Libre-échange: les pas en avant dominent encore la hausse du protectionnisme

lundi, 15.07.2019

*Marie Owens Thomsen

Marie Owens Thomsen

L’accord de libre-échange africain (AfCFTA) a obtenu le quorum nécessaire pour son lancement en avril 2019 avec sa ratification par 22 pays. Fait nouveau, le Nigeria le signera également cette semaine, comme l’a confirmé le président Buhari le 2 juillet. L’accord vise un marché unique d’environ 1,2 milliard de personnes, ce qui devrait augmenter le commerce intra-africain de 52% d’ici 2022, selon la Commission économique pour l’Afrique.

Vendredi 5 juillet, un accord entre l’Union européenne et le Mercosur a été annoncé. Le Mercosur comprend l’Argentine, le Brésil, le Paraguay, et l’Uruguay. L’accord est négocié depuis 20 ans, et c’est la première fois que le Mercosur conclut avec un partenaire commercial majeur. L’Europe est déjà le partenaire le plus important du Mercosur en ce qui concerne le commerce et l’investissement, et le second dans le commerce des biens manufacturés. L’Europe devrait éviter environ 4 milliards d’euros d’impôts grâce à cet accord, soit quatre fois plus que les gains réalisés dans le cadre de l’accord conclu entre l’Union et le Japon. 

Ces deux exemples s’inscrivent dans les mesures prises partout dans le monde, que ce soit en faveur d’échanges commerciaux plus libres, ou à leur encontre. L’OMC, l’Organisation mondiale du commerce, a recensé les actions de ses membres entre octobre 2017 et mai 2018, et identifie 75 nouvelles restrictions sur le commerce mondial - presque 11 nouvelles restrictions par mois, contre une moyenne de 9 par mois auparavant. Ainsi, il n’y a pas de doute, le protectionnisme est en marche. 

Mais on parle peu de la croissance, plus rapide encore, des mesures visant à faciliter les échanges. Sur la même période, l’OMC identifie 89 actions de facilitation, soit 13 par mois et au-delà de la moyenne préalable de 11 par mois. Les échanges mondiaux concernés par les mesures de facilitation s’élèvent à 107 milliards de dollars, contre 84 milliards de dollars d’échanges frappés par les mesures protectionnistes. Un chiffre positif qui devrait, si l’on prenait la peine d’en parler, soulager quelque peu le côté émotionnel des marchés financiers sur ce sujet. Toutefois, il faut reconnaître que le ratio entre ces chiffres a diminué puisque les échanges visés par les mesures de facilitation étaient, avant 2017, deux fois supérieurs à ceux concernés par des mesures protectionnistes.

Malheureusement, tout laisse à penser que la guerre commerciale continuera de perturber l’économie mondiale et les marchés financiers pendant toute la durée du mandat de l’administration américaine actuelle. A la lumière des chiffres du commerce international, l’angoisse américaine est quelque peu compréhensible. Concernant les exportations des biens manufacturés, la Chine domine le monde, représentant 16% du total en 2017, suivi par l’UE à 15% et les Etats-Unis à 11%. Les Etats-Unis sont les plus grands importateurs au monde, avec 17% contre 15% pour les Européens et 13% pour la Chine. Il serait probablement plus opportun pour les Etats-Unis d’exploiter leur avantage compétitif dans le domaine des services. L’Union européenne domine les échanges des services avec 25% du total des exportations mondiales, contre des importations à hauteur de 20%. Les Etats-Unis exportent 19% des services dans le monde, et importent 13%. La Chine arrive loin derrière avec près de 6% des exportations de services, contre 12% des importations. Voilà l’avantage à ne pas perdre. 

* Global Head of Economic and Investment Research, Indosuez Wealth Management





 
 



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