Europe: peut-on espérer un retournement de tendance?

mercredi, 13.02.2019

Les arguments qui soutiennent le scénario du rebond sont solides. Les facteurs négatifs vont finir par s’atténuer.

François-Xavier Chauchat*

La solidité de l’économie US et le nouveau discours accommodant de la Réserve Fédérale ont permis la poursuite de la reprise boursière fin janvier. L’Europe, cependant, ne lasse pas d’inquiéter les observateurs, avec une économie qui continue de ralentir, une Banque centrale européenne qui semble passive, voire paralysée, et l’épée de Damoclès d’un Brexit «dur» toujours en place.

Les faits d’abord. Les estimations du PIB de la zone euro au quatrième trimestre (+0,2% sur le trimestre, +1,2% sur un an) nous ont confirmé que la croissance économique est repassée en dessous de son potentiel pour la première fois depuis 2013. 

Dans deux pays de la zone euro, l’Italie et sans doute l’Allemagne, une «récession technique» a eu lieu au deuxième semestre 2018, puisque ces deux pays ont enregistré deux trimestres consécutifs de baisse du PIB. Les enquêtes les plus récentes auprès des entreprises et des ménages font craindre que le premier trimestre 2019 ne soit pas bien meilleur.

Le consensus de prévision collecté par Bloomberg s’attend cependant à ce que la croissance du PIB reparte à la hausse, passant de +0,2% par trimestre au troisième trimestre et au quatrième trimestre 2018, à +0,4% par trimestre à partir du premier trimestre 2019. 

Position exagérée

Dans ce scénario, la croissance resterait proche de son potentiel (+1,5/+1,6% en base annuelle en 2019 et 2020 selon la Commission Européenne). C’est aussi le scénario de la BCE. Cependant, un nombre croissant d’observateurs commencent à douter, et certains adoptent désormais une vision très noire de l’économie européenne. Cette position nous semble exagérée.

Nous maintenons que les arguments qui soutiennent le scénario du rebond sont solides. Les facteurs temporaires qui ont déprimé la production ces derniers mois vont finir par s’atténuer, que ce soit la transition réglementaire dans l’automobile (qui explique entièrement la chute du PIB allemand), l’effet gilets jaunes en France et les conséquences de la forte hausse des taux italiens de l’été dernier. 

De plus, les conditions monétaires demeurent extraordinairement favorables en zone euro, avec des taux d’intérêts réels négatifs, une très bonne disponibilité du crédit dans la plupart des régions et un euro nettement moins cher que l’année dernière contre le dollar. Enfin, la dynamique salariale, la baisse des prix du pétrole et les politiques budgétaires vont soutenir le pouvoir d’achat en 2019.

La BCE devra sortir du bois

Si les choses se déroulent à peu près comme prévu – et que bien entendu le scénario d’un Brexit dur nous est épargné – une inversion de la dynamique cyclique est donc à prévoir en Europe au cours du premier semestre 2019. Les marchés financiers étant souvent faits «à la marge», cette inversion de tendance serait très positive pour les valeurs les plus liées au cycle européen, et qui ont fortement sous-performé en 2018. Mais si la reprise se fait attendre et que l’enlisement guette, la BCE devra sortir du bois, avec des effets positifs sur les marchés du crédit, et sans doute un nouvel affaiblissement de l’euro. Jouer la reprise européenne en bourse en limitant les risques conduit donc à diversifier son approche au-delà des seules valeurs cycliques, et à intégrer aussi des stratégies sensibles à une éventuelle action de BCE. Nul doute, en tous cas, que celle-ci sente monter la pression.

*Chef économiste, Dorval AM





 
 

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