«Il faut redonner à la CCIG sa dimension entrepreneuriale»

lundi, 23.04.2018

L’entrepreneur Juan-Carlos Torres, 40 ans chez Vacheron Constantin, président et directeur ad interim, dévoile la mutation indispensable de la Chambre. Lors de l’Assemblée générale lundi à Genève.

Elsa Floret

Juan-Carlos Torres. Président et directeur ad interim de la CCIG

L’entrepreneur au sommet de la Chambre de commerce, d’industrie et des services de Genève, cumulant présidence et direction ad interim, Juan-Carlos Torres, est issu de l’apprentissage. C’est non sans fierté qu’il endosse son parcours remarquable, avec la ferme intention d’insuffler cet esprit entrepreneurial à tous les échelons de la CCIG.


Le maître-mot de Juan-Carlos Torres est l’attractivité de Genève, qui certes vise à faire venir de nouvelles entreprises, mais aussi et surtout à permettre à celles qui y sont déjà établies de vivre et se développer. Pour le président de la CCIG, la bataille ne se jouera donc pas uniquement sur la fiscalité. «Tout le monde aura un taux bas. Cela ne suffira plus. Seule la différenciation compte. La formation, la santé, l’environnement, la culture sont autant de facteurs différenciants pour Genève. C’est cette vision globale et, pour ainsi dire, banale qui doit guider nos hommes politiques aujourd’hui», pense le président.


Juan-Carlos Torres donne ainsi le ton. En termes de gouvernance, il est épaulé par le Bureau, composé d’Antonietta Frangi (VP); Marc Van Hove (trésorier) et les membres: Claude Bagnoud; Bernard Chauvet; Claude Ehretsmann; Claude Membrez et Pierre Poncet. Il informe également que, suite au départ de la directrice générale Frédérique Reeb-Landry, il cumulera les fonctions de président et de directeur ad interim jusqu’à ce qu’un successeur soit trouvé, se laissant le temps de chercher et d’éviter «toute précipitation nuisible.» Le président et directeur ad interim ne reviendra pas sur les raisons, «qui appartiennent à la Chambre», de cette séparation avec la directrice, d’un commun accord.


«Pour comprendre les entreprises, il faut être une entreprise. Tout en conservant son statut associatif, l’entreprise Chambre de commerce possède des clients, qui doivent être entendus et compris par elle. Chez Vacheron, ma plus grande responsabilité était de respecter le métier d’horloger et le client. A la CCIG, il s’agit de valoriser les entreprises et leurs métiers.»


Une double casquette: présidence et direction
Si Juan-Carlos Torres cumule ainsi deux casquettes, il n’en porte toutefois pas une troisième lui-même. Celle de la carrière politique. Il n’est membre d’aucun parti politique. Il est en revanche entouré d’une équipe de direction, qu’il considère comme un collège, dont trois membres figuraient sur les listes pour le Grand Conseil: Alexandra Rys (PDC), Nathalie Hardyn (PLR) et Vincent Subilia (PLR). Seul ce dernier est élu député suppléant.


«Cet accès direct est une grande chance pour le suivi de nos actions», dit-il tout en insistant sur l’organisation totalement indépendante de la Chambre, qui n’est le bras armé d’aucun parti politique. «Il nous faut des relais dans la politique, qui puissent être le porte-parole des entreprises», dit-il, citant le fondateur de la Chambre de commerce, Ernest Pictet: «Un des principaux devoirs de la Chambre de commerce sera d’éclairer le gouvernement cantonal et fédéral de ses renseignements (et) de leur adresser des demandes et des suggestions.»
Et ce d’autant que les besoins des entreprises évoluent rapidement. «Les grands dossiers sur le bureau de la CCIG, tels que la fiscalité, l’aménagement du territoire, la mobilité ou l’énergie sont des prérequis à l’attractivité. Bien faire dans ces domaines - et nous n’y sommes pas encore - ne suffit pas. Nous devons maintenant nous donner les moyens de faire face à la mutation sociétale à laquelle nous sommes confrontés: la digitalisation», estime Juan-Carlos Torres.


Impact du virage numérique sur le réseautage
«Le réseautage avec les cartes de visite, à 7h30 du matin lors des petits déjeuners de la Chambre, n’existera peut-être plus. Cette ère risque d’être dépassée par Facebook ou d’autres apps, car avec le digital, on peut faire tout ce qu’on veut. La CCIG doit trouver de nouveaux outils pour communiquer avec l’ensemble de sa communauté. Nous passerons du tam-tam directement au post-Internet!»
Pour Juan-Carlos Torres, le membre doit être le fil rouge de toute l’entreprise. «Chacun, à la Chambre, doit être à son service, dit-il. C’est la raison pour laquelle il n’y aura pas chez nous de département membres à proprement parler parce que ce serait un peu comme si, à l’hôpital, il y avait un département des malades!»
La Chambre va d’ailleurs lancer prochainement une étude sur les attentes de ses membres, la dernière datant de 2008, auprès de 1800 membres. Ils sont actuellement 2500 et, dans bien des cas, représentés par les générations suivantes.

Dans sa réflexion personnelle sur la mue indispensable de la Chambre, Juan-Carlos Torres va plus loin et s’interroge même sur son devenir. Pour son président, la Chambre doit être porteuse d’un projet économique durable, «un vrai projet de société pour Genève, qu’elle prendrait à bras le corps», défenseur des protagonistes et des exécutants. Elle doit pour cela très bien connaître les attentes de ses membres et choisir deux ou trois chevaux de bataille. «Pour le reste des missions actuelles de la Chambre, à savoir l’export ou l’arbitrage, on peut imaginer que les membres trouveront leur propre solution, en toute autonomie. Avec la blockchain et toute autre solution technologique décentralisée, ils pourraient très bien se débrouiller tout seuls.»
A moins que le recours généralisé aux outils numériques ne rende à nouveau indispensable le contact personnel entre les membres. Peut-être verra-t-on alors le retour à l’honneur des apéritifs avec verre de blanc et saucisson… Qui sait!
 





 
 



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