Les enfants, cible de choix pour les géants technologiques

dimanche, 10.12.2017

Messageries pour enfants, ordinateurs dans les écoles : des géants technologiques comme Facebook ou Google tentent de fidéliser, dès leur plus jeune âge, les enfants à leurs produits, au grand dam des associations de protection de l'enfance.

Facebook vient de lancer Messenger Kids, une version de sa messagerie pour les 6-12 ans. (Keystone)

En lançant lundi dernier aux Etats-Unis Messenger Kids, une version de sa messagerie pour les 6-12 ans, Facebook a pour la première fois mis le pied sur ce marché sensible.

Le groupe américain marche sur des oeufs et assure que l'application est conforme à la réglementation sur la protection des enfants sur internet. Dans cette version, les parents contrôlent par exemple la liste des contacts et il n'y a ni publicité ni achats intégrés.

Facebook jure répondre à un "besoin" des parents, avides de protéger leurs enfants des dangers potentiels de la technologie et d'internet. Puisqu'ils y sont de toutes façons exposés en permanence, autant qu'ils le soient de façon sécurisée, tel est le credo de nombreux groupes technologiques.

"Aujourd'hui, les parents autorisent de plus en plus leurs enfants à utiliser tablettes et smartphones mais ont souvent des inquiétudes sur la façon dont leurs enfants les utilisent", écrit Facebook sur son blog.

L'association "Center for Digital Democracy" (Centre pour la démocratie numérique) reconnaît en l'occurrence "une approche responsable" de la part de Facebook tandis que "Consumer Watchdog" (consommateurs) salue les "garde-fous" prévus --en particulier l'absence de publicité--, comme l'explique John Simpson, responsable des questions de vie privée au sein de l'association.

C'est un pis-aller, soulignent aussi les associations: "idéalement, les jeunes enfants ne devraient pas être confrontés à ce genre d'environnement", estime Jeff Chester, du "Center for Digital Democracy", notant que "la pression sur les parents pour qu'ils laissent leurs enfants utiliser ces services est énorme".

M. Simpson ajoute que l'impact de l'usage de la technologie par les jeunes enfants sur leur développement et leur socialisation est encore mal connu.

"Googlification" des écoles

Les entreprises assurent vouloir protéger les enfants. Pour autant, "elles n'agissent pas par générosité ou bonté d'âme, elles le font pour créer une base de futurs clients fidèles", pointe par ailleurs John Simpson.

Avec Messenger Kids, Facebook "habitue les enfants à passer du temps sur internet et les réseaux sociaux", abonde David Monahan, de la "Campagne pour une enfance sans publicité".

Pour lui, la démarche s'apparente à celle d'autres entreprises, comme Google, qui inonde depuis 5 ans le système scolaire américain avec ses "Chromebooks", appareils intermédiaires entre ordinateur portable et tablette.

Sur son site dédié "Google for Education", le groupe cible explicitement les écoles, vantant le prix "abordable" du Chromebook et sa "facilité d'utilisation". "C'est pourquoi les écoles américaines en ont fait leur appareil (électronique) numéro un", vante le géant de la Silicon Valley, assurant que ses produits favorisent la réussite en classe.

Vendre aux écoles n'est pas une nouveauté --Apple, Microsoft ou HP le font depuis longtemps-- mais Google a largement triomphé sur ce terrain, au point que le New York Times évoquait récemment la "Googlifcation des salles de classes".

Avec les Chromebooks, les enfants sont imprégnés de tout un écosystème d'applications: moteur de recherches mais aussi Google Docs pour rédiger les rédactions, Gmail pour envoyer des courriels, etc...

Et, Google facture 30 dollars de licence par appareil et affirme que plus de 20 millions d'enfants et adolescents dans le monde l'utilisent en milieu scolaire.

Le fait que Google soit perçu comme un partenaire de l'école légitime le produit comme un bon outil, observe David Monahan.

Les associations s'inquiètent aussi de la protection des données personnelles des enfants collectées par les entreprises, que soit des groupes technologiques ou des fabricants de jouets connectés par exemple.

Mattel a d'ailleurs récemment renoncé, après une levée de boucliers, à commercialiser une enceinte connectée pour enfants, accusée d'atteinte à la vie privée et d'exposer les enfants à la publicité ou aux pirates informatiques. (awp)





 

 

 

 


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