Le XXIe siècle se meurt... bienvenue au XIXe siècle!

jeudi, 14.02.2019

Guy Mettan*

Révolution 4.0, start-up, transition énergétique, cybersécurité, homme augmenté, internet des objets, blockchain, intelligence artificielle, tourisme spatial, fake news, le vocabulaire du XXIe siècle semble bien installé. Les chantres de l’innovation permanente tiennent le haut du pavé, les réseaux sociaux bruissent des nouveaux paradigmes qui-feront-que-plus-rien-ne-sera-comme-avant, les médias nous annoncent tous les jours une nouvelle révolution. 

A tous ces apôtres de la nouvelle religion techniciste, j’ai l’envie de répondre: bof! Business as usual, les rentiers de la disruption technologique sont en train d’essayer de vendre leurs salades habituelles aux gogos angoissés à l’idée de rater le train hyperloop de la dernière modernité à la mode...

A dire vrai, je suis même persuadé du contraire. Plutôt que de foncer vers l’avenir avec toute la puissance de nos moteurs hypersoniques, nous sommes plutôt en train de régresser vers le passé à toute allure.

Prenons le cas de l’environnement. Ici aussi, la fuite en avant, ou plutôt en arrière, est spectaculaire. Le réchauffement climatique est sur toutes les lèvres, mais personne ne veut faire le premier pas. Pas question de taxer le kérosène des avions et des bateaux, ce qui menacerait le sacro-saint commerce international. La biodiversité, et notamment celle des insectes pollinisateurs et des ressources marines, est en chute libre. Qui s’en soucie? Le glyphosate reste un tabou, à Berne comme à Bruxelles. Idem pour le bétonnage et l’urbanisation galopante. Dans quelques décennies, si la tendance continue, l’agriculture, malgré toute la chimie et la mécanisation sera revenue au niveau de production des années 1900...

Le cas de la politique internationale est encore plus flagrant. Au début du XXIe siècle, nous pensions que la gouvernance mondiale allait tout régler. L’humanité, convertie aux délices de la démocratie libérale mondialisée version Fukuyama, allait, grâce au magistère bienveillant des Etats-Unis et de l’Union européenne, terrasser l’hydre des nationalismes et des obscurantismes. Grâce aux lumières dispensées par des ONG dépositaires du Bien, une société civile internationale allait émerger qui rendrait l’humanité plus fluide et infiniment respectueuse des droits de l’Homme et des principes du capitalisme financier pourvoyeur de prospérité.

Recomposition impériale

En réalité, c’est exactement l’inverse qui est en train de se produire. L’Europe est en train de partir en morceaux sous les coups de boutoir de nations en mal d’identité ou de liberté (voir le Brexit, la sécession catalane et le succès des partis dits populistes) ou en quête de reconnaissance (voir la crise des Gilets jaunes en France). Et le monde est entré dans une phase de recomposition impériale, à l’image de l’Europe d’après 1815. L’émergence imprévue de la Chine a bousculé la donne. Elle-même cherche à retrouver la place qu’elle avait occupé jusqu’au XIXe siècle, avant que les guerres de l’opium menées par les impérialistes britanniques ne la mettent à genoux.

Les Etats-Unis réagissent par la force, en multipliant les sanctions économiques à l’égard de quiconque se met en travers de leur chemin. Irak, Libye, Syrie, Ukraine, Iran et maintenant Venezuela, la liste des coups d’Etat «doux», des blocus économiques mortifères, des révolutions orange et autres changements de régime organisés ou des invasions brutales justifiés sous des prétextes inventés de toutes pièces comme les fausses armes de destruction massive de Saddam Hussein, ne cesse de s’allonger.

Et depuis peu, avec l’arrivée de Donald Trump, la brutalité s’est imposée tout au sommet. Le droit international, déjà bafoué par les prétentions du Congrès et de la justice américaine à imposer des règles extraterritoriales et rétroactives, n’existe plus. La course aux armements a repris de plus belle, les traités internationaux sont dénoncés, les organisations internationales boudées. Bienvenue au nouveau XIXe siècle, dans ce monde impitoyable où des empires sans scrupule dépeçaient la planète pour s’approprier sauvagement ses ressources.

*Directeur Club suisse de la presse





 
 

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