Commentaire obligataire: New Défi

lundi, 23.07.2018

L'Inde est l'un des marchés obligataires émergents qui souffre le plus. Une nouvelle hausse des taux n'est pas exclue en août.

Gianni Pugliese*

Le marché des obligations d’entreprises a considérablement progressé au cours de la dernière décennie et représente près du quart de l'encours total du crédit.

Si les marchés obligataires émergents ont la vie dure cette année, certains souffrent plus que d’autres. C’est le cas de l’Inde en particulier, dont la devise s’est dépréciée de plus de 7% contre le dollar. Le pays a beau être moins exposé que le reste de l’Asie aux tensions commerciales avec les Etats-Unis, il n’en échappe pas moins aux prix plus élevés du pétrole, à la hausse des rendements américains et aux préoccupations liées à son double déficit.

Les attentes d'une inflation plus élevée ont poussé la Banque centrale indienne à relever ses taux d'intérêt de 25 points de base (pb) à 6,25% en juin, pour la première fois depuis janvier 2014. Une seconde hausse n’est d’ailleurs pas exclue lors de la réunion qui se tiendra le 1er août. Les rendements des obligations gouvernementales ont grimpé sur toute la courbe et les flux sortants ont fortement augmenté.

Conséquences de la hausse des rendements

Depuis le début de l’année, les investisseurs étrangers ont vendu l’équivalent de 6,4 milliards de dollars d'obligations alors qu’il y a un an, ils en avaient acheté pour 16,3 milliards. Les conséquences de la hausse généralisée des rendements sont déjà visibles. Le crédit bancaire domine toujours en tant que source de financement, mais la taille du marché des obligations d’entreprises a considérablement progressé au cours de la dernière décennie et représente actuellement près du quart de l'encours total du crédit (Bloomberg). La taille est assez importante pour qu’une hausse des coûts d’emprunts réduise l’activité sur le marché primaire, se répercute sur la croissance du crédit et sur l'activité commerciale. Nul doute que cela pose un risque non négligeable pour la croissance du PIB.

Bloomberg estime que l'encours des obligations d’entreprises s'élève à 27.400 milliards de roupies à fin juin 2018 contre 3300 milliards il y a 10 ans. Cela équivaut à 24,1% du crédit combiné de 113.600 milliards, y compris les prêts bancaires. Le rythme de croissance des nouvelles émissions d’entreprises a reculé au cours de la dernière année : une hausse de 12,8% en glissement annuel en juin contre 16,6% en mars, 20,4% en décembre 2017 et 28.3% en juin 2017. Les rendements des obligations d’entreprises notées AAA localement (BBB international) à 10 ans ont grimpé entre 120 et 130 pb sur un an pour atteindre environ 8,6%. L’ampleur de la hausse des rendements étatiques à 10 ans a été similaire.

La dette est détenue par des acteurs domestiques

Alors quelles sont les perspectives pour les obligations indiennes ? Probablement plus favorables en cas d’apaisement du contexte commercial international. Mais il importe surtout que le sentiment des investisseurs indiens s’améliore puisque les obligations du pays sont largement détenues par des acteurs domestiques, contrairement aux investisseurs étrangers qui ne détiennent qu’une petite proportion de la dette. Un premier petit coup de pouce pourrait d’ailleurs venir de la Banque centrale si elle devait décider d’acheter des obligations étatiques afin d’injecter des liquidités dans le système bancaire. Qui sait...

* Mirabaud





 
 



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