un renforcement de la marche des affaires du côté des services si l’on se fie au rebond du PMI (52,8 après 51,2), ce qui corrobore le scénario de reprise graduelle escompté par la BCE.

L’heure de la vérité... ou pas

Au Royaume-Uni, c’est l’heure de vérité... ou pas. La Chambre des communes doit se prononcer aujourd’hui sur l’accord négocié par le gouvernement May avec l’UE, mais on parle d’un nouveau report du vote à moins de deux semaines d’une échéance qui pourrait aussi être différée si les tenants d’un «Brexit» moins contraignant s’obstinent à refuser la proposition validée par les autres pays de l’Union européenne. 

Sans surprise, les emprunts en francs suisses se sont conformés à la tendance générale pour retrouver des niveaux de rendements dissuasifs (-0,4% à dix ans d’échéance), hormis pour les épargnants les plus prudents souhaitant conserver une valeur-refuge éprouvée dans leur portefeuille.

*Banque Profil de Gestion SA à Genève





 
 

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