L’obscurantisme de gauche au Conseil d’Etat

dimanche, 10.02.2019

Jacques Neirynck *

Jacques Neirynck

Charles Péguy avait coutume de dire qu’en face des «curés» de droite, enfermés dans leurs certitudes rancies, il y avait aussi les «curés» de gauche. A l’obscurantisme classique des conservateurs répondait un nouvel obscurantisme de gauchistes, figés dans une pensée unique.

De part et d’autre, on se barricade dans ce qui devient une idéologie, renfermée dans une sorte de catéchisme qui empêche de réfléchir.

On vient d’en avoir une illustration avec la campagne du parti socialiste vaudois en faveur de la candidature de Rebecca Ruiz au Conseil d’Etat. La candidate est aussi sympathique que compétente et mérite le siège.

Des valeurs plus pointilleuses

Cependant, la présidente du PS vaudois, a précisé lors de la présentation de la campagne aux médias: «Nous nous réserverons la possibilité de refuser des dons s’ils viennent de personnes dont l’activité contrevient aux valeurs que nous prônons». Cela va de soi, si l’on entend que tout parti refusera de l’argent venu de l’étranger ou encore de criminels avérés. Fallait-il même énoncer cette lapalissade?

Oui, car les valeurs prônées par le PS sont plus pointilleuses que celles de la loi ou de l’éthique. «Le règlement n’autorisera que les dons de particuliers et interdira ceux des entreprises ou des personnes morales.»

Et enfin: «Il n’y aura pas de don de M. Paulsen pour cette campagne». On se souviendra que cet industriel avait, à titre privé, encouragé la campagne de Géraldine Savary, blâmée de ce fait par le parti et exclue de la prochaine candidature à son siège au Conseil des Etats.

«Les valeurs que nous prônons» comportent donc la condamnation des entreprises en tant que telles, en tant qu’associations de quasi-malfaiteurs. Comment s’en passer? Comment créer et maintenir des emplois? Les dirigeants de ces entreprises sont-ils soupçonnés de magouilles obscures et de corruptions d’élus par le PS?

Une prise de position inquiétante

En réalité, M. Paulsen est un résident du canton de Vaud, homme d’affaires suédois, apparemment de sensibilité social-démocrate. Ce généreux mécène distribue des subsides bien au-delà que ce que seraient ses impôts. Pourquoi un industriel ne pourrait-il pas soutenir le PS?

Cette prise de position politique est inquiétante: elle jette le discrédit sur un honnête homme. Certes les dirigeants du PS ne croient pas un instant que le seul contact avec un social-démocrate suédois richissime puisse corrompre leur parti ou leurs élus.

Mais ils croient que leurs électeurs le croient, ils les méprisent à ce point. Ils estiment que le membre de base du parti est par définition un illuminé de gauche, maudissant l’économie libérale et jaloux des riches.

Dès lors que la campagne s’oriente vers une polarisation des extrêmes, il reste à mentionner qu’il y a tout de même un candidat du centre et qu’il mérite une attention certaine.

* Professeur honoraire EPFL





 
 

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